Marcus Smart, un joueur forgé par son passé chaotique

Six ans avant de devenir l’un des joueurs NCAA les plus respectés avec Oklahoma State, Marcus Smart s’amusait à jeter des cailloux sur les passants.

Que de chemin parcouru pour devenir l’un des joueurs les plus humbles qui existent de nos jours. Que de pertes, de chagrins pour finir par se découvrir lui-même. Que de rage inapaisée en lui jusqu’alors.

Il avait vu l’un de ses frères aînés être emporté par le cancer, et avait manqué d’en perdre un autre à cause de la cocaïne. Aveuglé, perdu dans sa colère au milieu d’un quartier du sud de Dallas qu’il décrit comme un champ de bataille, il cherchait à infliger le plus de douleur possible aux autres, autant qu’il devait en supporter au plus profond de lui – du haut de ses douze ans.

C’était une soirée banale qui débutait près de chez lui, à Lancaster. Marcus et l’un de ses amis avaient rempli leurs poches de cailloux et étaient montés au deuxième étage d’une résidence, pour mieux se dégoter une cible. Comment auraient-ils pu savoir que cette soirée changerait leur vie ?

C’est alors qu’ils virent un homme, assis sur son vélo et vêtu d’un pull noir. Ayant atteint leur cible, ils se félicitèrent, hilares. Jusqu’à ce que l’homme en question chute sous les coups. Au second coup d’œil, l’homme avait disparu. Smart n’entendait plus rien d’autre que la voix d’un homme déchaîné, promettant de le tuer tout en montant quatre à quatre les escaliers derrière lui.

Marcus et son copain sautèrent par-dessus la rambarde du balcon, se jetant de deux étages de haut sur le dur goudron de la rue. L’homme les imita aussitôt. La peur aux trousses, et l’adrénaline aidant, Smart courut plus vite que jamais, zigzaguant entre les ruelles jusqu’à la résidence voisine.

Mais derrière lui, les pas et la voix de l’homme se faisaient de plus en plus menaçants. Marcus ne savait pas que sa cible de jeu faisait partie du gang des Bloods. Il regarda rapidement derrière lui et vit, à la faible lueur de l’éclairage public, ce que l’homme tenait dans sa main : un pistolet.

À cet instant, Smart comprit qu’il n’était plus ce gamin qui, du haut de ses quatre ans, avait donné son seul billet de 20 dollars à un SDF. L’enfant qui, innocemment, prenait son vélo chaussé de santiags pour obtenir des hamburgers gratuits au McDonald’s du coin avait disparu. Il avait radicalement changé. Qu’était-il devenu ? Un être en perdition, à qui il ne restait peut-être que quelques secondes à respirer. Son cœur battait plus fort que jamais, il était en sueur, et ne respirait plus normalement. Ses reins étaient comme bloqués dans un étau.

Son poursuivant se trouvait alors à moins de quinze mètres. Marcus entendit rugir derrière lui le son stridant de quatre coups de feu.

« Vous avez déjà vu ‘Massacre à la Tronçonneuse’ ? Imaginez qu’on vous colle aux basques avec ça dans les mains. C’était pareil », se souvient-il désormais. « Je n’arrêtais pas de me demander ‘Est-ce que je vais mourir ? C’est comme ça que je vais crever ? Qu’est-ce qu’il me fera s’il me chope mais ne tire pas ?' »

Le Marcus Smart que les fans ont pu voir à Oklahoma State, celui qui dégage une intensité dans son jeu rarement égalée, ne montre presque plus rien de ce feu qui l’a longtemps consumé. Bien sûr, certains joueurs sont plus talentueux que lui, mais combien peuvent se targuer d’avoir autant de qualités ? Et combien pouvant s’en vanter ne le font pas ? Smart ne jure pas par ses lignes de statistiques, mais par celles de ses coéquipiers. Là où la plupart des jeunes de son âge cherchent à capter l’attention de tous, lui fait tout pour l’éviter.

