Le jour qui a lancé la carrière de Kevin Garnett

Bien avant d’être un futur candidat au Hall Of Fame, Kevin Garnett était considéré comme l’un des prospects parmi les plus à risques jamais vus en NBA.

Figurant désormais parmi les 15 meilleurs marqueurs et les 10 meilleurs rebondeurs de l’histoire de cette ligue, on en oublierait presque que son agent ait eu à se démener pour que « Da Kid » ait une chance de faire carrière en NBA.

En juin 1995, Eric Fleisher, alors agent de Garnett, sentit que son client n’inspirait pas confiance aux GM (General Manager). Il faut dire qu’à 18 ans, celui-ci était typiquement le genre de joueurs qui pouvaient leur faire perdre leur poste.

Cet intérieur si mince et sec refusait d’être listé comme un 7 footer (2m13), de peur d’être catalogué comme pivot. De plus, il n’était pas considéré comme un joueur très futé. Il n’avait même pas encore réussi le moindre test d’admission pour entrer à l’université.

Enfin, pour couronner le tout, sa personnalité alertait les scouts et les décisionnaires des franchises : il venait en effet d’être inculpé pour violences à la suite d’une émeute entre étudiants blancs et noirs. Plus tard, cette inculpation fut néanmoins annulée, Garnett ayant accepté de se soumettre à des travaux d’intérêt général afin de conserver un casier judiciaire vierge.

Trop tendre, immature et peu intelligent. Voilà les reproches que faisaient les GM à Garnett tout en l’excluant de leurs choix potentiels pour la draft à venir.

(David Walberg / Getty Images)

Fleisher savait donc que son joueur aurait à faire forte impression lors des essais au Moody Bible Institute (MBI) de Chicago, trois semaines avant la draft. Et, craignant que Garnett ne dégringole dans l’ordre de la draft jusqu’au second tour, Fleisher appela John Hammond.

Hammond, aujourd’hui GM des Bucks, était alors entraîneur assistant chez les Pistons. Fleisher lui demanda si celui-ci accepterait de superviser des essais individuels pour Garnett en marge du camp de pré-draft. Il lui suggéra même de réaliser ces essais ailleurs qu’au MBI – à l’Université de l’Illinois de Chicago – et ce, devant un parterre de dirigeants des 13 franchises les mieux placées à la draft.

Hammond avait, de son propre aveu, organisé des centaines d’essais individuels de ce genre tout au long de sa carrière. Cependant, il n’avait probablement pas idée de la taille de l’enjeu au moment où il accepta la proposition de Fleisher.

« Je devais à tout prix permettre à Kevin de montrer ce que voulaient évaluer les observateurs présents, » se souvient Hammond. « Ils connaissaient tous son bagage technique, et voulaient aussi le juger sur un plan physique. Est-il capable de dribbler ? Quelle est sa mécanique de tir ? Que vaut-il au rebond ? Des choses aussi basiques et simples que cela. »

Hammond ne tarda toutefois pas à découvrir que lorsqu’il s’agissait de basketball, rien n’était simple ou basique avec Garnett.

Fleisher avait prévu deux essais d’une heure pour que les équipes NBA puissent observer Garnett en action. Hammond rencontra le joueur pour la première fois juste avant le coup d’envoi de la première séance d’essais, tandis que les dirigeants entraient tour à tour et prenaient place dans les gradins derrière l’un des paniers. Kevin McHale, Bill Fitch, Doug Collins… Garnett avait passé sa jeunesse à les regarder à la télévision.

« Qu’il soit prêt ou non… » Couverture de Sports Illustrated, juin 1995

« La moitié des GM de cette ligue avait les yeux rivés sur ce panier qui faisait face à Kevin, » poursuit Hammond. « Je me souviens à quel point il était nerveux. Durant les premières minutes, il faisait même de l’hyperventilation. »

Et, si Hammond avait encadré des centaines d’essais, il n’avait encore jamais vu cela. Il décida donc de s’isoler avec Garnett à l’autre bout du terrain. Là-bas, il lui fit tirer des lancers francs afin de le calmer.

