La dernière ligne droite avant la fin du monde

Si vous attendiez une preview, nous avons décidé de ne pas mettre cela sous cette forme, à l’aube d’une nouvelle saison sans objectif sportif. Le choix a donc été fait de se tourner vers ce format, qui nous l’espérons, vous plaira.

Flashback sur la soirée du 26 juin 2014. La Love Affair, temporairement désamorcée, permet à Andrew, Jabari et Joel, les trois épouvantails des différentes mock drafts, de trouver preneur. Le Magic, contre toute attente, jette alors son dévolu sur Aaron Gordon (considéré, pour paraphraser Wyc Grousbeck, comme la cible numéro une de Waltham). Pick #5, Dante Exum rejoint le territoire mormon. Le QG des Celtics est en effervescence, il faut désormais choisir. Selon l’adage « aingien » qui consiste à drafter le meilleur joueur encore en lice, deux noms se dégagent alors nettement de la short-list : Julius Randle et Marcus Smart. Il faut se rappeler pour la petite histoire que Randle a refusé deux semaines plus tôt de participer à un second workout dans le Massachussets. Smart, lui, a étonné les observateurs par la qualité de sa work ethic. La décision est prise, la star des Oklahoma State Cowboys portera le jersey des Celtics.

Dès les premiers tweets échangés, le choix enchante la moitié des observateurs et provoque l’étonnement outré de l’autre moitié. « It’s over 4 Rondo, packing already ». Air connu. À l’heure actuelle, notre champion intercontinental de Connect Four n’a ni revendu sa somptueuse villa numéro 9, ni demandé à son agent Bill Duffy de faire chauffer le carnet d’adresses.

Mais revenons à notre nœud temporel du 26 juin. Danny Ainge profite de la confusion générale pour sauter sur une nouvelle occasion en or au moment du dix-septième pick : James Young, la perle brute des Wildcats, est encore disponible. Le choix est audacieux, d’autant que beaucoup espéraient un renfort au poste de pivot. Mais Nurkic n’est déjà plus sur le radar et Tavares reste bien trop downsided pour être drafté aussi haut.

Young & Smart — au propre comme au figuré –, ainsi se résume le choix de Boston.

Pendant ce temps, Kevin Love, courtisé par la moitié des franchises de la ligue, s’éloigne peu à peu des projets du staff. La Love Affair piétine. Le 25 juin, LeBron James met un terme à son aventure floridienne et fait ses bagages pour Cleveland pour un comeback fracassant. The Decision II bouleverse toutes les données et bloque soudainement le marché des transferts NBA.

Avery Bradley devenant officiellement restricted free agent au 1er juillet 2014, Ainge doit donc s’atteler à régler le dossier du Pitbull au plus vite. Le elite defender des Celtics reçoit une qualifying offer de $3,6 millions le 30 juin. Deux semaines plus tard, il est signé pour quatre ans à hauteur de $32 millions.

Entre temps, Ainge parvient à sortir un nouveau lapin blanc de son chapeau en profitant des « manigances » d’un David Griffin en quête de flexibilité financière pour épauler James et s’offrir Mister Love. Tyler Zeller et Marcus Thornton rejoignent les locaux de Waltham dans un échange à trois avec Brooklyn et Cleveland. Au passage, Ainge cède Kris Humphries aux Wizards et récupère une nouvelle Trade Player Exception. Le coup peut sembler anecdotique mais offre une fois de plus à Boston de la flexibilité financière, un back-up au poste de pivot et un sniper pour alimenter le scoreboard. Dans la conjoncture actuelle, this is a nice shot.

Les bons comptes faisant les bons amis, Griffin et Ainge remettent le couvert le 25 septembre. Cleveland absorbe le contrat du controversé Keith Bogans (qui sera coupé aussi sec), Boston additionne de nouveaux future draft picks, fait le ménage dans le roster et signe le prometteur Dwight Powell.