« C’est dans son caractère », indique son meilleur ami Phil Forte, qui le côtoie depuis le CE2. « Sur le terrain, on sent qu’il a quelque chose en travers de la gorge. Il ne se comporte pas en diva. »

Fran Fraschilla, analyste à ESPN et habitant de Dallas, connaît bien Smart. Il l’a vu évoluer sur un parquet depuis son année de troisième. Il résume Smart ainsi :

« C’est rare de voir un joueur si jeune ressembler autant à un pro évoluant en NBA depuis dix ans. Si je devais me bagarrer demain dans une rue et que Hulk était de mon côté, je me sentirais plutôt serein. Et bien, c’est ce que sa présence dégage. »

En janvier 2013, le très respecté entraîneur de la fac de Syracuse Jim Boeheim avait laissé entendre qu’à la fin de la saison NCAA, il n’y aurait peut-être pas de joueur plus important que Smart dans tout le pays. L’entraîneur de basket à Oklahoma State, Travis Ford, peut quant à lui narrer d’innombrables histoires et anecdotes pour définir le joueur, qui dénote clairement au sein de sa génération de « m’as-tu-vu » prêts à tout pour figurer dans les top 10.

« Je n’ai jamais coaché un McDonald’s All-American avec une telle approche de son sport », affirme Ford. « En surface, il est impensable de croire qu’on a affaire à l’un des tous meilleurs joueurs de ce pays. »

Peu de gens savent ce que Marcus a enduré, ce qui a forgé son caractère.

« Les gens me demandent souvent ‘Comment peux-tu te comporter de façon si modeste ?' », admet-il. « Mais ils n’ont pas vécu ce que j’ai vécu. Je ne peux pas faire semblant. La vie n’est pas toute rose. Le monde qui nous entoure est dur, froid, et peut ruiner n’importe qui. Il faut l’apprivoiser. »

Peu de gens savent à quel point son enfance le motive chaque jour et le rend si avide de revanche, mais aussi si discret. Il raconte avoir voulu partager son histoire avec USA Today Sports, toute son histoire et même des éléments dont ses proches n’ont pas idée, afin que tous les jeunes qui ont connu des parcours difficiles puissent s’identifier à lui.

« Tous les jours, je repense à ce que j’ai traversé et c’est vraiment dur d’y croire », confie le joueur. « Je remercie le Seigneur car mes deux parents étaient présents, ainsi que mes frères. Eux et ma mère sont mes héros. Si je n’avais pas changé de mentalité, je serais mort ou en prison à l’heure actuelle. »

Marcus a grandi dans une famille très soudée, qui n’a presque jamais sombré malgré les épreuves. Sa mère, presque 60 ans, va en dialyse trois fois par semaine et n’a plus qu’un rein depuis de sévères calculs rénaux il y a vingt ans de ça. Elle est mariée depuis un peu moins de quarante ans au père de Marcus et Michael Smart. Todd et Jeff Westbrook, ses demi-frères, sont issus d’une précédente histoire.

Camellia, que ses enfants surnommaient ‘Wonder Woman’ pour son courage et ses sacrifices, était à l’époque le ciment qui unissait la famille. Todd, un second père pour Marcus et Michael, en était le pilier.

Pour Marcus, si quelqu’un avait dû aller en NBA, cela aurait dû être Todd. Dans sa jeunesse, en tant qu’arrière à Lancaster High, il avait terminé une saison à 62% de réussite aux tirs. Avant que Marcus ne sache dribbler, il connaissait déjà tout des exploits de Todd durant les années 1980 et en avait fait son idole.

Marcus savait que le jour où les docteurs décelèrent une tumeur derrière l’un des yeux de Todd – alors âgé de quinze ans, sa mère le vécut comme si on lui avait arraché son cœur. Todd, lui, avait à peine accusé le coup et, se tournant vers le médecin, lui avait courageusement rétorqué :

« OK, on fait quoi maintenant ? »

Le cancer avait beau s’être étendu à ses reins, puis à son estomac, Todd continuait avec détermination à servir d’exemple pour ses frères. C’est lui qui leur apprit à se raser, à serrer la main d’un homme comme il se doit, à réussir leurs entretiens d’embauche, à enfiler un préservatif. Et même lorsqu’il était devenu faible au point de ne plus pouvoir se rendre aux toilettes sans être essoufflé, il prenait ses deux jeunes frères sous son aile en leur montrant des documentaires géographiques ou historiques dans sa chambre.

« Ce qui forcera toujours mon admiration pour lui, c’est sa ténacité, cette façon qu’il avait de continuer à vivre jusqu’au dernier souffle », se remémore Smart.

À neuf ans, il faisait déjà passer sa famille avant tout le reste. Un jour, sa mère réalisa que son fils allait à l’école avec des baskets trouées. Il se contenta de hausser les épaules. Un proche lui promit alors des Nike flambant neuves, mais il préféra jeter son dévolu sur des baskets à 19 dollars. Au cours du mois de décembre 2003, Camellia lui demanda ce qu’il voulait pour Noël. Sa réponse tint en un mot :

« Rien. »

Sa mère répéta :

« Sérieusement, mon cœur, qu’est-ce que tu voudrais ? »

Marcus renchérit :

« Maman, je ne demande vraiment rien. Je prie juste pour que nous soyons tous ensemble pour Noël. »

Et Smart vit son vœu exaucé.

