Ainge revient sur le transfert de Garnett et de Pierce

À l’occasion du premier retour de Kevin Garnett et de Paul Pierce sur les terres de leurs plus beaux exploits depuis leur transfert chez les Nets l’été dernier, le Boston Globe a pu s’entretenir avec le GM des Celtics, Danny Ainge. Pour le journal, il est revenu sur l’un des plus gros transferts de l’histoire de l’équipe.

Boston Globe : Comment ce transfert s’est-il construit ?

Danny Ainge : Il s’est fait assez rapidement. Ce qui me plaisait à l’époque, c’est qu’il me semblait être parfait pour toutes les parties, que ce soit pour Paul, KG, Jason Terry ou nous. Je me suis dit que là-bas, ils seraient bien lotis et auraient encore l’occasion de jouer le titre. Les résultats ne suivent pas pour l’instant, mais avant le début de l’année, l’équipe avait l’air impressionnante. La décision de tourner la page n’en a été que moins dure à prendre.

Dans le passé, vous avez indiqué que ce qui a fait la différence avec ce transfert, c’est que Mikhail Prokhorov, le propriétaire des Nets, voulait gagner à n’importe quel prix. Que vouliez-vous dire ?

Pour que ces deux-là puissent poursuivre leur carrière ensemble, il fallait que le propriétaire de l’équipe qui allait les accueillir accepte la luxury tax qui va avec. *

Kevin McHale a récemment déclaré que la nouvelle convention collective NBA contraignait un peu les GM à faire ce genre de transferts, même lorsqu’ils souhaitent que des joueurs comme Paul Pierce terminent leur carrière chez eux. Cela vous semble-t-il vrai ?

À vrai dire, je ne sais pas si cela nous y oblige, sauf si l’on veut avant tout que l’équipe reste compétitive. Ce genre de transferts donne l’occasion de démarrer rapidement un projet de reconstruction, ce que suivre mon cœur ne m’aurait pas permis de faire. Je pense que ce que veut dire Kevin, c’est que personne n’aimerait avoir à transférer des Paul Pierce, des Kevin Garnett ou même des Jason Terry. Oui, je sais qu’il n’a disputé qu’une saison avec Boston, mais j’adore ce joueur. Il a tout donné ici et a agi de façon classe toute sa carrière. Et donc, c’est quelque chose que personne n’aime faire ou s’attend à faire. Mais je crois que lorsque l’opportunité s’est présentée à moi, il fallait que je le fasse pour le bien de l’équipe.

Ça vous fait quoi de les regarder jouer sous ce maillot, au vu de la saison qu’ils vivent ?

Je suis frustré pour eux. Je sais qu’ils n’ont pas été épargnés par les blessures, par exemple avec Deron Williams. Je m’attendais à ce que Pierce et Garnett soient les lieutenants de Joe Johnson, Lopez et Deron Williams. Mais perdre ces deux-là, peut-être leurs deux meilleurs joueurs, a transformé cette saison en un vrai défi pour Brooklyn. Je crois que leur niveau de jeu et leur bilan n’est à imputer qu’aux blessures qu’ils ont subi.

Certains disent que ce transfert est une énorme victoire pour Boston. Qu’en pensez-vous ?

Eh bien, déjà, à l’époque, je me disais que Brooklyn avait énormément de cran pour faire ça. J’étais admiratif. Je sentais que KG et Paul avaient encore le niveau pour briller, donc je me suis dit que cet échange était parfait pour nos deux équipes. Je n’avais pas les moyens de faire venir Joe Johson, Deron Williams et Brook Lopez pour entourer Paul et KG. J’aurais aimé. Ils seraient toujours des Celtics. Mais à mes yeux, nous n’avions pas les moyens de jouer le titre. Je ne sentais pas Paul et KG capables de nous porter sur leurs épaules comme ils l’avaient fait durant les cinq ou six années précédentes. Je me disais qu’on n’allait pas être bons et qu’ils méritaient mieux que ça. Surtout que l’avenir de Rondo était compromis par sa blessure. Je sentais que l’année allait être longue pour nous comme pour eux deux, et ils n’en auraient rien retiré. Donc j’étais content pour Brooklyn. Ça leur donnait une chance. Et ça me semblait bien pour nous, compte tenu de notre position. Je n’avais pas la moindre idée de leurs chances réelles, car on savait tous que Indiana et Miami allaient être très forts, et on pensait aussi que Chicago allait réussir. Mais avant le début de la saison, on pensait que ça se jouerait entre ces quatre équipes, à l’Est.

À quel moment faut-il évaluer un transfert ? Peut-on le faire au moment même ou faut-il laisser s’écouler du temps ?

Tout ce qui compte, c’est de savoir pourquoi on le fait et sur quoi on se base. Parfois, un transfert permet d’obtenir le chaînon manquant pour décoller. D’autres transferts sont moins directs et servent à se mettre en capacité de décoller. Avec ce nouvel accord collectif, la gestion de la masse salariale est primordiale car les taxes sont bien plus pénalisantes qu’avant. Donc je pense que les transferts peuvent être jugés dans l’immédiat en essayant de savoir pourquoi ils sont conclus. La plupart des transferts qui se produisent se comprennent pour chacune des équipes impliquées. Avec le temps, certains joueurs deviennent bien meilleurs qu’au moment de l’échange et une équipe semble clairement s’en être le mieux tirée que l’autre. Mais, en tant que GM, cela ne doit pas nous inquiéter. On doit toujours faire ce qui nous semble le mieux pour l’équipe à l’instant T, que ce soit d’un point de vue financier ou pour donner du temps de jeu supplémentaire à un jeune joueur. Beaucoup de facteurs sont à prendre en compte dans un transfert, mais la plupart de ceux que j’ai pu voir se faire m’ont semblé équitables. J’ai d’ailleurs beaucoup de respect pour mes confrères. Cependant, il y a toujours des risques, comme par exemple les blessures. Mais c’est la vie qui veut ça.

* Prokhorov va devoir débourser environ $ 183 millions pour son équipe cette saison, dont à peu près $ 82 millions en luxury tax, ce qui constitue un record NBA. Le précédent record en la matière appartenait aux Portland TrailBlazers et était de $ 52 millions lors de la saison 2002-03.

Traduction de l’article du Boston Globe « Celtics’ Danny Ainge discusses blockbuster Nets deal » par Léo Hurlin