La malchance des Celtics, moteur de leur renouveau

Il aura fallu la blessure de leur meilleur joueur pour sauver la saison des Celtics.

Non, les Celtics ne sont pas meilleurs sans Rajon Rondo, mais cette équipe qui alternait le chaud et le froid pendant la première moitié de saison avait besoin d’un électrochoc pour sortir de sa routine.

Boston a ainsi touché le fond lors de la visite à Atlanta le 25 janvier dernier, quand les Hawks ont réussi à combler un retard de 27 points pour finalement l’emporter après une double prolongation, et ainsi mettre Boston trois matchs sous la barre des 50% de victoires.

Rondo a disputé son dernier match de la saison face aux Hawks (Devid C. Cox / NBA Getty Images)

Rondo ne le savait pas encore, mais il venait de se rompre les ligaments croisés du genou lors de ce match. Doc Rivers ne sera au courant que deux jours plus tard, juste avant le duel très attendu contre le leader de la conférence Est et champion en titre, le Heat de Miami.

Mais comme le dit le dicton, il faut parfois savoir toucher le fond pour mieux rebondir.

Les Celtics allaient néanmoins devoir faire face à d’autant plus de complications les trois semaines suivantes, en perdant consécutivement leur rookie Jared Sullinger puis Leandro Barbosa, ce qui réduisit l’effectif à dix joueurs valides.

Et pourtant, les Celtics sont arrivés au All Star Game en jouant leur meilleur basket de la saison, ce qui leur a permis d’enchaîner huit victoires en neuf matchs sans leur meneur qui aurait dû être présent à Houston pour la grande fête de la NBA.

De premier abord, ça n’a aucun sens. Pendant trois semaines, les spécialistes ont essayé de comprendre pourquoi les Celtics jouaient leur meilleur basket depuis la perte de leur meilleur joueur.

C’est pourtant simple : ils n’avaient pas le choix.

Le temps ne permettait plus de se trouver des excuses. S’ils voulaient sauver leur saison – et éviter un lourd remaniement de l’effectif – les Celtics avaient besoin que chaque joueur encore sur ses deux jambes aide l’équipe à relever la tête, et c’est exactement ce qu’il s’est passé.

Comme le dit Kevin Garnett, « La plupart du temps, lorsque quelque chose prend feu, on ne pense pas à l’éteindre. Beaucoup de gens ne pensent qu’à quitter le navire. »

Quelques gilets de sauvetage avaient déjà été distribués après la blessure de Rondo. Il ne restait plus grand monde sur le pont suite aux blessures de Sullinger et Barbosa.

Mais cela a mis Boston dans une position qui lui a plutôt bien réussi ces dernières saisons. Ceux qui enterraient déjà les Celtics – en dépit des avertissements de Doc – n’ont fait que motiver un vestiaire dirigé par des vétérans trop fiers pour laisser leur propre maison prendre feu (alors même que des horizons plus cléments, avec davantage de chances de remporter le championnat se présentaient à certains).

Ceux qui ont déçu la première moitié de la saison, comme Jeff Green, Jason Terry et Courtney Lee, ont su élever leur niveau de jeu pendant que Garnett et le capitaine Paul Pierce remettaient le bleu de chauffe et portaient l’équipe sur leurs épaules.

Sullinger, deuxième joueur blessé pour le reste de la saison à cause de ses problèmes de dos (Jim Davis / Boston Globe)

Boston a de fait enchaîné sept victoires d’affilée avec comme point d’orgue une victoire après une triple prolongation contre une équipe de Denver alors en pleine forme. C’était un match que Boston ne devait pas gagner. Du moins pas après le temps réglementaire. Pierce, 35 ans, a joué 54 minutes et n’était qu’à trois secondes de son record en carrière. Garnett 36 ans, est resté sur le terrain 47 minutes, soit son plus gros total depuis qu’il porte la tunique verte sur le dos.

Sans grande surprise, la série a pris fin à Charlotte le lendemain, avec des Celtics qui n’avaient tout simplement plus d’essence dans le réservoir. Ça n’avait vraiment pas d’importance. Les Celtics étaient de nouveau sur le pont pour battre les Bulls dans un match âpre et disputé pour ce qui était leur dernier match avant le All-Star Break.

Les Celtics en sont maintenant à 28 victoires pour 24 défaites (ils n’avaient jamais été 4 victoires au dessus des 50% jusqu’alors cette saison) et à distance raisonnable (5 matchs) des New York Knicks, leaders de la division Atlantique et deuxièmes de la conférence Est.

Le futur n’est pas parfaitement radieux pour autant. Le chemin est semé d’embûches, à cause notamment d’un groupe réduit et d’un jeu inconsistant avant que les blessures ne les obligent à se remettre en question.

La seule chose dont nous pouvons être certains à ce moment de la saison est qu’il ne faut décidément jamais considérer cette équipe comme morte.

