Quand Stevens aligne ses petits pour jouer les gros bras

[tps_title][/tps_title]Après la rencontre face à Dallas, les journalistes se sont massés autour de Brad Stevens afin de savoir ce que l’entraîneur de Boston avait pu dire à ses joueurs à la mi-temps qui pouvait expliquer le sursaut d’orgueil qu’ils ont eu en seconde partie de match. Menés de 26 points à la fin des deux premiers quart-temps, les Celtics sont en effet revenus des vestiaires avec une détermination qui les a rendus quasi-inarrêtables, leur conférant ainsi plusieurs opportunités d’égaliser dans la dernière minute de jeu. Comme vous le savez, ils se sont toutefois inclinés de cinq points. C’est pourquoi Stevens s’est contenté de sourire à la question, tout en faisant non de la tête. Comme si les paroles qu’il avait pu prononcer à la mi-temps y étaient pour quelque chose…

Un coach ne réfléchit pas à ce qu’il va dire aux joueurs qui sont sur le parquet. Il cherche plutôt à savoir qui il devrait faire jouer. C’est en ajustant son cinq qu’un entraîneur marque un match de son empreinte, et c’est la chose la plus importante qu’a fait Stevens lundi dernier. En sortant l’un de ses intérieurs pour enchaîner sur du small ball, en associant quatre extérieurs (dont trois meneurs) à Jared Sullinger, Stevens a assemblé sur le parquet un cinq certes atypique, mais qui pourrait finir par porter ses fruits.

Ce cinq se compose de Sullinger donc, ainsi que de Jeff Green, Marcus Smart, Avery Bradley et Rajon Rondo.

 

« On peut dire qu’il y avait non pas trois, mais quatre extérieurs sur le terrain », reconnaissait Stevens après la défaite. « On a vraiment aligné un petit cinq. Pendant un bon moment, on n’a associé que des gars de 6’8 ou moins sur le parquet et en nous appliquant en défense, en attaquant le ballon, on a joué dans un registre qui nous convenait plus. Ça les a déstabilisé. »

Mieux encore, cet ajustement a engendré une réaction en chaîne : en première période, les Mavericks se sont régalés face à nos deux intérieurs titulaires en ciblant constamment Sullinger et Kelly Olynyk sur pick and roll, ce qui leur a permis de trouver des tirs ouverts sur la plupart de leurs possessions. Les joueurs de Dallas faisaient absolument tout ce qu’ils voulaient, puisqu’une l’un de nos intérieurs se montrait incapable de venir gêner le porteur de balle tandis que l’autre était constamment à la rue sur les aides défensives.

La NBA a évolué de sorte que chaque équipe compose ses systèmes offensifs soit avec deux intérieurs se partageant la raquette, soit avec quatre joueurs positionnés à l’extérieur de la peinture. De ce choix découle deux tendances de jeu : la première, illustrée en ce début de saison par Memphis, consiste à vouloir étouffer les équipes adverses en défense tout en les contraignant au jeu sur demi-terrain. Avec Marc Gasol et Zach Randolph, les Grizzlies se servent de leurs intérieurs pour dicter le tempo d’un match. La seconde tendance, à l’inverse, va privilégier le jeu rapide et cherchera à écarter les défenses adverses le plus possible.

L’intérêt principal de faire jouer deux intérieurs ensemble est défensif : cela permet de tenir tête aux équipes possédant de la taille. C’est pourquoi, si Stevens ne trouve pas parmi Olynyk, Sullinger, Brandon Bass et Tyler Zeller une combinaison de joueurs efficace dans ce registre, l’idée d’envoyer sur le terrain deux de ces joueurs ensemble perd tout intérêt. Et c’est précisément là où veut en venir le jeune entraîneur des Celtics :

« Ça n’a pas été facile de contenir Dirk [lorsqu’on a aligné notre petit cinq] », a-t-il ainsi admis avant d’ajouter : « Mais de toute façon, ça ne l’a pas été du tout. »

En insérant Green au poste 4, Boston se transforme soudainement en une équipe bien plus rapide et exploite bien mieux l’une des forces principales qu’elle possède : la défense extérieure de Bradley, Rondo et Smart. Stevens a employé l’expression « attaquer le ballon » à peu près cinq fois durant la conférence de presse qui a suivi le match, et à bon escient puisque les trois joueurs ont cumulé ensemble six interceptions.

