Échange entre Boston et Brooklyn : la reconstruction expliquée dans les chiffres

Le transfert entre les Nets et les Celtics est certes l’un des plus complexes de l’histoire de la NBA, mais c’est aussi un bon exemple pour montrer ce que deux gestionnaires intelligents sont capables de mettre en place pour tourner les subtilités du CBA à leur avantage.

En effet, si la plupart des gens ont souligné la valeur effective des tours de draft échangés dans cet accord, on se rend compte en s’attardant un peu sur les détails du transfert que Boston en a également profité pour se mettre en bonne position en vue du marché des agents libres de 2014.

Ce qui va suivre détaille toutes les subtilités du transfert qui aura déchiré les cœurs parmi les fans de Boston et devrait les consoler, voire les réjouir.

À savoir :

• En NBA, un transfert n’est pas nécessairement perçu comme une seule et unique transaction. Les équipes peuvent voir un gros échange comme une somme de petits échanges séparés et apportant tous quelque chose de bénéfique qu’un gros transfert n’aurait pas rendu possible à lui seul.

• Quand une équipe transfère un joueur payé au minimum salarial NBA, seule la partie garantie dans le contrat compte dans l’échange et ce, uniquement pour l’équipe qui envoie le joueur. L’équipe qui reçoit le joueur n’est pas tenue d’envoyer un salaire équivalent en retour. De ce fait, les salaires minimum peuvent servir pour équilibrer les comptes d’un transfert car ils ne pèsent pas sur la balance des deux équipes.

• Le nouveau contrat d’un agent libre qui gagnait moins de 1,2 millions de dollars lors de la saison précédente et qui fait l’objet d’un sign and trade ne vaut que la moitié de sa somme réelle lorsqu’il est inclus dans un transfert afin d’équilibrer les salaires.

• Les trade kickers (pourcentage d’augmentation du salaire en cas de transfert) doivent être absorbés par les équipes recevant le joueur concerné, mais n’affectent en rien les comptes de l’équipe envoyant le joueur.

• Les équipes qui ne paient pas la luxury tax ont des impératifs différents de celles qui la paient, et ces impératifs dépendent de l’importance du transfert.

Ce qu’il s’est passé :

Les Nets et les Celtics se sont entendus sur la base d’un transfert concernant Paul Pierce et Kevin Garnett. Les Celtics ont réussi à inclure Jason Terry et son contrat peu commode dans la transaction, mais les Nets n’avaient pas grand-chose de substantiel à envoyer en retour. Le problème était en effet que les Nets sont au-dessus du cap fixé par la ligue et ne peuvent récupérer que des contrats équivalents à 125% plus 100 000 dollars de ce qu’ils comptaient récupérer sur le papier. De plus, le contrat de Jason Terry incluait un trade kicker qui le rendait plus cher pour Brooklyn de 400 000 dollars par an.

Il était prévu que les Nets reçoivent Paul Pierce (15 333 334 dollars), Kevin Garnett (12 433 735 dollars) et Jason Terry (5 625 313 dollars, trade kicker inclus). Total : 33 392 382 dollars.

Pour récupérer ces joueurs et les montants qui leur sont associés, les Nets devaient envoyer en retour au moins 26 633 906 dollars car ils sont largement au-dessus du montant fixé pour la luxury tax. Les seuls joueurs que voulait Boston en retour étaient Kris Humphries (12 millions de dollars), Gerald Wallace (10 105 855 dollars), MarShon Brooks (1 210 080 dollars) et Kris Joseph (788 872 dollars), soit un montant global de 24 104 807 dollars.

Ainsi, il manquait 2 529 099 dollars à Brooklyn pour équilibrer le transfert. Toutefois, ces derniers possédaient toujours des droits sur Keith Bogans. Bogans ne gagnait que le minimum vétéran l’an dernier, ce qui implique donc qu’un nouveau contrat en vue d’un sign and trade ne peut compter qu’à hauteur de 50% dans la balance de l’échange.

Cette subtilité onéreuse a été mise en place afin de dissuader les équipes de magouiller entre elles. Les Celtics n’y voyaient visiblement aucun problème puisqu’ils ont accepté de le payer deux fois plus cher que ce dont les Nets avaient besoin pour équilibrer le transfert : Bogans touchera 5 058 198 dollars pour l’an prochain, et seule la moitié de ce salaire pèse dans le transfert. Cela a permis de valider l’échange du côté des Nets, et c’est tout ce qui semblait compter.

En conséquence, les Nets envoyaient désormais un total de 26 633 906 dollars. Boston pouvait donc commencer à séparer cet échange en de multiples transactions leur permettant de tirer le maximum des accords de base passés avec les Nets, tout en sachant que ces échanges ne devaient constituer qu’un seul et même transfert du point de vue de Brooklyn.

Le premier point important fut le contrat de Kris Joseph. Payé au minimum, Boston pouvait le récupérer sans rien en retour, ce que Brooklyn désirait afin de fignoler les détails du transfert. Ils l’ont ensuite coupé.

