Rondo enfin à sa vraie valeur ?

Rajon Rondo a toujours été un mystère pour les fans de NBA. La seule chose que nous pourrions tenir pour certain sur ce garçon est qu’il nous botterait le c** au Puissance 4. Il n’est donc peut-être pas outrageusement surprenant, alors que Rondo entame sa neuvième saison dans la ligue avec la free agency en ligne de mire, que nous en soyons toujours à essayer de déterminer sa vraie valeur en tant que joueur de basket.

Tous les traits positifs de Rondo – son sens et sa vision du jeu dominants, son inépuisable arsenal de passes et sa maîtrise des angles – constituent tout ce qui fait un grand meneur. Pourtant, il y a toujours eu une barrière entre ces qualités, désirables et subjectives, et les chiffres, froidement objectifs. Que ce soit dû aux blessures, aux différents systèmes ou à la présence d’autres stars comme Ray Allen, Paul Pierce ou Kevin Garnett, nous n’avons toujours pas vécu de saison où Rondo a transcendé l’attaque de Boston, comme peuvent le faire d’autres meneurs stars de la ligue.

Selon Basketball Reference, la « career offensive box plus/minus » (OPBM) de Rondo – une nouvelle statistique avancée qui évalue le nombre de points pour 100 possessions qu’un joueur génère par rapport à la moyenne de la ligue (notée 1). – n’est que de 0,7.
À titre de comparaison, LeBron James, meilleur joueur de la planète à la quasi-unanimité, obtient un OPBM de 7,3 en carrière. Steve Nash et Chris Paul, personnifications même du poste de meneur, rendent respectivement des scores de 3,8 et 6,4.
Encore plus intéressant : lors de la meilleure saison de Rondo sur le plan individuel, celle de 2009-2010 où les Celtics s’inclinent contre les Lakers en finale, l’attaque de Boston ne se classe que 13ème en saison régulière et 10ème en playoffs. Comme la plupart du temps avec les chiffres, on peut y trouver à redire.

Les équipes de Boston coachées par Doc Rivers étaient clairement axées sur la défense. Avec Garnett comme point d’ancrage, les Celtics n’ont jamais fini en dehors du top six sur le plan de l’efficacité défensive. A l’opposé, la première année du Big Three a été la seule saison où Boston a terminé au-dessus de la 13ème place en attaque, en se classant 5ème. Une majeure partie de cela peut être imputé à Rivers, qui, en dehors d’un jeu astucieux dans la raquette, n’a jamais eu la réputation d’être un coach offensif extrêmement novateur (raison pour laquelle il a délégué l’attaque à Alvin Gentry la saison dernière avec les Clippers).

Pendant la meilleure année de Rondo, cette fameuse saison 2009-2010, les Celtics étaient classés en dehors du top 10 à quasiment chaque position majeure de shoot – sous le panier, dans la peinture, au corner, en tête de raquette – excepté aux lancers-francs, où ils se situaient pile à la 10ème place selon les chiffres de NBA.com. Pas exactement la répartition de shoots que les équipes actuelles cherchent à atteindre. Que ce soit dû à Rivers ou à l’effectif – Garnett, Pierce et des rôle players comme Brandon Bass ou Glen Davis travaillaient tous énormément à mi-distance – Rondo a non seulement dû faire profil bas face aux autres stars, mais n’a aussi jamais pu jouir d’une grande efficacité.

Presque tous les fans et toutes les équipes de la ligue attendaient de pouvoir évaluer le jeu de Rondo une fois que le Big Three a commencé à se défaire. À la manière d’une enquête de Sherlock Holmes, Rondo était une « étude en vert (et blanc) ». Mais avant même que nous puissions nous y intéresser, une blessure au poignet pendant la saison du lockout et une déchirure aux ligaments croisés en janvier 2013 ont balayé une grande partie des trois dernières saisons de Rondo. Associé aux départs de Garnett, Allen et Pierce, il était alors impossible d’avoir ne serait-ce qu’une vague idée de ce dont quoi Rondo était capable de faire seul, dans un système qui accentue ses forces et pallie ses faiblesses.

