Shoote, Kelly, shoote !

La confiance de Kelly Olynyk est un sujet récurrent. Lors de la victoire des Celtics lundi soir sur le parquet des 76ers, 105-87, l’intérieur a livré la meilleure performance offensive de sa carrière avec 30 points, en dégainant des tirs à trois points comme s’il était Chauncey Billups. Certes, il a raté des tirs, mais il ne s’est pas pour autant arrêté de tirer, au contraire même. Pour l’une des premières fois cette saison, il a joué comme il devrait jouer chaque soir, avec tous les voyants au vert.

Quel type de joueur serait Kelly Olynyk avec la confiance en soi d’un joueur comme Jordan Crawford ? S’il rentrait chaque soir sur le terrain avec la volonté de marcher sur tous ses adversaires ? S’il osait ? S’il tentait, s’il arrêtait de refuser des tirs comme il le fait d’habitude alors qu’il est l’un des meilleurs (le meilleur ?) shooteur de cet effectif ? Ce sont des questions que l’on peut se poser légitimement, et après sa performance d’hier soir, Brad Stevens a mis au défi son intérieur de rééditer ce genre de performance :

Je pense qu’il doit être capable de faire ça chaque soir. Il aurait pu le faire n’importe quand en réalité, il faut que chaque soir, il soit agressif.

La question de cette confiance qu’a Kelly Olynyk en lui revient souvent, et ce sont toujours les mêmes conclusions : shoote dès que tu es ouvert, Kelly, voire quand tu ne l’es pas. Le message ne changera pas. Ainsi, peut-être que nous devons orienter la question autrement. Peut-être devons-nous chercher à voir comment Kelly Olynyk a progressé depuis son arrivée dans la ligué, entre l’empoté rookie qui était à la peine durant la première moitié de saison et le joueur qu’il est maintenant. Peut-être devons nous nous réjouir de la plus belle nuit de sa carrière, et voir comment il peut refaire ce genre de performances prochainement.

Sur les quatre derniers matchs (durant lesquels Jared Sullinger a été très en difficulté, peut-être est-ce lié), Klynyk a inscrit 17 points assortis de 7 rebonds de moyenne, à 56,5% au tir. Ainsi, il reste l’un des joueurs de plus de 2m10 les plus spéciaux de l’histoire. Dans l’histoire de la ligue, seulement deux joueurs de sa taille – Dirk Nowitzki et Spencer Hawes – ont shooté à 41% ou mieux derrière la ligne à trois points en inscrivant au moins un tir par match. Pour l’instant, Olynyk est sur les bases pour rejoindre ces deux joueurs dans l’histoire. De plus, il n’est qu’à six lancers francs de rentrer dans le club très fermé des 40-50-90 (40%+ à trois points, 50%+ au tir, 90%+ aux lancers-francs). Cela n’arrivera pas cette saison, mais c’est un but que peut atteindre largement Olynyk dans sa carrière (ce qui nous ramène au point initial : Kelly, shoote). Enfin, Olynyk est le second meilleur intercepteur des Celtics (1,3 par match), prouvant son habilité à être sur les lignes de passes.

Voici quelques notes sur le début de saison de Kelly Olynyk :

Olynyk est en meilleure forme physique

La semaine dernière, Rajon Rondo a mentionné le fait que Kelly Olynyk était l’un des plus gros bosseurs de l’équipe. L’intérieur a ainsi perdu cet été près de 9 kilos (!) sans forcément le vouloir, mais simplement par la dureté de son entrainement estival.

J’ai trouvé que j’étais un peu lourd en fin de saison dernière, je faisais à peu près 117 kilos. J’ai essayé de mieux manger, d’installer une sorte de routine et d’être dans la meilleure forme possible pour bouger au mieux verticalement et horizontalement sur le parquet, gagner en rapidité, mobilité et tout ce qui va avec.

Plus de fast food ?

Il n’y en a pas par ici (à Waltham), confie Olynyk. Il faut qu’ils en mettent.

Même s’ils venaient à en mettre, Olynyk devra faire le serment de ne pas s’en approcher.