Ensuite, les Celtics essayèrent de monter le transfert le plus intéressant possible afin d’en tirer le maximum. Une trade player exception n’est créée que lorsque l’équipe n’envoie qu’un seul joueur. C’est pourquoi il fallait, dans l’intérêt de Boston, le faire avec le joueur au plus gros contrat.

Le plan de base était d’envoyer Pierce et Terry contre Humphries, Wallace et Brooks. Cela aurait bien fonctionné et aurait permis de mettre Garnett de côté pour créer une trade player exception intéressante. Cependant, Boston n’aurait pu recevoir que 5 millions de plus que ce qu’ils envoyaient et le salaire de Garnett étant inférieur à celui de Pierce, le tout n’aurait pas concordé : au total, le montant se serait élevé à 22 658 735 dollars, soit légèrement moins que les salaires additionnés de Humphries, Wallace et Brooks.

Ceci explique la présence de D.J. White dans le transfert. White est payé au minimum salarial, ce qui fait que son salaire ne compte que pour l’équipe qui l’envoie. Les Celtics ne comptaient pas conserver White, donc ils l’ont inclus dans le transfert afin de pouvoir récupérer les trois joueurs de Brooklyn cités plus tôt en dépit des obstacles financiers. Cela a néanmoins été possible uniquement car Boston est actuellement juste en-dessous de la limite pour la luxury tax. S’ils avaient été au-dessus de cette limite, ils n’auraient pu recevoir que 125% plus 100 000 dollars de ce qu’ils envoyaient et auraient alors été trop courts de 37 100 dollars.

En revanche, un transfert de moins de 19,6 millions de dollars pour une équipe payant la tax est accepté si l’écart entre les salaires échangés est de 5 millions de dollars tout au plus.

Avec White inclus, Boston envoyait désormais 18 543 028 dollars aux Nets, qui eux envoyaient toujours 23 315 935 dollars en retour.

Ensuite, Boston n’avait plus qu’à régler les détails concernant Pierce et Bogans. Chose facile pour les Celtics car ayant séparé les transactions, ils envoyaient ici plus que ce qu’ils ne recevaient financièrement parlant, ce qui est toujours autorisé. Et, comme ils n’envoyaient qu’un seul joueur à Brooklyn dans cette partie de l’échange, ils recevaient donc automatiquement une trade player exception compensant la différence.

Le salaire de Pierce étant de 15 333 334 dollars et celui de Bogans étant de 5 058 198 dollars, la trade player exception créée dans le transfert se chiffre à 10 275 136 dollars.

Résultat ?

Cette trade player exception expirera le 12 juillet 2014. Le moratoire annuel tenu par la NBA se termine deux jours plus tôt. Le contrat de Bogans n’est plus garanti à partir de 2014-15.

Ainsi, pendant le moratoire annuel ou juste à l’ouverture du marché des agents libres 2014, Boston pourra finaliser un transfert ou un sign and trade pour jusqu’à 10 275 136 dollars sans n’envoyer un seul contrat garanti en retour. Dans le même temps, le contrat de Bogans pourra être effacé des tablettes pour récupérer un peu plus de 5 millions de dollars supplémentaires dans la masse salariale.

Et là, Boston pourra proposer quelques uns de ses nombreux choix de draft afin de monter un sign and trade avec une équipe si un accord verbal est trouvé avec un agent libre. Boston pourra récupérer un contrat expirant. Boston pourra aider une équipe à redescendre en-dessous de la limite de la luxury tax en récupérant des joueurs intéressants.

Bien sûr, Boston n’aura que quelques jours pour utiliser ces atouts, mais ils n’ont pas accumulé autant d’atouts seulement pour bâtir l’équipe via la draft : ils se sont mis en position avantageuse en vue de l’excellent marché des agents libres de 2014, s’ils veulent y jouer un rôle majeur.

Traduction de l’article de reddit.com « Explaining the Celtics/Nets Trade in 1,000 Easy Steps; or, How the Celtics Just Became 2014 Free Agency Players » par Léo Hurlin

9 Comments on “Échange entre Boston et Brooklyn : la reconstruction expliquée dans les chiffres”

  1. Ouai … ou alors on gardait nos 2 vieux une saison, ils prenaient leur retraite en 2014 et on avait 27M de dispo pour recruter … parce que là je ne vois pas la différence niveau résultat pour la saison à venir, avec ou sans nos 2 Légendes on va se battre pour la 8e place …

    1. Pas aussi simple que ça, pour embaucher un free agent, tu dois être sous le salary cap (58 millions), donc si Boston se séparait de KG et PP l'année prochaine on se retrouverait à peine au niveau du salary cap donc pas de FA… En gros l'année prochaine si tu te séparais de KG et PP ça faisait pas une enveloppe de 27 millions mais de 2 ou 3 millions…

  2. Beau boulot !
    Tout cela est intéressant mais ça n'atténue pas ma tristesse de voir Paul Pierce sous un autre maillot…
    En attendant la future intersaison, j'espère voir nos Celtics actuels, Bradley, Green ou Sully encore plus fort et nos rookies au top !

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