L’aventure des Celtics n’aura duré « que » quatre matchs de plus

100-113 ; 91-99 ; 95-103 ; 93-101. Quatre matchs, quatre issues identiques pour quatre défaites et un sweep au premier tour pour les Celtics. Arrivés sur la pointe des pieds en playoffs, les Celtics se sont battus (au sens propre comme au sens figuré) jusqu’au bout de cette série. Souvent très proches des Cavaliers sur la majeure partie des quatre matchs, ils n’ont pas su (pu ?) accélérer aux moments où il aurait fallu le faire pour tenter d’accrocher un match minimum.

Quelles étaient les ambitions des Celtics ? Visiblement, elles étaient supérieures aux nôtres car après chaque match, et particulièrement après le troisième, les joueurs se sont montrés très frustrés, se sentant capables de battre cette équipe pourtant largement favorite. Qu’a-t-il manqué aux Celtics pour ne serait-ce qu’accrocher un match ?

En réalité, il a manqué beaucoup de petites choses, mais à ce niveau, comme le disait Brad Stevens, les petites choses n’existent pas. Face à une telle équipe, rien ne pouvait être laissé au hasard, aucune erreur n’était pas sanctionnée, que ça soit offensivement ou défensivement.

Tout d’abord, il a manqué aux Celtics la chose la plus importante de cette série : le talent. Sur ces quatre matchs, le talent individuel de chaque joueur des Cavs a, à un moment ou un autre, fait la différence. Sur l’ensemble de la série, c’est d’abord LeBron James qui a porté les siens. Avec 27 points, 9 rebonds et 6,5 passes de moyenne sur la série, là était la principale différence entre les Celtics et Cleveland. En fin de match surtout, le quadruple MVP s’est occupé de tout, peu importe son vis-à-vis. Que ça soit Crowder, Bass, Smart ou encore Jerebko, il a su inscrire les paniers qu’il fallait, comme il l’a encore fait sur le match 4 en inscrivant un lay-up devant trois (!) Celtics venus aider Jonas Jerebko.

Kyrie Irving, pour sa première expérience en playoffs, a lui aussi illuminé la série de toute sa classe. Du premier match durant lequel il aura inscrit 30 points avec une facilité déconcertante, au match 4, le meneur aura réussi à anéantir tous les espoirs des Celtics, par des shoots tous plus compliqués les uns que les autres, réussis malgré les efforts d’Avery Bradley ou encore Marcus Smart qui ont plutôt fait du bon boulot. Si ce n’était pas Irving ou James, c’était Kevin LoveJ.R Smith ou Iman Shumpert qui s’occupaient des actions d’éclat. Toute cette somme de talents, c’était trop pour les Celtics qui n’ont pu rivaliser malgré leurs efforts.

S’il y a bien une chose qui a crevé les yeux une fois de plus des observateurs de cette série, c’est que les Celtics manquent cruellement d’un protecteur de cercle. Déjà très souvent exposés, voire dominés au rebond cette saison, les Celtics se sont tout simplement fait manger dans ce secteur durant toute la série, surtout au rebond défensif. Déjà dans la preview, nous étions inquiets de l’impact du secteur intérieur des Cavs au rebond offensif, et il semble que nous avions des raisons de l’être.

En quatre matchs, les Cavs ont pris 48 (!) rebonds offensifs. Que ça soit par Tristan Thompson, omniprésent dans ce secteur, Kevin Love ou Timofey Mozgov, les Celtics ont subi et ont laissé un nombre incalculable de secondes chances à leur adversaire, bien trop pour espérer s’imposer. Surtout, ces secondes chances ont permis aux Cavs de couper l’élan des Celtics à plusieurs reprises, dans des matchs de runs.

L’exemple parfait a lieu dans le match 3. Alors que les Celtics sont à trois points des Cavs à un peu plus de deux minutes de la fin, Tristan Thompson gobe un énième rebond, ressort sur Kevin Love qui inscrit un tir à trois points fatal. Dagger, comme diraient les commentateurs américains. Six points, deux minutes à jouer, Love vient de clouer les espoirs des C’s. Toute la série, les Celtics ont été exposés, notamment Tyler Zeller, Kelly Olynyk et Brandon Bass, ce dernier ayant été dominé sur les quatre matchs. Seul Jared Sullinger a apporté un impact au rebond, impact que l’on aurait pas deviné vu sa blessure récente mais qui a fait beaucoup de bien.