« Je voulais juste qu’il reprenne ses esprits et se détende un peu, » ajoute-t-il. « Ensuite, nous sommes retournés au premier panier afin de poursuivre les essais. Je n’oublierai jamais cette séquence. À cet âge, passer de tels tests, cela devait être vraiment stressant. »

Garnett s’était suffisamment détendu pour réussir les épreuves classiques d’un tel essai. Il avait réussi à faire un aller-retour en dribblant main droite puis main gauche. Il avait également montré son tir en tête de raquette à droite, à gauche, ligne de fond, aux lancers.

Il transpirait tant qu’un des observateurs lui proposa de faire une pause. Garnett s’indigna de la question et refusa. Ils se mirent alors à lui demander de faire des choses plus éprouvantes, comme toucher encore et encore le sommet du carré de la planche avec la main gauche puis la droite.

À la fin de l’heure, Hammond approcha Garnett et l’emmena au milieu du parquet.

« Je lui ai dit ‘OK, Kevin, maintenant enclenche ton dribble, et va marquer de la façon la plus créative que tu puisses.’ Imaginez-vous ce gamin de 18 ou 19 ans commençant à passer la balle dans son dos, puis entre ses jambes. Il a conclu l’action d’une façon si énergique ! Tout le monde en est resté bouche bée. Je n’oublierai jamais cet instant. »

Les deux essais terminés, Hammond était sûr que Garnett avait renforcé son statut de top 10 de la prochaine draft. Seuls Moses Malone, Darryl Dawkins et Bill Willoughby avaient sauté la case université comme s’apprêtait à le faire Kevin Garnett, et parmi ces trois-là, seul Malone répondit aux attentes placées en lui. Cela faisait vingt ans qu’un joueur n’avait pas fait le grand saut depuis le lycée.

« Tous les dirigeants se sont posés les mêmes questions, » devine Hammond. « Peut-on prendre un lycéen si haut ? Je crois que nos essais, du moins pour les équipes qui y ont assisté, ont apporté une réponse à cette question. Mérite-t-il d’être choisi dans le top 10 ? Oh que oui. »

Après ces fameux essais, Hammond retourna au MBI afin d’évaluer les autres potentiels durant les essais officiels. Mais cet après-midi-là, tout le monde n’avait que Garnett à la bouche.

« Tout l’après-midi, les gens venaient me voir et me disaient ‘Alors, c’était aussi bien que ce que j’avais prévu ?’ Je leur répondais en souriant ‘Pour moi, oui.’ C’était tout simplement impressionnant. »

Le 28 juin 1995, Garnett fut sélectionné en cinquième position par les Minnesota Timberwolves de Kevin McHale, soit juste après Joe Smith, Antonio McDyess, Jerry Stackhouse et Rasheed Wallace.

Kevin Garnett sur le podium avec David Stern lors de la draft 1995 (Scott Cunningham / Getty Images)

Et l’histoire montra en effet que Garnett était le genre de joueurs qui pouvaient faire perdre à un GM son poste.

Avant que les Timberwolves ne choisissent Garnett, quatre équipes venaient de faire leur choix : les Warriors, les Nuggets, les Sixers et les Bullets.

Les Sixers et les Bullets licencièrent leur GM à la fin de la saison 1995-96. Les Warriors et les Nuggets firent de même après la saison suivante.

Traduction de l’article de WEEI « Remembering the workout that sent Kevin Garnett on his way » par Léo Hurlin, relecture par Elian Kuhn.

7 Comments on “Le jour qui a lancé la carrière de Kevin Garnett”

    1. D'aussi gros, j'avoue que je l'ignorais également. Surtout l'histoire d'inculpation là…

      Quant aux dernières phrases, ça m'a aussi bien fait rire 🙂

      Merci de ton retour.

  1. Le pire c'est pour les Sixers : j'ose même pas imaginer la paire AI et KG, tellement ca aurait pu faire tellement mal …

  2. Superbe article ! On prend plaisir à le lire et on apprend beaucoup de choses ! C'est appréciable, alors que sa riche carrière touche à sa fin, de revenir à ces instants précédents son entrée en NBA !

    1. Complètement d'accord, je trouve que cette saison, on en apprend beaucoup sur lui. J'espère que ce n'est pas son chant du cygne…

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