Jeff Green au rebond

bet.com / Jeff Green

La ville de Boston aime les joueurs qui montrent leurs émotions. Perkins était aimé car il avait du cran, et qu’il allait au charbon. Il se donnait, et les fans l’aimaient pour ça.

Par rapport à Perkins, Green est plus doué en terme de compétences pures, c’est indiscutable. Mais Perkins était l’un des chouchous du public car il allait au contact, provoquait des passages en force, galvanisait ses coéquipiers et transpirait d’agressivité.

Jusqu’à maintenant, Green n’avait que peu rivalisé dans cette catégorie.

La catégorie où Green a affiché le plus de lacunes depuis son arrivée à Boston est le rebond. Le staff des Celtics était si inquiet par son manque de résultats dans cet aspect du jeu que lors de la signature de son extension de contrat, Ainge y a fait figurer une prime au rebond.

Plus Green prend de rebonds, plus il est payé.

Ainge le confirme :

« C’était là notre plus grande inquiétude. Je ne pense pas que ce soit par un manque d’effort, c’est plutôt le résultat de mauvaises habitudes. Je ne pense pas que Jeff se soit déjà focalisé sur le rebond dans sa carrière. »

Green reconnaît qu’il possède bien cette clause dans son contrat, mais réplique qu’il n’y a pas apporté d’attention particulière depuis le début de la saison.

« L’argent ça va, ça vient. Je ne cherche qu’à gagner les matchs. Je m’en fiche royalement de combien va me rapporter un rebond. Ce n’est pas comme ça que je fonctionne. Ce n’est pas mon état d’esprit. »

Rebond et agressivité (encore ce satané mot), voilà ce que lui ont rabâché Doc Rivers et Kevin Garnett. Ce dernier exhorte d’ailleurs Green à plus aller au panier.

Ses coéquipiers n’ont cessé de lui demander de montrer ce qu’il avait dans le ventre. De montrer ce qu’il vaut.

« Je sais ce que les gens attendent, ils veulent des conn*rds. Ils veulent des KG, des Rondo, des gars qui sont toujours dans la provocation. »

« Je suis le genre de mec à parler à tout le monde. Quand je suis arrivé ici pour la première fois, j’ai fait beaucoup d’interviews avec les médias. Rondo m’a dit : ‘Pourquoi tu leur parles tout le temps ? Tu n’es pas obligé, tu sais.’ Mais je suis comme ça. On m’a appris à être respectueux et à attendre du respect en retour. »

« J’ai mes coups de chaud comme tout le monde, mais d’habitude je suis plutôt calme. Je suis du genre décontracté. »

Green était le pilier de l’équipe de Georgetown qui a réussi à atteindre le Final Four en 2007.

« Là où j’étais, on enseignait le basket comme ça : sois dur en défense, fais le travail, pose des écrans pour tes coéquipiers et ne sois pas individualiste. Puis je suis arrivé en NBA, et c’est tout le contraire. »

Pourtant, il est certain que c’est justement grâce à son côté collectif et respectueux des consignes qu’il a été choisi en 5ème position l’année de sa draft.

« Tout le monde me dit d’être plus agressif, donc c’est toujours dans un coin de ma tête, mais après le match démarre et parfois je reviens à ce qui m’a permis d’arriver chez les pros. Ça prend du temps, ce n’est pas facile, pas du tout. »

Son ancien coach à l’université était déjà confronté à cette problématique :

« On demande tous à Jeff d’être quelqu’un qu’il n’est tout simplement pas. Je lui ai répété de nombreuses fois qu’il était bien trop talentueux pour être si humble et si modeste. Il passe trop la balle, pour un joueur avec autant de capacités. Il pourrait aider son équipe encore plus en étant un peu plus individualiste. Il n’y a rien de mal à être un peu plus égoïste quand le contexte le demande. »

Yahoo Sports / Jeff Green est le Celtic qui comptabilise le plus d’actions d’éclats cette année. Peut-être pour ça que les supporters aimeraient encore plus le voir focalisé par le cercle.

Quand les Celtics décevaient par rapport à leur potentiel, Green était un véritable paratonnerre à critiques. Mais quand les journalistes mettent un peu trop l’accent sur ce manque d’agressivité et la « déception » Green, ses coéquipiers ne comprennent pas, Terry le premier.

« Sérieusement ? Ils ont oublié ce qu’il a traversé ? On a deux mecs dans l’équipe (Green et Wilcox) qui ont subi une opération du cœur. Et on s’attend à ce qu’ils soient de suite aussi bons qu’avant ? Ce n’est pas comme se tordre la cheville, Green avait juste besoin d’un peu de temps. Regardez comment il joue maintenant. »

Depuis la blessure de Rondo, Jeff Green affiche de belles moyennes : 13,8 points à 51% et 3,9 rebonds. Il pénètre davantage, lance les contre-attaques et défend ardemment contre des joueurs comme LeBron James et Kobe Bryant. Il faut dire que Green se voit octroyer les minutes qui lui manquaient pour atteindre son rythme de croisière. Et il rentre sur le terrain encore plus motivé par les difficultés rencontrées par Boston.

« Les équipes adverses savent qu’on n’a plus Rondo ni Sullinger, alors elles se disent que Boston n’est pas aussi bon qu’avant. Du coup cela nous motive et on y va avec la volonté de se faire respecter par les défenses adverses. »

Aujourd’hui, Green affiche les mêmes statistiques qu’à Oklahoma City – si l’on rapporte le tout sur 48 minutes. Et même si on ne le voit pas hurler sur le terrain, certaines actions comme son dunk suivi d’un contre puis du trois points de Pierce face aux Lakers montrent bien qu’il attaque ses matchs avec cette agressivité qui lui faisait défaut.

Rien ne vaut la vérité du terrain, en prenant en compte qu’il y a tout juste un an Green était entre la vie et la mort, Boston peut s’estimer heureux du rendement actuel de son ailier.

Traduction partielle de l’article « Harnessing Jeff Green’s ernergy » par Louis Jullien, relecture par Léo Hurlin