Faut-il blâmer Brad Stevens ?

Brad Stevens, en prenant la responsabilité de la (presque) honteuse défaite face aux Hornets lundi soir, a fait ce que chaque entraîneur respectable aurait fait. Cependant, le principal problème de cette équipe semble être le manque de talent et d’envie, pas le système, seule chose qui est entre les mains du coach. Après que les Hornets se soient imposés 104-95 au TD Garden, Jae Crowder s’est exprimé aux médias et a mis le doigt sur les principaux problèmes de l’équipe :

On ne devrait pas rencontrer le problème de ne pas jouer dur. En tant que joueurs de basket, on devrait toujours être prêt à jouer dur, peu importe la situation. Les nouveaux, les anciens, peu importe, chacun doit être prêt à jouer dur.

En d’autres termes, Crowder a pointé le fait que peu importe le coach, si un joueur n’est pas mentalement prêt à jouer dur, il ne le sera pas sur le terrain. Crowder semble également pointer que ces joueurs sans envie devraient être plus tenus pour responsables par le staff technique. Quand les journalistes lui ont demandé ce que pouvait faire Stevens de plus pour faire gagner l’équipe, l’ailier récemment arrivé de Dallas a répondu :

Tenir les joueurs pour responsables et ne pas laisser ce genre de choses se poursuivre, déjà. On s’est enfoncé nous-mêmes dans un trou. Je pense qu’on doit donner plus de responsabilité de tout cela aux joueurs.

À cela, Gerald Wallace, vétéran de cette équipe, a confié son avis aux journalistes du Boston Herald :

Ce n’est pas de la faute de Stevens, le problème vient de nos débuts de match. On creuse notre propre tombe. Stevens est fou, les défaites ne sont pas de sa faute. Son équipe est jeune, c’est normal de vouloir endosser la responsabilité.

Gerald Wallace vit lui sa 14e saison dans la ligue, n’oublions pas que Brad Stevens ne vit que sa deuxième. En ciblant les débuts de match, Wallace cible implicitement les titulaires, qui sont dernièrement très en difficulté, et beaucoup moins impliqués que le banc, et notamment Jae Crowder, irréprochable depuis son arrivée.

Crowder a également expliqué que les coachs qu’il avait auparavant fréquentés dans sa carrière avaient discipliné leurs joueurs selon différentes méthodes,  en réduisant leur temps de jeu s’il fallait ou bien en leur hurlant dessus si besoin.

Peu importe la situation, vous devez tenir les gars pour responsables, et leur montrer à la séance vidéo ce qui se passe et comment les rendre meilleurs.

Indubitablement, Stevens est un « coach pour les joueurs », quelqu’un qui reste calme sur son banc de touche et reste toujours le plus positif possible, même quand tout le monde n’est pas dans cet esprit, au contraire même. Cela dit, avoir une approche plus autoritaire pourrait l’aider à garder ses joueurs « dans le droit chemin », dès qu’ils sortent des systèmes lorsque ça ne va plus, produisant du hero ball que l’on voit beaucoup trop ces derniers temps. Sans un leader désigné dans cette équipe, Stevens doit peut-être jouer un double rôle en disciplinant plus ses joueurs qu’il n’a l’habitude de le faire.

Par exemple, si Boston joue une première mi-temps dramatique comme ils l’ont fait face à Charlotte, un signe fort pourrait d’être de bencher l’ensemble du cinq majeur au début de la seconde période. Ainsi, toute l’équipe serait avertie que « c’est fini de jouer » et chacun se dirait peut-être qu’il est temps de bouger son cul sur chaque possession, sans quoi il finirait le match sur le banc. 

Cependant, il y a tellement de moyens de faire passer son message au basket et dans la vie, que Stevens pourra toujours punir des joueurs en réduisant leur temps de jeu, hurler sur eux, ça sera toujours les joueurs qui seront sur le terrain, et ça sera toujours à eux de fournir un effort pour jouer.

C’est probablement pourquoi les yeux de Jae Crowder ont tilté lorsque lui a été demandé si les joueurs devaient être plus tenus pour responsables :

Ca joue un grand rôle, évidemment. Ce n’est pas le coach. Comme je l’ai dit, nous, joueurs NBA, devons toujours être prêts à jouer dur. Ce n’est pas les coachs, ce n’est personne d’autre, c’est nous, les joueurs, s’est exprimé Crowder, montrant les signes d’un leader dont les Celtics manquent cruellement. On doit nous-mêmes nous remettre en question, on doit toujours arriver à la salle en étant prêt à jouer sans qu’un coach ait besoin de nous hurler dessus. C’est notre job, d’être prêt à jouer au basket.

