Rajon Rondo, modèle de patience

Tous les changements subis par les Celtics ces dernières années auraient pu miner Rajon Rondo. Au lieu de se morfondre sur chaque revers que subit l’équipe, le capitaine prône la patience, grâce à ce qu’ont pu lui inculquer ses mentors :

Que ce soit grâce à Kevin Garnett, à ma mère, à mon ancien coach à l’université ou encore à Doc Rivers qui m’a écrit ces derniers jours… J’essaie toujours d’avancer, j’essaie d’écouter le plus possible toutes ces personnes plus âgées que moi. Ils ont une meilleure connaissance que moi. Des gens comme Tommy Heinsohn par exemple (le commentateur des Celtics, ancien joueur puis coach, qui était venu parler à Rondo dans le vestiaire après une défaite face aux Spurs, ndlr), j’essaie au maximum de les écouter, d’apprendre.

Rondo peut aussi apprendre chez lui, auprès de sa famille :

Mes deux enfants m’ont également aidé à devenir plus patient. C’est sûrement la chose la plus importante pour moi. Je pense par exemple à fils de trois ans qui ne s’arrête jamais.

Ce vendredi, les Celtics se sont certes imposés face aux Lakers, mais s’ils avaient échoué, le meneur aurait sûrement montré de l’optimisme tout en prenant la responsabilité de la défaite et en réitérant sa confiance envers ses coéquipiers. C’est ce qu’il a fait après chaque défaite cette saison.

Brad Stevens reconnait d’ailleurs cette faculté qu’a Rondo :

La qualité première d’un capitaine, c’est d’être un bosseur. C’est également important d’être capable de se responsabiliser, et je crois qu’il est très bon à ce niveau-là. Il se remet en question, et quand les choses ne vont pas dans son sens, il retourne au gymnase pour travailler.

Rajon Rondo l’explique de cette façon :

J’ai reçu énormément de bons conseils ces dernières années. Maintenant que j’évolue avec de jeunes joueurs cette saison, je dois être patient.

Pourtant, la patience n’a jusque là jamais été une qualité connue du capitaine des Celtics. Entré dans la ligue il y a désormais neuf ans, en tant que joueur plein de talent mais à fort tempérament, il est depuis devenu un meneur All-Star et s’est forgé une réputation de joueur difficile à défendre. Quand Danny Ainge en 2012 a fait éclater le noyau dur de l’équipe, Rajon Rondo est soudainement resté le seul rescapé de l’épopée de 2008. Touché au moment du trade, il s’est ensuite retrouvé dans une situation qu’il n’avait jamais connu auparavant.

Rondo n’a pas toujours connu la victoire (souvenons-nous de son année rookie), mais il a vite développé une affection certaine pour les matchs de playoffs et ceux diffusés sur la télévision nationale. Retrouver le bas de tableau, c’est comme retourner sur son canoë après avoir piloté un yacht. Parfois, il pense à des équipes comme les Spurs et se rappelle quand il était facile de gagner :

Ce que ces gars-là accomplissent, je ne le prends plus pour acquis comme avant.

Rondo ne se résigne pas non plus à ce qu’il a à Boston, en montrant toujours une confiance entière envers Danny Ainge et les propriétaires, et en faisant état d’une « excellente relation » avec Brad Stevens.

Après avoir manqué un an suite à une opération des ligaments croisés, il est revenu dans une équipe qui n’a pas réussi à accrocher les playoffs. Après des années de jeu sur demi-terrain, il est désormais demandé au meneur de jouer vite, d’augmenter le rythme et de moins garder le ballon en main qu’auparavant. Avant, le partenaire de Rondo sur pick and roll n’était autre que Kevin Garnett. Aujourd’hui, c’est Tyler Zeller. Dans le money time, Rajon Rondo pouvait s’appuyer sur Ray Allen et Paul Pierce. Désormais, bien qu’il cherche un coéquipier, il n’a personne à qui donner le ballon en fin de match et doit parfois se débrouiller lui-même, ce qu’il n’a jamais vraiment su faire. Lui qui a toujours été dans toutes les rumeurs est aujourd’hui dans sa dernière année de contrat avec les Celtics. De plus, Boston a drafté en juin dernier un meneur talentueux, ce qui n’a bien sûr pas mis fin aux rumeurs dont il est l’objet.

Cette saison, Rondo n’a pas joué au niveau attendu à tous les matchs. Même s’il l’avait fait, les Celtics ne seraient assurément pas en compétition pour le titre, ou même probablement pas pour les playoffs. S’il l’avait voulu, il aurait pu rentrer au vestiaire, montrer son mécontentement, demander un trade, comme beaucoup de stars l’ont déjà fait. Au lieu de ça, il endosse la responsabilité, fait son auto-critique et se remet 1au travail immédiatement.

Hier soir, face aux Lakers, c’est un Rondo retrouvé qui a inscrit 12 points, assortis de 8 rebonds et 16 passes décisives. Bien qu’il ait manqué 11 de ses 17 shoots, Brad Stevens ne lui en a pas tenu rigueur une seule seconde, lui ayant demandé le jour-même de faire preuve de plus d’agressivité :

Ce que je lui ai dit, c’est avant tout d’arrêter d’attendre que le jeu se fasse autour de lui, et de le provoquer lui-même. Ce soir, il l’a très bien fait, il a très bien attaqué. À chacun de ses tirs, j’étais comme un fan espérant que ça rentre. Même si tout n’est pas rentré, ça a donné le ton à toute l’équipe.

Sur beaucoup de points pour les Celtics, dans le positif comme dans le négatif, Rondo reste l’homme à la baguette. Il pourrait se plaindre de beaucoup de choses dans les conditions actuelles, mais au lieu de ça, il inspire ses coéquipiers et continue de travailler. Hier, il a retrouvé son niveau sur 48 minutes, espérons que ça soit pour de bon.

Traduction de l’article de Jay King ‘Rajon Rondo explains patience with Boston Celtics situation : « I’m maturing and dealing with a lot of young guys.‘ par Baptiste Godreau et Léo Hurlin

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