Rajon Rondo : doué en maths, mauvais en relationnel

Avant de vous lancer dans la lecture de ce portrait de Rajon Rondo, sachez que celui-ci a été écrit avant les playoffs, et donc avant les derniers épisodes en date concernant le joueur et son équipe. Bonne lecture.

Kevin Garnett se débat dans le trafic de cette fin d’après midi, le long des artères amenant les voitures à Lower Manhattan, les routes bordées par la neige qui a asphyxiée toute la région. Rentrant chez lui après un entraînement des Nets, il n’a aucun problème à se rappeler la scène vieille de presque quatre ans – une séance vidéo au centre d’entraînement des Celtics, son ancienne équipe.

Ce qui lui pose problème, c’est la façon de le décrire, d’expliquer ce qu’il s’est passé cet après-midi là, dans cette salle. Garnett se tait quelques secondes, puis rigole et se racle la gorge. Il prend une profonde respiration et commence.

Nous sommes en mai 2011, les Celtics sont menés par le Heat de LeBron James deux manches à zéro au second tour des playoffs. Dans ses meilleurs jours, le coach des Celtics, Doc Rivers, est extrêmement dur avec Rajon Rondo, harcelant son obstiné meneur de jeu comme seul un ancien meneur de jeu, tout aussi obstiné, peut le faire. Seulement, ce jour-là, la situation est différente. “Il l’agressait, il l’agressait et il l’agressait encore”, se souvient Garnett. Rondo jette alors un coup d’oeil de l’autre côté de la salle en direction de Shaquille O’Neal et Jermaine O’Neal. “Ils m’ont vu en train de bouillonner”, se souvient Rondo. “Ils essayaient de me calmer, mais c’était trop tard”.

Sans prévenir, Rondo se saisit de sa bouteille d’eau, et la lance de toutes ses forces sur la télévision sur laquelle les joueurs étudiaient le match précédent, ce qui consistait ici à critiquer le meneur. L’écran de 127cm, posé sur un chariot en plein milieu de la pièce, se brise en mille morceaux. “Quand il a éclaté la télé, ça a pris une toute autre tournure”, confie Garnett en élevant la voix. Rivers, fou de rage, donne l’ordre à Garnett de sortir Rondo. “Il a donné un coup de pied dans la porte, qui est sortie de ses gonds. Jamais je n’oublierai ça : j’ai dû aller le chercher et le virer de là. Le vestiaire était suuuuper tendu. Super tendu, vraiment.” Alors qu’il traine le meneur de jeu d’1m85 pour 84 kilos, Garnett (2m10), se met à lui aboyer dessus : “Sors de là mec, merde !”, sortant Rondo en dehors de la salle, puis en dehors du bâtiment, sans ménagement. Rondo fulmine. “Il était sacrément chaud” se remémore Garnett.

Se tenant devant le bâtiment, Rondo, toujours bouillant, dit à Garnett : “J’ai besoin d’une seconde” avant de partir en courant. Garnett le suit, marchant quelques mètres derrière, le laissant exprimer sa rage. Il fait inhabituellement froid pour la saison, les deux joueurs portent leurs tenues légères d’entraînement. Garnett – qui considère Rondo comme un frère et le surnomme Shorty – sait que Shorty a besoin de prendre un peu de recul. “Shorty n’écoute pas toujours tout le monde”, dit Garnett. “Il vous dira cash, ‘je ne veux pas entendre cette merde’ ou ‘dégage’ ”. Ce jour-là pourtant, ils échangent durant quarante minutes, devant la salle. Ils se parleront également plus tard cette nuit, depuis leurs domiciles respectifs, une demi-heure voire plus au téléphone. Au beau milieu de ce qui sera leur dernier espoir de titre, Garnett, garant de l’équilibre émotionnel de cette équipe, se doit de perdre du temps en essayant de gérer cette tête brûlée irritable qu’est Rondo.

