Brad Stevens, l’homme providentiel

Sondé anonymement cette saison, un General Manager de la ligue a classé Brad Stevens troisième meilleur coach de la ligue, juste derrière le quintuple champion NBA Gregg Popovich et le coach des Mavericks, Rick Carlisle. Un autre a nuancé ce classement, arguant que Stevens n’était pas aussi haut mais qu’il avait déjà atteint le top 10 et qu’il continuait de grimper.

Il est difficile de contester le fait qu’aujourd’hui, Stevens est dans le top 15 des coachs de la ligue, malgré le fait que l’entraîneur de 38 ans n’ait coaché que moins de 170 matchs NBA dans sa carrière (et moins de 400 en tout, en y ajoutant sa précédente expérience). Les dirigeants NBA n’encensent que rarement un entraîneur sur son bilan. Cependant, en coulisses, un grand nombre de décisionnaires de cette ligue sont fous de Brad Stevens.

Ce qu’il a fait avec ce groupe cette saison, les mener en playoffs et rivaliser durant trois matchs avec Cleveland, c’est très très impressionnant, a confié un dirigeant haut placé. Imaginez simplement ce qu’il ferait avec un groupe talentueux.

Il a complètement dominé David Blatt dans le coaching de cette série, a ajouté un autre dirigeant.

« Incroyable », a dit le vétéran des Cavs Mike Miller à propos de ce qu’a accompli Brad Stevens avec son groupe jeune et inexpérimenté cette saison.

Stevens a sous ses ordres un groupe de joueurs NBA corrects. Il ne possède pas de protecteur de cercle, n’a pas de shooteur extrêmement fiable et encore moins de All Star dans son effectif. La différence entre le meilleur joueur du roster et le huitième ou le neuvième, quel qu’il soit, est minime. Lorsque Danny Ainge s’est débarrassé de Rajon Rondo à la mi-décembre pour l’envoyer à Dallas, puis de Jeff Green à peine un mois plus tard pour l’envoyer à Memphis, tout le monde au sein de la ligue s’accordait à dire des Celtics qu’ils se dirigeaient tout droit vers la lottery.

Malgré cela, Brad Stevens a réussi à finir la saison en boulet de canon avec les Celtics, finissant avec un bilan de 20 victoires pour 11 défaites après le All-Star Break, pour conclure seulement deux matchs en dessous de la barre fatidique des 50% de victoires à la septième place de la Conférence Est. Quelles sont les principales raisons de ce succès ?

C’est LE professeur idéal, a confié un general manager. Il a un très grand calme sur le bord du terrain.

On dirait un joueur de poker, a ajouté Tristan Thompson. Il est si calme.

Stevens montre rarement ses émotions. Presque tout le temps, il se tient les bras croisés ou met ses mains dans ses poches, debout devant son banc. Tous ceux qui ont joué sous ses ordres, que ce soit en NBA ou en université, affirment qu’il ne profère quasiment jamais d’insultes et ne prend jamais à partie un joueur. D’après ses joueurs, son calme déteint sur eux et accroît leur confiance.

Il n’y a aucune question d’ego avec lui, a reconnu un dirigeant.

Il traite ses joueurs avec respect, en les valorisant et les responsabilisant, a ajouté un de ses collègues.

Tactiquement, il est difficile de remettre en question ce qu’il a fait. Il était vu comme l’enfant prodige lorsqu’il officiait à Butler et a déjà gagné le respect des coachs, dirigeants et joueurs de la grande ligue pour ses qualités de préparation et sa perspicacité.

Il prend des risques et ça le différencie des autres. Tactiquement, il fait partie de la meilleure moitié de la ligue, assurément, a confié un assistant coach.

La plupart des coachs dans la ligue savent ce qu’il faut faire pour prendre l’avantage sur l’équipe d’en face, mais ne le font que rarement, a ajouté un coach. Stevens, lui, il vous le fait payer. Il identifie vos faiblesses et fait en sorte d’appuyer là où ça fait mal, encore et encore. Je pense que les joueurs respectent cela car une fois qu’ils ont vu que ce qu’il demande fonctionne, ils feront tout ce qu’il dit.

Stevens possède toutes les clés, et cela pourrait rapidement le propulser parmi l’élite de la NBA. Tyler Zeller, sous ses ailes depuis cette année, confie ce qu’il pense être la force de Brad Stevens :

Sa capacité à comprendre le jeu, à anticiper ce que va faire l’adversaire et à nous y préparer. Savoir ce qui va marcher, ce qui ne va pas marcher, surtout en fin de match. Et il a raison 90% du temps.