C’est en particulier Smart qui a impressionné en démontrant une réelle capacité à défendre sur les postes 1 à 3, capacité qui lui confère un statut particulier lorsque l’on essaie d’imaginer différentes associations sur le parquet. Avec ses 1m93, ses 103 kg et son envergure de 2m06, il peut tour à tour endosser le costume du meneur le plus imposant de la ligue et celui du plus rapide des ailiers. Avec Smart dans son cinq, une équipe peut switcher sur les écrans ou fondre sur les meneurs adverses en profitant de sa faculté à défendre en situation de un-contre-un sur des joueurs bien plus grands que lui.

C’est ce genre d’ajustements qui permet à Smart d’afficher des lignes de stats très complètes, telles celle du match face à Dallas, dont il est originaire : 7 points, 6 passes décisives, 3 rebonds, une interception et un contre – et avec la manière, qui plus est.

 

Aligner Smart au poste 3 décale donc Jeff Green en 4, ce qui confère à cette équipe un second avantage puisque la plupart des tweeners sont plus efficaces face à des 4 de par leur vitesse que face à des 3 de par leur taille. Les Mavericks n’ont ainsi pas trouvé comment freiner Green, qui s’est fendu de 35 points (à 50%), 7 rebonds et 2 passes décisives.

Mais ce n’est pas tout. Le small ball profite aussi à Sullinger, que l’on ne peut toujours pas ranger dans une catégorie de joueurs bien précise. En faire un joueur adroit à trois points est une bonne chose, mais cela ne doit pas faire oublier la nature de ses qualités premières, celles qui lui ont valu une sélection au premier tour de la draft 2012 : Sullinger possède de bonnes mains, un bon gros fessier et de bons appuis qui lui sont très utiles proche du panier, précisément là où il effraie les équipes adverses. Ainsi, bien qu’il ait raté ses deux tentatives derrière l’arc face aux Mavs, il a largement contribué en allant chercher sept rebonds offensifs.

Les premiers matchs face à Houston et Dallas ont démontré que même en faisant jouer leurs grands, les Celtics souffriraient toujours dans la peinture. En partant de ce principe, autant s’orienter vers du small ball et tirer le maximum des qualités de ce roster, même si cela implique de se faire massacrer par les équipes les mieux fournies en taille de la NBA. Dans tous les cas, Stevens devra faire des choix et abandonner certaines choses au profit d’autres.

C’est pourquoi il est vain de tirer des conclusions après la première semaine de la saison : les entraîneurs sont encore en phase de tests. Tous expérimentent, tous alignent par-ci par-là divers cinq sur le parquet afin de voir ce qui fonctionne et ce qui ne va pas. Brad Stevens a pour sa part peut-être découvert quelque chose lundi soir. Rondo, Bradley, Smart, Green et Sullinger sont ses cinq meilleurs joueurs. Autant les aligner ensemble.

Traduction de l’article « Celtics going small » de The Pattern of Baskeball par Léo Hurlin

6 Comments on “Quand Stevens aligne ses petits pour jouer les gros bras”

  1. Et ça permet çaaaaa : http://fat.gfycat.com/DefiniteOrneryEelelephant.w

    J'apprécie ces tests, ces ajustements, Stevens fait les choses très bien en ce début de saison.
    Et tout ça ne fait faire jouer Sully pas plus de 31min sur le dernier match, ce qui est très raisonnable.

    Je voudrais voir un tout petit peu de Young, par contre. Il pourrait peut-être bien s'intégrer dans ce genre de compo.

    la bise,

  2. Pourquoi dès que je lis "Bon gros fessier" je vois immédiatement l'image de Boris Diaw !
    Sympa l'article sinon

  3. Je me régale de vos analyses, merci.

    Concernant Smart au poste 3.. J'ai peur qu'il nous fasse une Tyreke Evans, qu'on le balade sur 3 postes différents.. A voir, même si pour l'instant, et on peut en etre fier, c'est le meillleur rookie de ce début de saison.

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