C’est ici, à l’arrière de cette voiture, toujours bloqué dans le trafic, que Garnett fait une pause, soupire et prend une longue respiration. Par où commencer ? Comment expliquer ce lunatique magicien du parquet que Garnett pense tellement incompris ?

Garnett souhaite mettre en avant ce que l’incident avec la bouteille dit de Rajon Rondo. Garnett voit. Il lit. Il sait ce qu’il se passe à Dallas. Il est au courant des tensions, les inquiétudes sur sa capacité à s’adapter. Il sait également que le meneur est une fois encore confronté à ces vieilles questions, celles qui avaient fait surface durant cette session vidéo des Celtics et qui resurgissent maintenant, dans la dernière ligne droite de la saison d’un prétendant aux playoffs, avant l’été le plus important de la carrière de Rajon Rondo. Des questions telles que : Qu’est ce qui peut bien faire péter comme ça les plombs à Rajon Rondo ? Peut-on vraiment bâtir une franchise autour d’un gars comme lui ?

“C’est cette flamme qu’il a en lui”, dit Garnett, appuyant chaque syllabe avec son habituelle colère. “C’est ce feu ardent que l’on a en soi. Cette manière de mettre la main à la pâte, de se dire qu’on a peur de rien, genre, ‘je viens à toi et si t’es pas prêt, peu importe, je te marche dessus’. C’est ce qui fait de lui ce qu’il est. Je lui ai toujours dit, ‘ne t’excuse jamais pour ça, c’est ta plus grande qualité, c’est ce qui fait de toi ce que tu es’. Mais, il faut qu’il arrive à le contrôler. Accepte le comme une partie de ce que tu es, mais contrôle le. Ne le laisse pas te contrôler.”

“Il n’aime pas qu’on lui dise ce qu’il doit faire. Il veut être coaché, mais quand vous le coachez, il vaut mieux que vous sachiez de quoi vous parlez. Et même si c’est le cas, il peut toujours vous provoquer. La question a toujours été : ‘est-il un joueur suffisamment bon pour se comporter comme il le fait ?’, confie Danny Ainge, le GM des Celtics qui a tradé Rondo à Dallas en Décembre.

Capture d’écran 2015-05-01 à 15.20.27

 


 

Les énormes mains du nouveau né ont fait jaser à l’hôpital de l’Université de Louisville. “Il sera quelqu’un de spécial”, a confié l’obstétricien à la mère du garçon, Amber Rondo. Sa propre mère décéda lorsqu’elle avait quatre ans, son père un an plus tard, laissant à sa grand-mère la charge de l’élever, priant pour “faire en sorte qu’ils restent tous ensembles.” Leur clan s’est encore rapproché, quand le père de Rajon est parti, alors que l’enfant n’avait que sept ans. En grandissant, Rondo refusait de jouer avec des enfants de son âge. Au lieu de ça, il apprit à faire du vélo sans petites roues dès l’âge de quatre ans, pour faire comme son grand frère, Will, de cinq ans son aîné. Will, très adroit avec les chiffres, utilisait des flash cards (le principe des flash cards est de proposer une partie des informations de façon aléatoire et l’élève doit essayer de deviner la réponse, ndt) pour apprendre les maths à son frère, bien en avance sur sa classe, et l’aidant à dominer ce qu’il voyait alors comme ses concurrents : ses camarades de classe. “Je ne voulais pas m’arrêter, je voulais toujours être la référence.”