« On reste maîtres de notre destin, et si on en est là aujourd’hui, c’est qu’on a tout fait pour. Donc si jamais on doit se plaindre, ce sera de nous-mêmes et on se regardera dans un miroir afin de corriger ça, » analyse Garnett. « On a mieux joué sur les deux ou trois dernières semaines. Je sais que tout le monde s’attendait à ce qu’on saborde la saison après les blessures de Rondo et Sully, mais on s’est battu pour eux, et pour nous aussi. C’est tout ce qu’on pouvait demander : que les joueurs aillent sur le terrain et donnent tout ce qu’ils ont. Jouer juste, suivre les consignes et voir ce qu’il se passe. Moi, ça me va. Je ne suis pas satisfait de là où on est aujourd’hui par rapport à ce qu’on aurait pu faire, mais vu les circonstances cette année, je le prends volontiers, » analyse Garnett.

Sans faire de bruit, Doc Rivers a joué un rôle primordial pour cette équipe. Il a protégé ses joueurs de l’éventuelle grave blessure de Rondo avant le match contre Miami, puis s’est servi de cette victoire sans leur chef d’orchestre pour leur prouver que cette équipe pouvait toujours être compétitive.

Il a défié les journalistes en disant que s’ils jetaient déjà ses C’s aux oubliettes, ce serait sans lui. Il ne savait sûrement pas à ce moment comment son équipe réagirait face à tant de complications, mais il a beaucoup appris de ses joueurs dans le vestiaire lors de ces neuf derniers matchs.

« Je pense que ça nous a forcés à être un groupe tenace, » a admis Rivers lors d’une émission radio. « Je ne sais pas si nous l’étions déjà avant les blessures, mais ce qui est certain, c’est que nous le sommes aujourd’hui. »

Barbosa, troisième joueur à terre cette saison, se blesse contre les Bobcats. NESN Staff

Il est purement impossible de dire à quoi aurait ressemblé la saison des Celtics si tout cela ne s’était pas produit.

Un changement était certainement nécessaire et si les blessures n’étaient pas venues brouiller les pistes, on ne peut que se demander si cela n’aurait pas été sous la forme d’un transfert.

Après tout, Rivers avait bien laissé entendre après la déculottée mémorable contre Detroit (seulement trois matchs avant la blessure de Rondo) qu’aucun joueur n’était à l’abri de faire ses valises.

Aujourd’hui, les Celtics n’ont que peu de marge de manœuvre à l’approche de la date limite des transferts, car ils n’ont pas assez de joueurs valides. Doc Rivers et Danny Ainge ont donc regardé du côté de la Chine pour y chercher un bon manieur de ballon et un intérieur afin de les faire signer au minimum. Finalement nous avons appris que Terrence Williams est le premier ajout, et qu’un contrat de dix jours permettra de voir s’il peut apporter aux Celtics sur la durée.

Car même s’ils manquent de profondeur, les C’s sont prêt à se battre avec les forces en présence.

« On est très résistants, » clame Terry. « Si vous regardez notre noyau de vétérans, on a tous vu des vertes et des pas mûres dans cette ligue. Cela inspire les plus jeunes, et je crois qu’on a tous le même objectif. Mais ça vient du coach d’abord. Doc n’a jamais cessé de croire en nous. Il continue de nous dire que notre objectif reste le même, et on le croit. Donc chaque soir; on donne tout ce qu’on a sur le terrain pour aider chaque coéquipier. »

Pierce abonde :

« Cette équipe a du cran. Mentalement, toutes les conditions sont réunies pour échouer soir après soir. Invoquer les blessures comme excuse, le choc émotionnel, la fatigue… on a tellement d’excuses à disposition. Mais d’une certaine manière, nous arrivons à les utiliser pour lutter, mentalement. Doc fait un excellent travail en nous gardant concentrés, en nous poussant toujours plus, et c’est grâce à ça qu’on a engrangé toutes ces victoires. »

Est-ce que cela va marcher sur les 30 derniers matchs de la saison et peut-être pour les playoffs ? Les Celtics sont sur le point de le découvrir. Mais rien ne réussit mieux à cette équipe que d’être mise au défi.

Les Celtics ne sont pas plus forts sans leur meneur vedette, mais peut-être, qui sait, ils en ont profité. Ça aurait pu être n’importe lequel de leurs joueurs clés – il y en aura finalement eu trois – mais ça a surtout été le coup de pied aux fesses dont les Celtics avaient grandement besoin.

Maintenant, ils ont quelque chose à l’esprit quand ils jouent. La seule chose qui a changé depuis que Rondo est blessé est la motivation.

« Il n’y a pas de recette miracle ou quoi que ce soit, » concède KG, « On y va juste pour se battre ».

Traduction de l’article d’ESPN « Bad injury luck spurs C’s recovery » par Louis Jullien, relecture par Léo Hurlin

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