Bienvenue dans l’ère Brad Stevens

Depuis sa nomination à la tête de l’équipe des Celtics le 3 juillet dernier, il semblerait que Brad Stevens ait réussi son entrée en matière dans la grande ligue. Il est certes probable que son bilan sportif ne puisse être aussi reluisant que la parfaite gestion de son arrivée dans le Massachusetts à l’issue de ce qui sera sa première saison en tant que coach NBA, mais le fait est que le jeune tacticien (36 ans seulement !) se met en bonne position afin de légitimer le choix des dirigeants de l’équipe.

La décision de Danny Ainge et des propriétaires de l’équipe de proposer le poste d’entraîneur laissé vacant par Doc Rivers à Brad Stevens aura certainement suscité quelques moues interrogatives, d’autant plus que des coaches expérimentés comme Lionel Hollins ou George Karl étaient également disponibles.

Toutefois, en offrant un contrat de six ans et 22 millions de dollars à Brad Stevens, la direction confirme qu’elle veut construire un nouveau cycle, six ans après la formation du Big Three.

Stevens, originaire de l’Indiana, l’a d’ailleurs très bien compris et débuté.

L’histoire des Celtics comme point d’ancrage

Au niveau NCAA dont provient Stevens, il était reconnu comme un excellent meneur d’hommes et un coach déterminé. En débarquant dans la cour des grands, il repart à zéro et doit obtenir l’adhésion de tous (joueurs, médias, figures emblématiques) à son projet.

Dans l’optique de repenser une culture d’équipe auparavant si forte et symbolisée par le mot ubuntu, les premières indications nous poussent à conclure que Stevens compte fédérer autour de son projet en s’appuyant sur l’histoire de la franchise aux 17 titres. Lors de son intronisation, il mettait déjà en avant la longue histoire des Celtics – tout comme Danny Ainge et d’autres grands noms de l’histoire de la franchise l’avaient fait avant lui. Néanmoins, ce que nous avons appris récemment surpasse toutes les déclarations possibles.

En effet, selon l’ancien joueur NBA Kenny Anderson, Stevens a adressé une lettre à d’anciens grands de la maison verte afin de les remercier. Nous avons pu nous procurer le corps de la lettre qu’a envoyé Stevens à Anderson. Elle est datée du 22 juillet, et en voici la traduction :

« Avoir été nommé entraîneur des Boston Celtics est un immense honneur pour moi. L’aura, l’histoire, la culture et les traditions qui entourent cette franchise sont autant de choses uniques dans le monde du sport professionnel.

Lors de la conférence de presse organisée pour annoncer mon arrivée, je ne cessais de m’émerveiller devant les 17 bannières de champion de l’équipe. Je suis avant tout admiratif des Celtics et de tout ce que chacun d’entre vous a pu y accomplir.

Au nom de l’équipe, de ses joueurs et de son organisation, je vous écris ce courrier afin de vous inviter à nous rendre visite lorsque vous le souhaiterez. Sachez que vous êtes les bienvenus si vous désirez assister à nos entraînements, aux matchs à domicile ou à l’extérieur et aux divers événements organisés pour la communauté locale.

Espérant vous rencontrer dans un futur proche, je vous souhaite bonne continuation et vous adresse mes meilleurs vœux. »

Bien que l’on ne sache pas combien de joueurs ont reçu cette lettre et s’il s’agissait ou non d’un courrier standard, l’intention est louable et lui permet de s’offrir un soutien des anciens de la franchise non-négligeable compte tenu des incertitudes qui se présentent à l’horizon.

Le temps des louanges

L’un des axes majeurs de la communication de Stevens fut justement de mettre toutes les chances de son côté en ne tardant pas à s’imposer médiatiquement afin d’obtenir du répit et de pouvoir mettre en place ses préceptes sans que sa nomination ne soit constamment remise en question.

De ce fait, vous n’avez pas pu échapper à l’information : Brad Stevens est un inconditionnel du jeu de Rajon Rondo. Dans sa communication irréprochable, le nouvel entraîneur des Celtics a publiquement déclaré être un grand fan du meneur star de l’équipe.

Il était important que Stevens « amadoue » ce dernier, connu pour être un joueur à la personnalité complexe. Rondo étant désormais la seule vraie star de l’équipe, Stevens se devait de commencer par le mettre de son côté pour crédibiliser son statut de coach en dépit des doutes qui pèsent sur le niveau de l’équipe pour l’an prochain.

Chose apparemment faite puisque très rapidement, des sources proches de Rondo confirmaient que le joueur était enclin à travailler avec Stevens. Moins d’une semaine plus tard, les deux hommes se rencontraient à Louisville, où Rondo encadrait son camp annuel de basketball.

Cependant, Stevens n’a pas fait qu’adresser des compliments au microcosme NBA. Il en a également reçu. Ainsi, d’autres joueurs qui avaient récemment croisé la route de Stevens ne pouvaient que se réjouir de sa nomination.