Brad Stevens est un homme de chiffres, qui utilise beaucoup les statistiques avancées. Toutefois, Zeller reconnaît que Stevens et son staff font également un gros travail pour tirer les informations utiles de ces chiffres aux joueurs sans pour autant les ensevelir.

Il nous donne les informations pertinentes sans jamais nous submerger, a dit le pivot.

Malgré son succès à l’université, amenant Butler deux fois consécutives en finale pour le titre national, et son récent succès en NBA en ayant amené Boston à un inattendu total de 40 victoires, des questions subsistent sur le jeune prodige.

Coacher des superstars est une chose très compliquée, a mentionné un assistant de la ligue. Il a eu Rondo, et ça n’a pas marché.

Là encore, « qui peut coacher Rajon Rondo ? » est la phrase que tout le monde répète dans la ligue au sujet du meneur actuellement aux Mavs. La vérité est que Brad Stevens, durant le peu de temps qu’il a partagé avec Rondo à Boston, a construit une relation de coach avec son joueur comme personne ne l’avait réussi jusque-là (que ça soit Tubby Smith, son coach en université, ou Doc Rivers ou même plus récemment Rick Carlisle). Stevens et Rondo n’ont pas eu de problèmes majeurs, et plusieurs joueurs ou coachs membres de l’organisation (anonymes, là encore) ont confié que Rondo avait un respect grandissant pour Brad Stevens.

Je pense sincèrement que Brad Stevens peut gérer les plus gros egos, dit un autre assistant coach. 

Je pense qu’il peut coacher n’importe qui, a ajouté un dirigeant. C’est dans sa façon d’être, il sait s’y prendre avec les gens.

Stevens a été entraîneur en chef durant un total de huit saisons, six avec Butler et les deux dernières avec les Celtics. Mais les Celtics ne sont pas la seule franchise à avoir fait appel à lui il y a deux ans. D’après les sources d’ESPN, pas moins de deux autres organisations ont vu leurs offres rejetées par l’ex-coach de Butler.

Au milieu de cette saison, alors que les Celtics présentaient un bilan de 22 victoires pour 31 défaites (suivant le bilan de 25 victoires et 57 défaites de la saison rookie de Stevens), et alors qu’Indiana était en chute libre en NCAA, les spéculations sur un retour de Stevens en NCAA ont démarré. Retournerait-il là-bas pour prendre la suite de Tom Crean à la tête d’Indiana ?

Je pense qu’il aime réellement la NBA et les Celtics, a répondu à cela l’ancien meneur de jeu de Butler et désormais ancien assistant des Celtics, Ronald Nored. Retournera-t-il en université ? Qui sait ? À l’heure actuelle, je ne le vois pas y repartir de sitôt.

Nored a joué quatre saisons pour Brad Stevens, mais a également vécu avec lui et sa famille lorsqu’il a accepté le job d’assistant à Boston peu après que Stevens ait été engagé. Après une saison complète sur le banc des Celtics en tant qu’assistant, il vient d’accepter le même poste à Northern Kentucky.

Je pense que sa vision du basket est largement différente de celles des autres personnes, confie Nored au sujet de son mentor. Il a cette incroyable capacité à tirer le meilleur de chacun, pour les autres et pour lui-même. Il fait un excellent de travail pour développer les relations et en retour, les joueurs veulent vraiment jouer pour lui. Ils ont confiance en son discours et cela se traduit sur le terrain. Il rend le tout agréable. Il ne réprimande jamais un joueur, ne se met jamais en avant.

Stevens vient de traverser deux années compliquées dans l’organisation des Celtics. La plupart du noyau dur du roster sera encore présent la saison prochaine, mais Danny Ainge n’a pas encore mis de côté ses projets de chamboulement de l’effectif.

C’est l’une des choses les plus impressionnantes qu’il ait fait cette année. Le roster a sans cesse changé, mais il a trouvé un moyen de garder ses gars concentrés et soudés. Ça n’est pas facile, a dit un GM en évoquant Stevens. 

Les Celtics n’auront pas le pick de la lottery qui leur était prédit, mais auront tout de même deux choix du premier tour en juin. Au mieux, ils pourraient même en posséder quatre au cours de la draft 2016. Danny Ainge a donc toutes les cartes en main pour mettre en place de nouveaux échanges visant à améliorer ce roster.

Stevens a de grandes qualités et un grand potentiel, dit enfin un assistant GM de la ligue. Il est probablement dans le top 10 à son poste. Maintenant, il lui faut équilibrer son bilan et réussir quelque chose en playoffs. Je suis un grand fan.

Jusqu’à présent, qui ne l’est pas ?

Article traduit par Baptiste Godreau de Jeff Goodman : ‘Brad Stevens’ coaching job can’t be ignored‘, relecture par Léo Hurlin