Mais le 9 janvier 2004, alors qu’il jouait dehors avec son cousin, sa tante leur demanda de venir dans la maison. En larmes, elle les fit s’assoir et leur apprit la nouvelle que tout le monde redoutait : Todd vivait ses derniers instants. Toute la famille était déjà à l’hôpital. Marcus la regardait. Il ne pouvait y croire.

Puis, soudainement, il se releva et se précipita à l’extérieur. Dans sa hâte, il claqua la porte si violemment que la partie vitrée de celle-ci céda. Son cousin le rattrapa et dut le plaquer au sol. Il criait de toutes ses forces. À l’hôpital, il remonta un interminable couloir au pas de course jusqu’à rejoindre le reste de sa famille. Tous hurlaient de douleur.

Todd, 33 ans, venait de perdre un combat long de dix-huit ans contre la maladie.

Au milieu de toute sa famille qui, dans ses pleurs, implorait Todd de revenir à eux, Marcus s’avança jusqu’au lit du défunt et toucha le pied de son grand frère.

« Il était plus froid que de la glace », se rappelle-t-il. « Je n’ai jamais touché quelque chose de plus froid et de plus dur. »

Camellia, le visage en pleurs, prit alors Marcus dans ses bras et lui assura que tout irait bien. Marcus ne pouvait toujours pas croire ce qui se produisait. Il fit le tour du lit d’hôpital, essayant de se persuader que Todd dormait simplement. Il le saisit et le supplia de se réveiller.

Puis, il embrassa son frère sur la bouche et leva les mains au ciel, en disant :

« Todd est devenu un papillon. Il s’est envolé. »

Cette épreuve fut terriblement difficile à surpasser pour la famille. Dans leur maison de DeSoto, Marcus et Michael allèrent parfois se glisser en pleine nuit dans le lit de leur frère disparu, juste pour s’endormir au son de Discovery Channel.  C’est là qu’ils venaient auparavant jouer avec Todd, lançant des chaussettes en boule avec un cintre en guise de panier, jusqu’à ce qu’il soit trop épuisé pour continuer.

S’entourant de photos, partageant sans cesse leurs souvenirs, l’image de Todd ne s’estompa jamais de leur mémoire.

Mais Marcus n’eut jamais que la mémoire de son frère décédé en tête : Michael, alors âgé de 19 ans, connu un temps comme un meneur talentueux de Lancaster High, avait sombré dans le monde des gangs, de la drogue et des pistolets. Michael était devenu membre des Bloods et, avec eux, prit toutes sortes de risques possibles.

Il avait vu ses amis gagner jusqu’à 8 000 dollars par semaine, conduire des Mercedes et des grosses Chevrolet dans le monde de la rue. Ils portaient tous de l’or et des diamants, possédaient tous des écrans plats avant même les citoyens américains lambda.

Marcus vit son frère surfer sur la vague, mais aussi presque se noyer. Michael se faisait 2 500 dollars chaque semaine via ses activités de dealer et de proxénète. Il possédait cinq armes à feu : deux calibres .40 et .45, un TEC-9, un AK-47 et un fusil à pompe.

Marcus se souvient qu’à Lancaster, il arpentait souvent les rues pour retrouver son frère et essayer de le faire rentrer à la maison. Il se rappelle aussi de toutes les nuits passées à aller vérifier que ce dernier, parfois shooté par la drogue, était pourtant rentré sain et sauf.

Il avait dix ans tout juste, mais il ne se privait pas de faire la leçon à son frère :

« Maman n’a pas besoin qu’on la réveille à deux heures du matin et qu’on lui dise que tu es en taule ou qu’on t’a tué. Elle a déjà perdu un fils. »

Puis il essuyait les larmes du visage de son grand frère.