Si les Celtics ont subi le talent des Cavs, c’est une certitude, ils ont surtout eux-mêmes manqué d’hommes capables de faire la différence. Du moins, le peu de talent qu’ils avaient en leur possession n’a pas été exploité. Pour faire clair, les Celtics n’ont pas pu compter sur leurs armes offensives principales, à savoir Avery Bradley mais surtout Isaiah Thomas. Certes, Thomas a inscrit près de 18 points de moyenne par match durant la série. Cependant, avec un pourcentage famélique (33% au tir, 16% à trois points) et plus de trois pertes de balle par match, il n’a pas eu l’apport qui avait fait de lui l’élément clé de la course aux playoffs.

Souvent lancé dans un numéro de soliste, Thomas n’a pas souvent été en accord avec ses coéquipiers sur le terrain. Sélection de tirs douteuse, dribble très moyen, il n’a pas eu d’impact sur les rencontres et même avec ses stats au scoring, il n’a pas aidé l’équipe. Avery Bradley, avec 12,3 points de moyenne, a lui aussi été en deçà de ses performances cette saison, et n’a pas été à la hauteur des espérances. Pour espérer vaincre cette équipe, les Celtics avaient besoin de cinq ou six joueurs à leur meilleur niveau, avait déclaré Danny Ainge peu avant la série. Malheureusement, leurs deux arrières habituellement menaçants au scoring n’ont pas apporté autant qu’ils auraient dû.

Simple erreur de parcours pour les deux joueurs ? Nous saurons l’an prochain si les deux arrières sont capables d’assumer leurs responsabilités. Sur cette série en tout cas, ils ont été en difficulté, mais il faut donner énormément de crédit à la défense des Cavs dictée par David Blatt. Iman Shumpert, en mission sur Thomas, a réalisé une série de haute volée, tandis que J.R Smith a collé Bradley de très près durant chaque minute passée sur le parquet.

Le plan de jeu des Cavs était clairement de couper ces deux joueurs au maximum de tirs ouverts, et il serait faux de dire qu’ils n’ont pas réussi. Si Thomas n’a pas tellement pu compenser son inefficacité offensive par un apport défensif, Bradley lui n’a pas déçu de ce côté là du terrain. Souvent ancré dans les appuis d’Irving ou de Smith, il a fait ce qu’il a pu pour diminuer leur apport, souvent sans succès face à de telles armes offensives.

Quelques mois après s’être déjà posé la question, voyons ce qu’il en est désormais. Une semaine de playoffs et un sweep méritaient-ils qu’on sacrifie des balles de ping pong qui nous auraient donné un pick à la draft quelques places plus haut ? Indubitablement, oui.

Cette semaine, les Celtics ont prouvé plusieurs choses et ont acquis quelques certitudes en plus. Tout d’abord, ils ont montré que cet effectif pouvait être compétitif (dans la Conférence Est, évidemment). Sur quatre matchs, ils ont regardé les Cavs droit dans les yeux. Les Celtics avaient en réalité commencé leurs playoffs depuis quelques semaines déjà, alors qu’ils étaient à la course avec les Nets, le Heat, les Pacers et les Hornets pour une place en playoffs.

Jouant dès cette période à une intensité élevée, les Celtics ont su garder le cap durant la série, jouant physique (trop parfois, mais les arbitres n’ont pas sanctionné, perdant peu à peu le contrôle de la série, jusqu’aux événements que l’on a connu au match 4) et défendant dur. Offensivement, leur jeu a été contrôlé par la défense des Cavs, très dure sur le porteur du ballon, ayant empêché les C’s d’installer leur jeu et leur alternance jeu intérieur / jeu extérieur. Malgré ça, les Celtics (sauf dans le match 4 particulièrement spécial) n’ont jamais pris de gros éclat et ont toujours été à portée de fusil de leur adversaire, manquant à chaque fois des occasions cruciales de passer devant. Les Celtics ont été compétitifs, c’est une certitude. Pas vainqueurs, mais compétitifs face à l’équipe qui devrait remporter le titre de la Conférence Est. Pas de quoi rougir, si ?

Sur cette dernière partie de saison, les Celtics et Danny Ainge ont également pu appuyer leurs certitudes : Brad Stevens est bien l’homme de la situation. Les Celtics ont notamment pu rivaliser durant quatre matchs grâce à la préparation effectuée par le coaching staff, récoltant ainsi les louanges de LeBron James, qui a bien pris soin en revanche de ne pas donner de crédit aux joueurs des Celtics.