Mais le recrutement n’est pas complet. Depuis le 21 juillet, le free agent Evan Turner, qui sort d’un échec personnel aux Pacers après avoir manqué le coche à Philadelphie, est annoncé aux Celtics. La signature est reportée au 29 septembre, après une longue attente et la nécessité d’alléger le roster, voyant l’ancien numéro deux de la draft signer un contrat à hauteur d’une partie de la Mid Level Exception dans l’espoir de relancer sa (jeune) carrière. Mi-octobre enfin, Joel Anthony est envoyé aux Pistons en échange de Will Bynum qui sera ensuite coupé par le board. Au passage, le bon Danny fait une nouvelle économie de $900K.

Rideau sur le flashback.

L’État des Stocks

Fort du travail estival de son directeur des opérations basketball, Brad Stevens dispose donc, à l’entame de la saison 2014-2015 d’un roster composé d’un meneur All-Star, ayant l’expérience du titre et revenant d’une longue convalescence (et récemment opéré d’une fracture métacarpienne), épaulé par un backcourt embouteillé mais talentueux (Bradley, Smart, Turner, Thornton et Pressey), d’un trio d’ailiers showmen (Green, Wallace et Young), d’un prospect bouche-trou-mais-pas-que (Powell) et d’un frontcourt imprévisible mais prometteur (Sullinger, Olynyk, Zeller, Faverani). Sans oublier le taulier (mais erreur de casting) Brandon Bass, toujours apprécié du public du Garden.

Pas de quoi envisager un parcours en playoffs, encore moins un titre. On risque même de voir du small ball par séquences pour compenser certains matchups. Mais ce rebuilding roster laisse présager une saison intéressante à suivre, à bien des égards.

Le plan de Brad Stevens ?

Boston Celtics Introduce Brad Stevens

Grossièrement, il tient en deux mots : motion offense, soit une stratégie mise en place lors de sa période coaching à Butler consistant en une attaque en mouvement perpétuel où les hockey assists et le jeu en transition ont une valeur ajoutée, le tout nécessitant un travail de fond intensif au rebond défensif. Dans ce système, même en l’absence de Rondo, un joueur comme Avery Bradley ne devrait jamais se retrouver en position de meneur, d’autant que Smart, Pressey et le mystérieux Evan Turner disposent tous des qualités nécessaires pour le job. Un spécialiste du jeu en transition comme Olynyk devrait par ailleurs régaler les pupilles. Outre une intensité défensive exacerbée, l’accent pendant le training camp et la preseason a également été mis sur le shoot extérieur. Si Bradley, Green, Thornton et Young ont commencé de leur côté à faire parler la poudre naturellement, c’est bien le freak Sullynyk qui étonne son petit monde. Les deux intérieurs désormais titulaires de Boston n’hésitent plus à prendre leur chance from downtown et peuvent se targuer d’une certaine réussite. Sullinger, durement critiqué pour ses récurrentes prises de poids, s’est mis au régime pain sec et rebonds et aligne les perfs les unes après les autres. Au sortir de la preseason, le bilan est positif. Cinq victoires pour trois défaites. Et, cerise sur le gâteau, on n’avait plus vu une telle animation offensive depuis la période du Big Three.

Rumeurs et Star Player

rondo

Tout irait bien dans le meilleur des mondes (de la reconstruction) si un nom ne faisait pas le fond de commerce de tous les médias. RAJON RONDO.

Systématiquement annoncé aux quatre coins de la NBA depuis des mois sur Twitter et les sites spécialisés, dans l’œil du cyclone de plusieurs éditorialistes parfois peu scrupuleux et plus motivés par l’impact de leurs papiers que par la recherche de la vérité, la star des Celtics a su rester discrète et avare dans ses déclarations, préférant voyager en business class vers la Chine pour honorer son contrat avec Anta. De retour à Boston, Rondo assume son rôle de leader, rencontre la plupart des joueurs, travaille avec Stevens, dément une rumeur selon laquelle il aurait demandé à partir, se présente au Media Day (avec une main fracturée suite à une mauvaise chute domestique) aux côtés de Danny Ainge et réaffirme son souhait de jouer le plus longtemps possible dans la franchise du Massachussets.