« Tiens-toi à l’écart de tout ça », lui demandait-il ensuite. « Je te promets que je veillerai sur toi. »

Des années plus tard, Smart se souvient :

« C’est arrivé tellement de nuits… J’ai grandi en voyant ça. Je le voyais souffrir. Je n’aimais pas ce qu’il faisait, mais c’était mon frère, donc je ne pouvais que l’aimer. C’était le genre d’histoires qu’on voyait à la télé ou dans les jeux vidéos, c’était exactement pareil. Vivre avec ça me faisait peur. »

Todd était mort depuis un an à peine. Marcus disputait un tournoi lorsque sa mère lui apprit la nouvelle : Michael à son tour se trouvait à l’hôpital. Cela faisait un mois que ce dernier avait plongé le nez dans la cocaïne à plein temps. Cette fois-ci, il avait tellement abusé qu’il s’était effondré au sol et s’était blessé à l’œil. Son oncle Gary Westbrook, qui était devenu paraplégique suite à une balle reçue dans le dos, s’était même jeté de son fauteuil pour tenter de le ranimer avant d’appeler les secours.

Smart se retrouvait à nouveau dans un hall d’hôpital, espérant ne pas avoir à saisir du bout de ses doigts un autre pied gelé par la mort. L’idée de perdre un deuxième frère en un an lui était insoutenable. En entrant dans la chambre, toutes ses émotions se mélangèrent à la vue des tubes reliés au corps de Michael.

Marcus prit sa main.

« Je me souviens du regard de Marcus », confesse Michael. « C’était impressionnant. »

Marcus, lui, se souvient de tout autre chose :

« Il aurait dû en mourir. Il en avait pris largement assez pour. »

Michael évoque enfin le docteur, qui lui avait dit de but en blanc :

« Mon job, c’est de sauver des vies. Si vous vous infligez ça, ne revenez plus ici. Suicidez-vous. »

Michael s’en est finalement sorti. Son séjour à l’hôpital ne l’a pas aussitôt éloigné des gangs, mais il n’a cependant plus jamais repris de cocaïne. Il s’est également juré de ne pas laisser Marcus devenir un voyou comme lui, et de tuer quiconque entraînerait son petit frère dans cette voie.

« Ne t’avise pas de quitter le droit chemin », Michael lui répétait. « Tu as intérêt à filer droit. Si on dit que tu es différent, oui, tu l’es. Tu verras dans six ans, tu repenseras à tout ça et tu verras qui a fait la différence par rapport aux autres. »

Mais les problèmes s’accumulaient pour Marcus, dont la rage bouillonnait.

Enfant, il était rare de le voir faire les mauvais choix. Il admet cependant avoir pris une fois du cannabis, à l’âge de huit ans. Il se souvient que ça l’avait rendu si malade qu’il n’avait pas eu d’autre choix que d’aller voir sa mère, qui fit ce qu’il fallait faire. Elle, en revanche, ne se souvient pas que Marcus ait avoué avoir fumé.

Mais après avoir presque perdu deux frères, et au milieu des camarades de classe qui faisaient les petites affaires des gangs locaux, Marcus admet ceci :

« J’étais vraiment perdu. J’ai énormément changé depuis. »

Avec ses amis, ils volaient des sucreries dans les magasins. Les terrains de football américain lui permettaient d’évacuer sa colère, mais pas autant que les bagarres. Il reconnaît qu’il était une brute, cognant sur les faibles comme les plus costauds.

« J’avais l’impression d’avoir un bras cassé et de ne pas pouvoir hurler ma douleur », se rappelle-t-il. « C’était vraiment la pire des douleurs imaginables, et je ne savais pas m’en débarrasser d’une autre façon. Il fallait que je le fasse. J’étais comme une casserole sur le feu. Je ne savais pas gérer ça autrement qu’en me battant. »

Il se battait au moins trois fois par semaine. Il se fabriquait même des armes, utilisant des couteaux ou des branches. Il confie sans détour avoir failli briser la nuque d’un jeune du quartier ou de son école. Il sait qu’il aurait pu tuer quelqu’un.

Une fois, il se retrouva cerné avec un ami par plusieurs ados du quartier. Sans réfléchir, il sortit un couteau. Ses assaillants répliquèrent alors en sortant un pistolet à plombs. Marcus rentra chez lui pour prendre l’arme de son père, de calibre .22. C’est son frère qui l’empêcha de sortir de la maison avec une telle arme et le désir de tirer sur les autres.

Les bagarres ne cessaient jamais, et Marcus avait même éclaté le visage d’un gars au sol. Le principal de son école finit par le convoquer et l’envoyer dans une sorte de camp de redressement.

« C’était comme en prison : on ne peut en sortir plus tôt qu’en étant irréprochable. »

Mais la pire des soirées qu’a vécu Smart, celle dont il se souviendra toujours, reste celle où l’homme au pull noir l’a poursuivi, lui et son ami.