C’est le cas de Kelly Olynyk, qui évoluait lui aussi en NCAA l’an dernier. Le néo-Celtic déclarait récemment :

« C’est un entraîneur formidable. J’ai énormément de respect pour lui, c’est un génie du basket. Il sait de quoi il parle et ne se repose pas sur ses acquis. C’est une personne brillante avec qui j’ai hâte de travailler. »

Jared Sullinger n’est pas non plus insensible à l’arrivée de Stevens :

“Il a travaillé avec mon ancien coach de fac à Butler. C’est un super entraîneur. Il n’y a qu’à voir ce qu’il a accompli avec Butler, on espère forcément qu’il y arrivera avec nous. Cette saison promet d’être enrichissante. »

Autre témoignage plein d’estime, cette fois-ci totalement inattendu et enrichi d’une petite anecdote, celui de Doc Rivers :

« Excellente signature pour l’équipe. Je suis archi-fan de Stevens et je l’ai toujours été. C’est marrant parce que je lui ai parlé [avant de partir de Boston] à propos d’un autre poste en NBA. Une autre équipe que Boston songeait à le recruter, et leur GM voulait que je l’appelle pour tâter le terrain. Et finalement, un mois plus tard, c’est lui qui me remplace. Je lui avais dit qu’il ferait un excellent coach NBA, et je pense qu’il est prêt pour ça. Après, sa décision de quitter Butler ou non lui revenait. C’est une décision personnelle, et le truc drôle dans l’histoire c’est que je lui avais dit ‘Je suis moi-même en pleine réflexion et je n’ai aucune idée de ce que je vais faire.’ Peut-être qu’en me voyant partir, il s’est dit ‘Bon, eh bien moi aussi je fais mes valises.' »

Discipline et statistiques comme outils : la révolution à l’ancienne

En NCAA, les joueurs arrivent et partent chaque année. Au milieu de tout ça, le désormais ex-tacticien de la fac de Butler avait réussi à bâtir une équipe non seulement cohérente, mais également disciplinée et dure avec elle-même. Une équipe pratiquant un basket authentique.

Pourra-t-il apporter cet état d’esprit au niveau NBA ? Lâchera-t-il la bride, maintenant qu’il a des joueurs intrinsèquement meilleurs sous sa houlette ?

Interrogé sur le style de jeu pratiqué par les équipes de Stevens, Olynyk ajoutait à ses précédentes déclarations :

« Ses joueurs sont tellement disciplinés. Ils exécutent solidement les plans de jeu. Ils ne s’en écartent pas une seconde, et le coach y est pour beaucoup. Je me souviens qu’on pensait pouvoir anticiper ce qu’ils allaient faire, mais c’était impossible. Ils avaient toujours un moyen de contrecarrer nos ajustements. C’est exceptionnel. Il a vraiment un don pour obtenir ce qu’il veut de son équipe. »

Également questionné sur le profil de Stevens, Sullinger répondait :

« Il n’est pas omniprésent mais sait bien se faire entendre. Il sait faire comprendre aux joueurs leurs erreurs. Un coach d’enfer, capable de faire bosser dur tous ses joueurs, et je pense que c’est vraiment ce qu’il faut retenir de lui. Il va nous dire ce qu’il attend de chacun d’entre nous et on pourra s’en faire notre opinion. Mais il y a une chose dont je suis sûr : il va tirer le maximum de notre potentiel. »

Au sujet de sa personnalité, Danny Ainge déclarait quant à lui :

« Brad et moi partageons beaucoup de valeurs. Malgré son jeune âge, Brad est un grand leader à la personnalité irréprochable et une formidable éthique de travail. Ses équipes jouent sans relâche et suivent ses consignes à la lettre, que ce soit en attaque comme en défense. »

Il y a néanmoins un aspect du coaching de Brad Stevens qui incarne parfaitement la mini-révolution que son arrivée engendre à Boston : son utilisation des statistiques avancées.

Il a été rapporté que Danny Ainge souhaitait leur accorder plus d’importance et que cela constituait un point de désaccord avec Doc Rivers. Quoi qu’il en soit, Stevens aime les utiliser et a même fait venir un assistant de Butler, Drew Cannon. À 23 ans, ce dernier est tout comme Stevens et Rondo un passionné des chiffres. Ainge décrit ainsi l’approche méthodique de Stevens :

« C’est quelqu’un de brillant et capable d’exploiter toutes les informations, mais je pense que lui et moi partageons le même point de vue à ce sujet, » ajoute Ainge au sujet de Stevens. « Les statistiques avancées sont importantes, et on se doit de récolter toutes les informations disponibles, mais tout cela ne doit pas prendre le pas sur les fondamentaux du basketball et remplacer ce que l’œil nous enseigne. Disons que Brad sait accorder de l’importance aux informations qu’il récolte. »

Qu’en pense Stevens ?

« Je suis très content de voir tout ce que nous avons comme moyens ici en termes de statistiques avancées. Je n’en ai jamais réellement eu autant à disposition dans ce domaine. La clé, c’est de voir ce qui peut être utile et transposable sur le parquet, sans trop en faire. Le basket est un sport simple et il est important de l’aborder avec l’esprit clair. »

C’est pourquoi Stevens résume son coaching ainsi :

« Je ne parle que du processus. Je ne parle que du prochain match et de chacune des possessions de celui-ci. Le but reste bien entendu de gagner un titre, mais je tiens à ne mettre l’accent que sur le processus qui y mène. »

La route vers le prochain titre sera très certainement longue, mais il semblerait que l’équipe parte sur de bons rails. Bienvenue dans l’ère Brad Stevens.

Par Léo Hurlin, avec pour sources masslive.com et le Boston Globe