Rondo a toujours voulu gagner. Plus qu’apprécier le goût de la victoire, il exécrait celui de la défaite, un esprit de compétition qui trouve sa source dans de nombreuses choses – plus ou moins importantes – mais surtout, dans la plus célèbre, le jeu de société “Puissance Quatre”. Rondo jouait devant chez lui, écrasant un à un tous ses amis et membres de sa famille jusqu’au bout de la nuit, pendant que sa mère travaillait à l’usine Philip Morris pour subvenir aux besoins de ses quatre enfants. “Si vous le battiez une fois, il vous battait cinq ou six fois de plus pour vous prouver qu’il est le meilleur”, raconte Dymon, sa soeur cadette. (Les prouesses de Rondo au Puissance Quatre sont depuis devenues légendaires. Le jour où il a été échangé à Dallas en décembre, il a passé ses dernières heures en tant que Celtic à l’hôpital pour enfants de Boston, écrasant tous ceux qui se présentait, en répétant aux enfants : “pas de pitié”).

Rondo est un adepte du poker – calculer les probabilités, compter des cartes – il a pour habitude de vider les poches de ses coéquipiers. C’est également un crack au bourré, un autre jeu de cartes célèbre qui a divisé de multiples vestiaires en NBA. Bryan Doo, préparateur physique des Celtics, dit de Rondo qu’il est le meilleur joueur de cartes avec lequel il ait jamais joué. “Et j’ai beaucoup joué”, ajoute-t-il.

Rondo se maintient dans un cercle restreint d’amis, mais durant ses huit saisons et demi à Boston, il était plus proche de Doo que de quiconque. Doo était toujours à la recherche d’activités pour garder Rondo occupé – golf, tennis, piscine, ping-pong, faire rebondir un ballon contre mur pour qu’il atterrisse dans une poubelle, des workouts divers et variés, imprimer des équations mathématiques et essayer de les résoudre le premier, ou encore essayer de le dominer sur les jeux cérébraux Lumosity, destinés à améliorer les performances cognitives. “Si vous n’arrivez pas à suivre là dedans, confie Doo en pointant sa tête, il ne vous écoutera pas.”

Donner à Rondo de fausses informations revient à ruiner sa crédibilité auprès de lui. S’il n’adhère pas à ce qu’on lui sert, même en dehors du terrain, il se barre, tout comme il quitte une salle de cinéma lorsque le scénario d’un film est ne serait-ce qu’un peu bancal. La dernière fois que ça lui est arrivé ? The Equalizer, avec Denzel Washington. “Je n’ai pas compris comment il a eu le numéro du flic” raconte Rondo en parlant d’une scène en particulier. “C’était le truc de trop.” Il a depuis revu le film pour voir s’il pouvait comprendre ; toujours pas.

“C’est comme être dans une salle de classe avec une trentaine d’enfants. Ils n’apprennent pas tous au même rythme, et puis vous avez celui-ci, tellement au-dessus des autres pour qui il faut trouver du travail supplémentaire à faire. Vraiment, c’est ce qu’était Rondo. C’est un challenge pour les coachs d’être créatif, comme il le serait pour un professeur dans sa classe, confie Tubby Smith, son ancien coach à Kentucky.

Au lycée, alors qu’il était freshman (première année, ndlr), Rondo pris part à un cours de géométrie pour sophomores, soit un an au-dessus de sa classe, enseigné par un homme appelé Doug Bibby. Il ne faisait pas ses devoirs, n’amenait pas ses livres, s’endormait régulièrement au fond de la classe, se réveillant simplement quand Bibby, excédé, l’appelait pour répondre à une question. Rondo ouvrait les yeux, jetait un coup d’oeil au tableau, donnait la bonne réponse et se rendormait immédiatement. Il réussit brillamment tous ses examens, ce qui poussa Bibby à le suspecter de tricher ; il lui soumit donc des tests personnalisés, pour prouver qu’il avait bien réussi au mérite. Même résultat. Pour envoyer un message à Rondo, Bibby lui a tout de même mis un D. C’était, d’après Bibby, “un concours de celui qui pisse le plus loin”.

Il est important de mentionner que Bibby était également le coach de l’équipe de basket. Rondo en était la star – mais également son assistant coach, l’aidant à décortiquer les vidéos et développer le système de jeu – mais balle en main, il était connu pour n’écouter que rarement les systèmes dictés par le coach. Quand Bibby lui disait “Je suis sur le banc, J’ai une vue d’ensemble sur le match”, Rondo répondait “Moi je suis sur le parquet, et je sens le jeu”.