Jusqu’à maintenant.

Après avoir passé une année à s’ajuster à la vie en NBA, le head coach Brad Stevens a mis en place un système offensif qui serait le rêve de tout meneur. En l’an 2 sous Stevens, les Celtics jouent vite (4èmes en vitesse), écartent le jeu aussi bien que n’importe quelle autre équipe de la ligue, et disposent d’un effectif rempli de joueurs aptes à bombarder derrière l’arc. Boston a entamé sa saison en shootant assez médiocrement en tant qu’équipe avec seulement 30,7 %, mais trois de ses principaux contributeurs – Avery Bradley, Kelly Olynyk et Jeff Green – shootent à 40 % pour 13,4 tentatives par match. Grâce à ces trois là, Rondo se retrouve régulièrement dans des pick-and-rolls avec de l’espace, comme ci-dessous :

RR2

Ce serait une erreur de considérer Boston comme une équipe qui ne fait que remonter rapidement le ballon pour shooter à 3 points ou pour lancer des pick-and-rolls statiques où Rondo est entouré de shooters. Stevens, comme il le faisait en NCAA à Butler, n’a pas peur de modifier voire même d’abandonner complètement les bases du jeu NBA au profit d’actions quelque peu bancales qui déstabilisent les défenses.

Le layup de Green venant de la passe de Rondo est le résultat d’une version modifiée d’un « Pistol », un ensemble de combinaisons que l’on trouve dans la plupart des playbooks NBA. Dans une action Pistol classique, Green ferait un écran pour Rondo puis profiterait d’un simple écran « flare » en tête de raquette. Un poseur d’écran seul est habituellement suffisamment difficile à gérer pour les défenseurs, mais Stevens complique encore les choses en envoyant ses deux bigs men poser un écran sur le joueur qui défend Green. Le playbook de Boston est parsemé de petites modifications comme celle-ci, et ajoutées à un effort particulier sur le shoot à 3 points elles facilitent la tâche à Rondo pour trouver des coéquipiers ouverts.

Ce qui rend cette équipe de Boston encore plus unique est leur jeune frontcourt constitué de Kelly Olynyk et Jared Sullinger. Aucune autre équipe dans la NBA aujourd’hui n’a la capacité de faire débuter à la fois un ailier fort et un pivot capables de menacer l’adversaire à 3 points. Olynyk fait un gros début de saison à 8 sur 15 derrière l’arc, mais même si il descend dans les 35 % au fur et à mesure de la saison, on lui accordera toujours assez de crédibilité pour attirer les autres big men en dehors de la peinture. Sullinger, à l’inverse, a envoyé des brefs signaux d’une amélioration à 3 points en présaison, mais a encore du mal jusqu’ici en ne shootant qu’à 13 % sur 15 tentatives. Mais si Sullinger retrouve ses 26,9 % de l’année dernière à longue distance, Rondo aura alors le luxe de jouer avec deux big men capable l’un comme l’autre comme d’écarter le jeu ou d’être une menace intérieure.

Toutes ces excentricités et petites notes positives ne vont pas cacher le fait que cette équipe de Boston ne sera jamais comparable aux prétendants au titre que Rondo a mené par le passé. Mais de toutes les équipes dans lesquelles il a été, celle-ci est taillée pour Rondo comme nous ne l’avons jamais vu auparavant. Tout ce qui a gêné son jeu depuis si longtemps – les systèmes, les stars, les blessures – ne sont plus. Après quasiment 10 ans dans la NBA, il semble que nous pourrions finalement ressentir la vraie valeur de Rondo.

Traduction de l’article « Behind Rondo’s revival » de Brett Koremenos pour sportsonearth.com, , par Jérémy Kervran

2 Comments on “Rondo enfin à sa vraie valeur ?”

  1. Une valeur de triple double !
    Ce système avantage aussi les coupes vers le panier, quand green ou Bradley plonge dans le dos de la défense.. layup facile assuré derriere !

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