Gueule de bois

C’est avec un sérieux mal de crâne que les Celtics finissent leur première semaine avec un zéro pointé. Trois matchs, autant de défaites, avec l’impression étrange que chaque match aurait pu se terminer autrement. A la fois si proche et si loin de la victoire.

On savait que la saison allait être compliquée, qu’il y aurait plus de défaites que de victoires. Mais plus que le bilan comptable de Boston, c’est la manière et l’absence de repères pour la suite qui me dérange.

Le premier match contre les Raptors n’avait rien d’alarmant. Après une mise en route compliquée en première mi-temps , les Celtics laissaient entrevoir de belles choses avec un troisième quart impressionnant (34-22) pour revenir à égalité avant la dernière ligne droite. Mais les locaux se montraient ensuite plus appliqués pour finalement remporter le match.

Néanmoins il y avait plusieurs signes encourageants : Faverani, Bass et Humphries se montraient efficaces et j’imaginais déjà une rotation intérieure pas si affreuse que ce à quoi on pouvait s’attendre, avec le retour programmé de Sullinger suspendu pour ce premier match. Jeff Green lui, joignait les actes à la parole en inscrivant 25 points, dont plusieurs obtenus en attaquant le cercle, avec cette agressivité qui peut lui permettre de dominer presque n’importe quel adversaire.

Stevens ne s’alarmait d’ailleurs pas de cette défaite :

« Je ne suis pas le genre de personnes à trouver beaucoup de points positifs dans la défaite. Mais ce soir, on a progressé dans plusieurs domaines par rapport aux dernières semaines. »

Le début du deuxième match contre les Bucks confirmait ces bonnes dispositions avec du jeu, des passes pour le joueur démarqué et des stops en défense. Quand l’équipe joue comme ça, cela donne une avance de +22. Finalement le seul problème, c’est qu’ils ont oublié qu’il restait 19 minutes à jouer. C’est ainsi que devant nos écrans, on a pu assister à la remontée de Milwaukee, sans aucun sentiment de révolte ou de combativité chez les Celtics. Une passivité alarmante qui laisse un goût amère. Cette défaite fait mal.

Certaines décisions du staff commencent à faire débat. Pourquoi avoir laissé sur le banc Humphries qui avait montré de belles choses contre Toronto ? Ou bien Brooks qui s’il n’est pas parfait aurait pu relancer une machine visiblement enrayée ? Ou bien Phil Pressey, le seul véritable meneur de l’équipe qui aurait pu calmer le jeu et distribuer de manière plus académique ? Le coach avait sûrement ses raisons, mais cette défaite est moche. Pour faire face à l’adversité, les Celtics ont oublié la notion d’équipe, et ont essayé de s’en sortir de manière individuelle. Plus de passes, que des isolations pour des 1 contre 1. Ce n’est pas le jeu prôné par Stevens et son culte de l’extra-passe.

Gerald Wallace (bien que concerné lui-aussi) était déçu après la rencontre :

« Au lieu de se concentrer sur la victoire, on s’est plus préoccupé des statistiques individuelles. On est passé d’une équipe collective et altruiste en première période, à cinq joueurs individualistes en seconde période. Et ça s’est vu. »

 

Venait alors le troisième match, celui d’hier. Les Celtics avaient enfilé le costume de Milwaukee pour l’occasion. Relégués à une dizaine de points (plus gros écart à 15 points) une bonne partie du match, Boston réussissait à revenir dans le match, et même à passer devant dans le quatrième quart-temps. Mais là plusieurs mauvais choix en attaque et des pertes de balle stupides offraient la rencontre sur un plateau à des Pistons, qui n’ont jamais donné l’impression de paniquer.

Encore une fois, Humphries et Pressey n’ont pas joué. Brooks très peu. La défaite était envisageable tant la rotation intérieure des Pistons est impressionnante, mais le plus dur était fait, revenir à 65 partout à 9 minutes de la fin.  Mais la fin n’a pas été heureuse, et l’on peut se demander pourquoi Jeff Green n’a pas joué une seule minute du quatrième quart-temps.

Stevens en tout cas, demande plus de régularité de la part de ses joueurs :

« On doit trouver le moyen, soit de manière individuelle ou de manière collective, d’être plus régulier sur un match entier. »

 

Il est trop tard pour revenir en arrière. Et la semaine qui s’annonce n’est pas des plus simples à négocier pour des Celtics en manque de repères. Même les supporters de Philadelphie ou de Phoenix, à qui on promettait l’enfer, se retrouvent avec des bilans positifs au bout de trois matchs, et surtout avec quelques certitudes et des bases sur lesquelles construire.

On entend de plus en plus de gens affirmer que les Celtics ont décider de tanker (de faire exprès de perdre) pour qui sait obtenir le premier choix de la prochaine draft. Ce serait à mon sens une incroyable bêtise. En faisant jouer surtout les jeunes, les joueurs qui feront l’avenir de la franchise, nous aurons de toute façon des résultats faibles, voire très faibles, et donc un excellent choix de draft. Même sans avoir le premier choix, la prochaine draft s’annonce tellement talentueuse qu’un choix dans les dix premiers peut changer la face d’une équipe. Alors autant donner tout de suite des automatismes aux joueurs qui font partie du plan à moyen-long terme de Danny Ainge.

Ils feront des erreurs, beaucoup d’erreurs et c’est normal. Mais être passif comme ils ont pu l’être pendant de trop longues minutes sur le terrain, c’est impardonnable. La défaite n’aurait pas été amère contre Milwaukee s’il y avait eu de la combativité. Un supporter sait faire la part des choses.

Les Celtics sont en pleine reconstruction. Et sans vouloir faire un cours de BTP à qui que ce soit, je suis convaincu qu’on ne peut rien construire sans des bases solides. Car c’est bien cela le plus inquiétant. Le manque d’un fond de jeu, d’une rotation définie. Car au niveau comptable ce n’est que le début de la saison, et les Celtics ne sont finalement qu’à une petite victoire de la septième place à l’Est. Je suis d’un naturel optimiste, j’ai confiance en Brad Stevens pour nous prouver qu’il est le coach de la situation et que cette saison sera utile. Il reste 79 matchs pour cela.

Amis Celtes, je me fiche du résultat final (même si une victoire est toujours agréable à 3h du matin), mais je veux voir une passe décisive sur presque chaque panier, je veux voir chaque joueur appuyer sur ses points forts, jouer à son poste, défendre de manière collective en venant aider. Je veux pouvoir dire après le match : « ils ont tout donné, ont fait de leur mieux. »

 

Article rédigé par Louis Jullien.

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