Danny Ainge nous parle de Brad Stevens

Pas moins de dix joueurs NBA actuels sont plus âgés que lui, et c’est pourtant lui que Danny Ainge, GM des Celtics, a choisi comme nouvel entraîneur pour son équipe. Malgré ses 37 ans et sa totale inexpérience au niveau professionnel, Brad Stevens a d’ores et déjà gagné le respect de beaucoup de personnes au sein de la grande ligue.

Pour le Boston Globe, Ainge est revenu dans une interview avec Baxter Holmes sur les raisons de son choix, interview qui vient donc compléter le portrait que nous nous faisons du coach avant ses grands débuts demain soir.

Il y a-t-il des informations qui sont particulièrement revenues lorsque vous faisiez votre enquête à son sujet ?

Son intégrité, son intelligence, son éthique de travail et ses talents de communicateur sont autant de qualités qu’on m’a vanté à propos de lui. Et ces qualités transparaissaient lorsqu’on le voyait coacher Butler. Tout ce que les gens ont pu me dire sur lui ne faisait que confirmer ce que l’on pouvait voir en l’observant sur son banc ou en se penchant sur la manière dont jouaient ses équipes.

Il a dit que la culture d’une équipe était la chose la plus importante. Selon vous, cela se confirme-t-il en NBA ?

Tous les entraîneurs que j’ai connu y prêtaient de l’attention. Attention toutefois à ne pas trop en faire, car une équipe de Butler composée de douze gars qui s’entendent à merveille mais qui n’ont tout simplement pas le talent nécessaire pour gagner n’iront nulle part, alors que d’autres équipes, tout aussi soudées, seront capables de se dépasser et de battre des équipes connues dans tout le pays. Il est évident qu’en NBA, certaines équipes arrivent à se transcender grâce à leur cohésion. Je ne minimise pas l’impact qu’une forte culture d’équipe peut avoir, mais il faut trouver un équilibre au sein du groupe entre celle-ci et le talent pur des joueurs. Il y a très souvent des choix de ce genre à faire, tout simplement car s’il y a pas assez de talent, toutes les chances de victoires sont réduites.

Il est souvent décrit comme une personne calme, mesurée, mais ses proches répètent sans cette qu’il aime plus que tout la compétition. L’avez-vous remarqué ?

C’est un compétiteur, assurément. Il arrive qu’on attribue cet adjectif à des personnes très expressives, oralement ou dans leur comportement, mais lui, il contrôle parfaitement ses émotions. Il a énormément de tempérament, mais ne le montre pas beaucoup. Il n’en reste pas moins un grand compétiteur, ce qui est facile à constater en parlant de basket avec lui ou même en regardant ses équipes jouer. Il les pousse à se surpasser, il les fait jouer aussi durement que lui jouait. Il n’était pas le plus talentueux des joueurs, mais il a toujours donné le meilleur de lui-même.

Il est réputé pour détester perdre, ce qui risque d’arriver plus souvent désormais, ne serait-ce qu’en raison du nombre plus important de matchs en NBA. Cela vous inquiète-t-il ?

Cela n’a rien à voir. On ne se prépare pas de façon identique pour 32 matchs ou pour 82 matchs. Il y aura clairement un temps d’adaptation à prévoir, pour lui, sa famille et même dans sa vie de tous les jours. L’un des avantages pour lui, c’est qu’il n’aura pas à songer au recrutement en vue de la saison prochaine en plus de son calendrier plus chargé qu’avant. Il ne se retrouvera pas avec des joueurs du même âge, leur personnalité sera certainement bien différente, donc il lui faudra s’adapter, c’est une évidence. Mais il ne sera pas seul : toute l’organisation, que ce soit le staff, la direction ou les propriétaires, le soutient. Et je suis persuadé que les résultats vaudront largement ce petit sacrifice pour chacun d’entre nous.

On parle beaucoup de son amour des statistiques avancées. N’en fait-on pas un peu trop ?

Ce que l’on connaît de lui à travers sa personnalité et ses qualités vaut bien plus que cette réputation de statisticien pointilleux. Chaque personne amène des choses, et l’on pourrait débattre éternellement sur leur valeur intrinsèque et concurrentielle, mais au fond, le vrai atout de Brad, c’est la personne qu’il est. Son intégrité, sa capacité à tisser des liens avec les gens, tout ce qu’il est, cela va bien au-delà des outils qu’il utilise en tant qu’entraîneur. Même si on ôtait de lui ses qualités dans ce domaine, il serait quand même un coach fantastique.

Lors de la première session de l’année avec les médias, vous vous étiez déclaré si impressionné par ce qu’il avait déjà accompli que vous souhaitiez déjà le prolonger pour quatre ans supplémentaires. Pourquoi donc ?

Eh bien, j’ai dit ça juste en le voyant à l’œuvre, en observant la relation qu’il nouait avec les joueurs. Ils le respectent tellement, lui, ses savoirs, son application et son authenticité. Ils ont conscience de tout ça et du genre de personne qu’il est. Ils ont vite compris que ce n’est pas juste un type qui essayait de faire copain-copain avec eux, mais qu’il était là pour les entraîner, les rendre meilleur. Tout ce qu’il leur a dit était sincère, fondé et ils ont saisi le sens profond de ce message, qui allait bien au-delà des simples paroles qu’un coach pouvait avoir. Les joueurs respectent vraiment tout cela, car ils voient qu’il s’intéresse vraiment à eux et qu’il prend du temps pour le faire.

Autre chose ?

Ma plus grande découverte à son sujet, depuis qu’il est des nôtres, c’est qu’il a une femme en or. Tracy est une personne formidable pour lui, et en apprenant à la connaître, je découvre d’où vient la sagesse dont Brad fait preuve. Il s’est vraiment bien entouré.

Traduction de l’article du Boston Globe « Q&A: Danny Ainge on Brad Stevens » par Léo Hurlin