Une action dans le quatrième quart-temps du dernier match nous vient d’ailleurs à l’esprit, quand Crowder parle de responsabilité des joueurs :

Avec trois minutes à jouer, les Celtics sont menés de 9 points et Charlotte joue alors un pick-and-roll 1-4 entre Kemba Walker et Marvin Williams, forçant Marcus Smart et Brandon Bass à changer en défense. Avec seulement six secondes à jouer au compteur des 24 secondes, Bass est isolé en défense sur Walker, qui feinte à droite avant de driver au cercle à gauche, lui offrant un lay-up facile dans la raquette sans aucune aide défensive.

Après le temps-mort demandé par Brad Stevens, Jared Sullinger a agité ses bras de dépit, pointant vraisemblablement le fait que personne n’avait aidé sur l’action, en disant quelque chose à Crowder, qui a répondu en faisant signe à Sullinger que « c’était ton boulot, pas le mien ».

Évidemment, c’était ici à Jared Sullinger d’aider Brandon Bass défensivement, ce dernier n’ayant littéralement aucune chance de défendre sur Kemba Walker. Cependant, Sully n’a rien fait, préférant rester sur Cody Zeller alors que James Young avait fait un bon boulot sur lui, et a ensuite pointé du doigt le manque d’aide sur cette action sans prendre la responsabilité de sa propre erreur. 

Ce n’est pas une réflexion visant à pointer du doigt Jared Sullinger, c’est simplement l’une des nombreuses mauvaises actions défensives individuelles et collectives, simplement que celle-ci est la seule qui montre deux joueurs se quereller à propos de cela après l’action.

Ici, c’est plutôt le fait que lorsque ce genre de chose se produit, comme dans tout sport collectif, les joueurs doivent apprendre à s’auto-juger, sans pointer sans cesse le reste de ses coéquipiers. C’est en réalité cela qui crée une alchimie, une confiance, une espèce de famille dans une équipe, avec des liens liant les joueurs sur et en dehors du terrain.

Pour cela, Stevens peut aider en mettant sur le banc des joueurs ne méritant pas de jouer ou en « grondant » ceux qui oublient une rotation défensive, plutôt qu’en laissant Sullinger retourner tranquillement sur le banc comme on l’a vu dans l’action ci-dessus, mais même en faisant cela, nous en revenons au même point : c’est aux joueurs de fournir de l’intensité, pas au coach.

Et que faire si ce genre de message ne marche pas ? Gregg Popovich, durant sa venue à Boston l’an dernier, avait expliqué comment il parlait aux jeunes qui faisaient des erreurs :

Il faut utiliser la méthode douce, mais ferme. Je ne crois pas que dorloter ou tenir un discours atténué à un joueur sert beaucoup. Les battre à mort, ça n’aide pas vraiment mentalement non plus. Donc, leur donner une idée claire de ce qui est attendu et ce dont l’équipe a besoin, c’est le plus important. Ensuite, il faut les faire se sentir concernés à propos de ça, être là pour eux quand ça ne va pas sur le terrain, s’occuper de ce qu’ils font en dehors, comprendre pourquoi ils sont sur cette planète, ce qui les fait tiquer… Il faut faire tout ça, et si ça ne marche pas, il faut s’en débarrasser.

Il reste 43 jours avant la deadline, 43 jours pour que les Celtics (Danny Ainge et le front office en réalité) jugent de qui va rester dans le bus. S’ils trouvent que certains ne font pas les efforts nécessaires, allant dans le sens inverse de l’équipe, alors il faudra s’en débarrasser. Et pour fournir un effort sur le terrain, peu importe la méthode de Brad Stevens, si les joueurs n’en ont pas envie, il ne pourra pas les forcer.

À l’heure actuelle, les Celtics ne sont pas une équipe, mais une somme d’individualités, que dénonce Gerald Wallace :

C’est un jeu qui se joue à cinq, et ces cinq gars doivent jouer ensemble. Si trois joueurs sont sur la même longueur d’ondes, et les deux autres sur une différente, ça ne marchera pas. C’est une jeune équipe, et ça fait partie du processus. Il faut continuer. Même si certains sont là depuis longtemps, ils n’ont pas été titulaires, et ça change tout. Il faut poursuivre, ça viendra avec le temps.

Dans cette jeune équipe en reconstruction, les joueurs cherchent à se connaître, en ayant perdu leur leader sur le terrain, et pas sûr que blâmer l’entraîneur de ces quinze joueurs de niveaux quasi égaux (dont trois récemment arrivés, il y a seulement deux semaines, expliquant notamment les rotations bancales) soit la meilleure des solutions à l’heure actuelle, alors que le problème vient déjà de l’envie des joueurs. Il a sa part de responsabilité, c’est évident, mais c’est loin d’être la plus importante à l’heure actuelle.

Article traduit par Baptiste Godreau, de l’article de Kevin O’ Connor : ‘Everyone deserves some blame, but ultimately the Boston Celtics’ struggles are on the playerset inspiré de l’article de Steve Bulpett : ‘Slow starts doom Celtics‘, relecture par Maximilien Clement.