Bien sûr, au delà des bonnes intentions, il reste des questions en suspens.

Les données peuvent apparaître complexes de prime abord. Rajon Rondo est dans sa dernière année de contrat, courtisé par bon nombre de franchises et tout porte à penser qu’il testera la Free Agency 2015 l’été prochain. Ainge, de son côté, dispose avec Rondo de son meilleur atout pour échanger ou reconstruire via le marché, mais les propositions n’ont jamais, jusqu’ici et jusqu’à preuve du contraire, dépassé le stade de la discussion amicale entre collègues.

ans croire Danny Ainge sur parole (une opportunité pouvant survenir avant la deadline de février), toutes les déclarations de ce dernier tendent à admettre que Rondo fait partie de la stratégie interne de Boston et qu’il n’est pour le moment pas question de le laisser filer. D’autant que la franchise dispose d’un potentiel financier suffisamment large et sans égal pour proposer à Rajon Rondo un contrat de star au salaire maximum. L’occasion est idéale puisque Rondo se trouve au moment charnière de sa carrière juste avant sa dixième année offrant donc une économie relative, sans compter la récente refonte du CBA (et des droits TV) qui amènera d’ici deux ans une explosion des salaires. Danny Ainge semble donc prêt à prendre un risque… calculé.

The financial case for keeping Rondo – celticsblog

La question du Franchise Player se pose bien entendu d’elle-même, Boston étant dans une situation à la croisée de deux chemins qui possèdent chacun leur propre charme et leurs propres interrogations. Rajon Rondo est quoi qu’il en soit le joueur qui se rapproche le plus de cette étiquette. Certes, un projet fondé sur son seul nom n’a que peu de chances d’amener les Celtics vers leur dix-huitième bannière de sitôt, mais il peut en revanche être la base de la future fondation. Si Rondo n’est pas un go to guy au sens strict du terme, il est indéniablement le Floor General, le Coach on the Floor, de la trempe des meneurs qui rendent leurs coéquipiers meilleurs. Dans l’état actuel du projet, le nom de Rondo est indissociable d’une reconstruction rapide. Il faut d’ailleurs se remémorer la situation dans laquelle se trouvait Paul Pierce lors de la saison 2006-07. L’histoire n’est certes pas censée se répéter, d’autant que plusieurs données sont différentes, mais il serait présomptueux d’enterrer le projet de reconstruction rapide en ayant vécu l’épopée de la dix-septième bannière. Tout reste possible et l’heure n’est pas à la fatalité comme nous le rappelle Evans Clinchy.

What do you want to happen with Rajon Rondo, really? – celticsblog

Pour Rondo comme pour Boston, le meilleur viendra d’une saison pleine où le meneur aura à cœur de remonter sa cote au maximum possible. Nous devrions d’ailleurs avoir un aperçu du chantier dès ce soir pour l’ouverture de la saison face à Brooklyn, Rondo ayant apparemment reçu le feu vert de la part du staff.

Qui est vraiment Danny Ainge ?

danny-ainge

Il n’en reste pas moins qu’une partie des observateurs, comme des fans, trépigne d’impatience et remet en question l’estime accordée à Danny Ainge, cible facile lorsque le temps est brumeux. Génial manager ou imposteur chanceux ?

6 Years Gone: What has Danny Ainge Done For Boston Lately – celticsblog

Toujours est-il que Danny est aux commandes, sans doute encore pour un bon moment puisque le board garde pleinement confiance en ses choix. Il est à la croisée des chemins de son projet et toutes les bifurcations semblent pour le moment bonnes à prendre qu’on préfère le Quick Rebuild ou le Reboot.

Quelles que soient les péripéties à vivre cette saison, nous entrons dans la dernière ligne droite de la reconstruction à ses côtés. Avant la fin du monde ? Non, bien sûr, c’était pour l’accroche. La dernière ligne droite avant l’avènement d’une nouvelle ère pour Boston. Et ça commence ce soir contre les Nets. Go Celtics !

Article rédigé par Laurent Bazart

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