Pour s’échapper, ils empruntèrent un chemin dans les bois, un qu’ils connaissaient par cœur. Ils ne cessaient de changer de direction, et savaient qu’à un moment, une branche très basse les obligeraient à se pencher. Leur poursuivant ne la vit pas, et ils l’entendirent se faire assommer par l’arbre. Marcus n’en ferma pas l’œil de la nuit.

« J’ai failli y passer », souligne-t-il. « J’étais terrifié. Je ne savais pas quoi faire. J’avais fait une connerie, mais ça me semblait marrant sur le coup, et pourtant j’aurais pu y laisser ma peau. J’ai retenu la leçon, ce soir-là. Mais je ne raconte pas souvent cette histoire, car à quoi bon le faire ? Qu’auriez-vous fait à ma place ? Il n’y avait pas grand-chose à faire de plus, j’ai dû tracer pour rester en vie. »

Marcus ne confia jamais à Michael, qui connaissait l’homme en question, que celui-ci avait voulu lui tirer dessus. Il s’était contenté de dire qu’il lui avait infligé une bonne correction. Il savait que si son frère l’avait su, il aurait probablement voulu tuer l’homme vêtu de noir.

« C’est comme ça qu’il réfléchissait », réagit Michael. « Il se disait qu’en le gardant pour lui, son frère n’irait pas s’attirer d’ennuis supplémentaires, et que lui ne recommencerait pas. C’est vrai que je serais sorti avec une arme. Mais bon, il est rentré à la maison et je suis toujours vivant. »

Il ne raconta pas non plus cette histoire à sa mère. Elle savait déjà qu’il fallait que son fils se fasse aider, qu’il trouve un échappatoire.

« J’ai compris qu’il fallait que je fasse quelque chose », raconte Camellia. « C’est le genre de choses qu’on sait, qu’on ressent. J’ai toujours dit à mes enfants que je pouvais tout entendre. »

Vint le jour où elle fit parler Marcus. Il lui raconta qu’il se bagarrait souvent.

« Il n’était plus le même, il était lassé de tout », poursuit-elle. « Je lui ai alors dit ‘Pourquoi ne me l’as-tu pas dit plus tôt, mon bébé ?’ Et il m’a répondu ‘Je ne voulais pas que tu te fasses du souci, maman.' »

Elle enchaîne :

« Il était hors de question qu’un gang me prenne un autre de mes fils. Il était au fond du trou, il luttait vraiment. Il était influencé par trop de gens et devait constamment se dire ‘Je le fais ou pas ? Si je ne fais pas telle ou telle chose, je serai un lâche.’ Mais il était trop jeune pour ça. »

Marcus apprit à gérer sa colère via des programmes spécialisés, et il dit que cela l’a beaucoup aidé. Puis, la famille déménagea dans un autre quartier de Dallas, à l’ouest, dans une maison avec trois chambres. Camellia reçut également l’aide de la famille de Forte pour choisir une école pour son fils dans leur quartier de Flower Mound.

Ce fut un choc culturel pour Marcus. Il n’était pas habitué à croiser des gens dehors la nuit sans que cela soit louche. Il fallait lui dire que c’était tout simplement quelqu’un en train de promener son chien. En allant dans son jardin, il n’entendait plus le son des armes à feu ou les cris des bagarres. Tout cela eut un effet sur lui que nul ne pouvait ignorer.

« C’est comme si il était revenu à la vie », témoigne sa mère Camellia. « Je ne sais même pas comment vous l’expliquer. Il est passé du noir au blanc. À ce point-là. »

Marcus apprit à canaliser son énergie dans le football, puis dans le basket, son sport de prédilection. Ses professeurs et entraîneurs confiaient souvent à Camellia combien son fils les impressionnait. Il n’avait pas l’impression de mériter les honneurs. Lorsqu’on le récompensait d’un trophée, il le savourait à peine et retournait quasi-instantanément sur YouTube pour observer comment Kobe Bryant utilisait ses jambes sur un parquet. Et lorsque vint le moment où les universités lui envoyèrent des lettres pour le recruter, c’est à peine s’il s’y intéressa réellement. Il préférait aller bosser son physique avec son frère.

Interviewé par USA Today début 2013 pour l’article, Michael avait les yeux qui brillaient au souvenir de la force de son petit frère, qui lui semble souvent plus âgé que lui-même. Il indique ainsi que Marcus l’encourage constamment à maintenir sa tête hors de l’eau, et lui dit combien il est fier que son frère aîné ait arrêté de vendre de la drogue il y a déjà plusieurs années.