Enfin, et c’est ce qui a dû le plus intéresser Danny Ainge : qui peut faire partie du futur des Celtics ? Rien de mieux qu’une série de playoffs face à Cleveland pour juger de la valeur d’un joueur. Première information : Marcus Smart est bien le futur visage de cette franchise. Tout au long de la série, il a impressionné par sa défense, mais surtout par sa maturité pour un rookie. Déjà très bon cette saison, Smart a répondu aux attentes qui étaient sur ses épaules, ayant même drivé plusieurs fois au cercle avec succès, chose peu vue cette année, nous gratifiant d’une des actions de la série :

Autre information, c’est celle qui concerne les futurs agents libres. Tout au long de la série, Brandon Bass a été extrêmement en difficulté, comme souvent en cette fin de saison. Parfois efficace offensivement, il a été transparent en défense et au rebond. Coéquipier modèle, fait-il toujours partie des plans de Danny Ainge pour rester compétitif ? La question se pose également pour Jae Crowder et Jonas Jerebko. Ces deux joueurs, futurs agents libres (non-restreint pour Jerebko, restreint pour Crowder), ont plusieurs fois répété le plaisir qu’ils prenaient à Boston et leur volonté de faire partie de l’avenir.

Sur cette série, ils ont surtout montré qu’ils étaient essentiels dans le système de Brad Stevens. Jae Crowder, par son apport défensif (malgré les dires de LeBron James) et sa capacité à rentrer des tirs a réalisé quatre matchs intéressants. Toujours à 120%, il impressionne depuis son arrivée et semble être très apprécié par Ainge. Jerebko lui, n’a pas été très en vue. Peu dominateur à l’intérieur face aux physiques adverses, il n’a pas pu être utilisé à bon escient.

Cependant, sa capacité à s’écarter plus que Bass semble donner des perspectives plus intéressantes pour Boston et il se pourrait bien que Boston lui offre la possibilité de rester parmi ce groupe pour les années à venir. Pour d’autres joueurs comme Kelly Olynyk, la série a montré les limites de son jeu. Est-il capable de progresser physiquement, de se coordonner pour devenir un véritable poste 4 dominant ? Plusieurs d’entre nous sommes sceptiques, mais nous aurons l’occasion d’y revenir durant l’été, assurément.

Quoiqu’il en soit, les Celtics ont pu énormément apprendre pour le futur durant ces quatre petits matchs, et même durant la période qui a précédé ces playoffs durant laquelle chaque défaite pouvait être synonyme de fin de saison ou presque. Durant quatre matchs, les Celtics ont fait douter les Cavs, les ont poussé dans leurs retranchements au point que LeBron James a dû rester sur le terrain 175 minutes sur 192 possibles. Il semble donc que cette expérience pour tous ces jeunes joueurs soit plus que bénéfique, et vaille bien de descendre de trois ou quatre places dans la loterie.

Bravo aux Celtics, bravo à Brad Stevens, bravo aux Cavs pour cette belle série que l’on a eu. Cette saison était censée être de l’apprentissage sur 82 matchs, elle l’aura été sur 86 avec un bonus face à la meilleure équipe de la Conférence.

Les Celtics ont préparé un avenir qui semble beaucoup plus éclairci qu’en début de saison, et qui pourrait l’être encore plus par une draft et un été réussis. Vivement que l’on y arrive et que l’on retourne au combat en octobre, car cette équipe sera attendue pour lutter pour les playoffs la saison prochaine.

C’était un plaisir immense de revoir des matchs avec un tel enjeu dans un TD Garden survolté, vivement la suite.

Article rédigé par Baptiste Godreau

One Comment on “L’aventure des Celtics n’aura duré « que » quatre matchs de plus”

  1. Très bon travail, toujours un plaisir de vous lire !
    D'accord avec vous, l'intersaison va être intéressante , Crowder et Jerebko doivent resigner mais raisonnablement, mais j'ai confiance en Ainge.
    Pour Olynyk, je suis un peu déçu, il stagne je trouve, et quand on sait qu'il est drafté 2 picks avec Antetokounmpo, soit le poste 3 qui nous manque ! Mais après ce mec est un ovni, il fallait tenter le pari et le connaître surtout.
    Enfin, la saison se termine avec plus de certitude et d'assurance que l'année dernière ! Et ça c'est positif et encourageant. Go C's !!

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