Des hauts et des bas

Malgré une meilleure condition physique, la seconde saison de Kelly Olynyk a pour l’instant été faite de hauts et de bas. Il a sorti de gros matchs (20 points, 7 rebonds et 4 passes décisives face à Detroit le 3 décembre) et est passé à côté dans les grandes largeurs sur d’autres (13 points au total sur les quatre matchs précédents). Il a shooté de façon plutôt efficace, mais pas assez, car souvent hésitant. Surtout, les Celtics sont souvent plus performants en défense lorsqu’il est sur le banc, car Olynyk et ses petits bras rarement levés, couplés à une explosivité verticale plutôt faible, font de lui un piètre défenseur.

Par exemple, ici, ce n’est pas du tout le meilleur moyen de stopper un talentueux pivot, gaucher qui plus est :

Les progrès offensifs de Kelly Olynyk pourraient bien être entravés par son mental. Sa défense, par contre, est faible par son manque de qualités athlétiques. Pas particulièrement athlétique, pas particulièrement costaud, Olynyk possède en plus de cela une faible envergure pour quelqu’un de sa taille. Il apprend, mais ses progrès n’ont pas toujours été évidents. Ce qui gêne le plus Olynyk est par-dessus tout sa propension à faire des fautes. À temps de jeu égal, il est le onzième joueur de la ligue à faire le plus de fautes. Au contraire de Jared Sullinger, qui a appris désormais à ne plus faire de fautes (ce qui ne fait pas de lui forcément un bon défenseur), le nombre de fautes d’Olynyk n’a pas bougé depuis la saison passé et il essaie toujours de protéger le cercle sans bousculer son adversaire :

C’est quelque chose sur lequel je travaille, bien sûr. Je veux être capable de protéger le cercle sans être en foul trouble, ce qui est difficile à faire dans cette ligue avec de tels athlètes.

Ainsi, il essaie de limiter ses fautes en étant plus physique. Cela peut sembler contre productif, mais c’est souvent l’agresseur, celui qui dicte l’intensité, qui est récompensé.

Rester au sol, mettre le coup en premier, être physique tôt dans l’action et essayer de donner le ton. Si tu augmentes le rythme et l’intensité, il n’y a plus cette impression de faire faute à chaque fois puisque cela devient normal.

Sur cette deuxième saison, Olynyk a d’ailleurs montré quelques signes de défense physique, comme le montre cette rotation parfaite :


Là encore, Olynyk réalise la rotation parfaite en se coupant de John Wall pour aller contrer Kris Humphries :

 

C’est ici une très bonne rotation (face à un meneur plus rapide et un intérieur encore plus solide) que l’intérieur Celte n’aurait peut-être pas faite l’an passé. Quand il est décisif comme là, ses progrès sont évidents des deux côtés du terrain.

Une dernière chose

À Charlotte la semaine dernière, le coach des Hornets, Steve Clifford, a délivré un commentaire intéressant :

Pour moi, la chose qui fait que les Celtics sont difficiles à défendre est Sullinger et Olynyk, a noté le coach en mentionnant la faculté des deux intérieurs à shooter de loin. Quand les deux sont sur le terrain, ils sont très durs à contrôler.

Après que ce duo ait eu beaucoup de mal à réaliser des stops défensifs sur le premier mois – face à des attaques d’élite, certes -, le coach des Celtics, Brad Stevens, a décidé de remplacer Kelly Olynyk par Tyler Zeller dans le cinq de départ. Sur les neuf matchs depuis cela, Olynyk et Sullinger n’ont ainsi passé que 56 minutes ensemble sur le parquet. Si leurs chiffres dans le collectif se sont améliorés, leurs stats individuelles ont vécu des hauts et des bas, preuve du manque de régularité sûrement dû à la jeunesse.

J’ai parlé de ça avec Kelly, disait Stevens. Tu es un joueur capable de faire cela et tu veux devenir un joueur qui fait ça tous les soirs ? Pour cela tu dois avoir confiance dans chacune de tes rencontres.

Inévitablement, cette question de la confiance réapparait. Pour cela, une seule chose : shoote, Kelly, shoote. 

Article traduit de l’article de Jay King : ‘Kelly Olynyk’s career nights prompts questions : How has Boston Celtics developed in 2nd season ?‘ par Baptiste Godreau