« Si Dieu m’a fait venir sur Terre, c’est forcément pour une raison », explique Michael. « Je crois que cette raison pourrait être mon frère. Il a accompli ce que notre mère voulait pour nous tous, il a réussi. Il nous donne la force d’y croire. Quand je le regarde, je me dis qu’il a tout gagné. »

Il continue :

« Quand ma mère pense à Marcus, ça la rend heureuse pour la journée. Bien sûr, Todd n’est plus là, mais une part de lui est en Marcus. C’est incroyable. Si tu connais Marcus, alors tu connais Todd. Marcus est tout ce qu’on attend de son grand frère. »

Dans la maison de Camellia, remplie de trophées et autres souvenirs sportifs de son fils – joueur NBA depuis juin 2014 -, trône cependant une photo de Todd, prise durant la saison 1987-88 au sein de l’équipe de Lancaster. À l’époque, Todd ne voyait plus réellement que d’un œil mais était revenu pour sa dernière année de lycée. Cette année-là, son équipe finira deuxième d’un sondage auprès d’une association d’entraîneurs du Texas.

Sur la photo, Todd porte le n° 3, comme chacun de ses frères par la suite. Tous ont d’ailleurs un tatouage en hommage à Todd. Marcus aurait même souhaité poursuivre avec le 3 à Oklahoma State, mais ce n’était pas possible car Dan Lawson, un membre de l’équipe décédé dans le crash d’un avion de la fac en 2001, l’avait porté. Alors Marcus prit le n° 33, en souvenir de son frère décédé à cet âge.

Marcus, que son coach universitaire cite comme l’un des joueurs les plus authentiques qu’il a pu coacher, affirme désormais contrôler entièrement ses émotions.

« Je ne veux pas qu’on dise de moi, ‘Ce gosse est un c**, un méchant gars.’ Je veux qu’on voie Marcus Smart comme le type le plus gentil qui soit. Je veux entendre du positif, et seulement du positif. L’inverse me blesse, et déshonore mes proches. J’essaie d’être comme ma mère, mes frères et l’ensemble de ma famille. Je suis comme on m’a élevé. J’ai retenu la leçon. »

Traduction adaptée de l’article de USA Today « Smart went from ‘dead or in jail’ to Oklahoma State’s selfless general » par Léo Hurlin

16 Comments on “Marcus Smart, un joueur forgé par son passé chaotique”

  1. Quel boulot Léo ! et quelle histoire !
    J'ai hâte de voir toute cette hargne sur le terrain avec un maillot vert sur le dos.
    On parle souvent de l'accueil du club et de l'esprit de famille assez spécial à Boston, nul doute que ça devrait toucher le jeune Marcus.

    1. Moi j'ai surtout franchement hâte de voir le TD Garden s'enflammer en voyant ce joueur. On peut douter de son adresse, de sa compatibilité mais on est obligés d'apprécier ce mec à Boston.

      1. C'est clair, je suis déjà fan.
        Rondo – Smart mes deux chouchous. Bradley j'aimerais également le garder mais la cohabitation risque d'être compliqué, peut-être le faire partir en sign and trad contre un pivot !
        Marcus Smart, le nouveau roi du TD Garden.

  2. Vraiment du beau boulot, une histoire tellement touchante. Hâte de voir à l'oeuvre notre jeune poulain et de le supporter !

  3. Super travail. Je ne connaissais pas l'histoire de ce joueur. Merci de me l'avoir fait connaître car elle est vraiment intéressante et permet de comprendre un plus la personnalité de ce joueur singulier.
    Marcus Smart du côté de Boston, ca va être géant, reste à savoir comment Stevens va gérer l'association Rondo-Smart. Enfin bref, ca promet !

    Continue comme ca, c'est vraiment génial !

  4. Très belle histoire, je pense qu'il va vite devenir le chouchou du TD Garden .

    Très bien écrit au passage .

  5. Super boulot, il me plaît de plus en plus ce mec. Il prend le n°36 c'est ça ? C'est le numéro du Shaq à son passage chez les C's, en espérant le voir avec dans les highlights et pas dans le shaqtin a fool !

  6. Magnifique article. Je savais que Smart était un guerrier mais j'ignorais tout de son histoire, ce revers de veste est un beau clin d'œil à cette dernière. Un gamin avec une telle force de caractère ne peut que coller à la mentalité des Verts et même si son insertion dans la rotation va être source de jolis maux de tête pour coach Stevens je lui souhaite le meilleur.

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