“Ce n’est pas qu’il ne veut pas faire ce que l’on dit, c’est juste qu’il pense qu’il a une meilleure approche”, juge Bibby.

Rondo, lui, estime que “s’il y a deux coachs sur le parquet, ils ne seront pas toujours sur la même longueur d’ondes.”

“Il était tout excité après coup. Je lui ai répondu d’apprendre à mettre un tir”, rétorque Rick Carlisle après avoir perdu une partie de Puissance Quatre face à Rondo.


 

24 Février, les Mavericks sont menés de 9 points par les Raptors au début du 3ème quart temps. Rondo, arrivé deux mois plus tôt chez les Mavs, a peiné lors de ses 31 matchs avec Dallas. Son nombre de passes décisives a systématiquement chuté d’un mois sur l’autre lors de cette saison ; son offensive rating (nombre de points marqués sur 100 possessions) a suivi la même trajectoire. Il n’a pas sorti un match à plus de 10 passes décisives durant les 15 derniers matchs qu’il a démarré – alors qu’il réussi cette performance 37 fois de suite trois ans plus tôt. Rondo remonte mollement la balle suite à un panier des Raptors concédé après qu’il ait cafouillé un rebond offensif, il dribble le long de la ligne de touche opposé à celle de Carlisle, semblant ignorer les efforts de son coach pour attirer son attention. C’est à cet instant que quelque chose se casse.

Carlisle entre en furie sur le parquet de l’American Airlines Center, hurlant pour demander un temps mort, puis sur Rondo pour qu’il appelle les systèmes prévus. « J’annonce les systèmes p*tain ! » crie Rondo à Carlisle, qui lui ordonne aussitôt, dans un langage tout aussi fleuri, de s’asseoir. Derrière cette situation explosive se cache une dure réalité, que Carlisle ne peut ignorer : avant d’acquérir Rondo, les Mavericks affichaient un bilan de 19-8 et la meilleure efficacité offensive de la ligue (113,6 points pour 100 possessions) ; avec lui, avant ce match, ils en sont à 19-12, et marquent plus de points quand il n’est pas sur le terrain (104,4/100 possessions) que quand il y est (103,1). Rondo tire à 30,9% en dehors de la peinture, son pourcentage le plus bas depuis sa saison de rookie, et à 31,1% sur la ligne des lancers-francs (ce n’est pas une faute de frappe). De loin la pire performance de sa carrière dans ce domaine.

Aucun des deux ne s’arrêta de crier sur l’autre avant la fin du temps mort, et Rondo ne remit plus les pieds sur le terrain du match. Affalé sur le banc, une serviette sur la tête, il regarda son remplaçant, Devin Harris, mener le comeback de son équipe, qui s’imposa ce soir là 99-92.

L’engueulade entre Rondo et Carlisle continua dans le vestiaire, après le match. Dans sa conférence d’après match, Carlisle parla de « différence d’opinion » mais refusa de s’étendre sur le sujet. Rondo lui déclara simplement : « Parlez en avec Rick ».

Rondu fut suspendu pour le match suivant.

C’est loin d’être la première fois que Rondo s’engueule avec un de ses coachs. Rondo et Rivers ont également connu plusieurs longues disputes, Rondo ruminant plusieurs jours avant de s’autoriser à entrer à nouveau dans le bureau de Rivers. « Parfois, il en a pleuré, » déclare Rivers « C’est quelqu’un de très émotif, mais il ne veut pas que quiconque le voit. »

Sur ce sujet, Garnett confie, « Le gamin prend les choses bien plus à coeur que les gens ne le pensent. Et ça le rend fou. »

« Il connaît tous les systèmes, toutes les actions, et il a deux ou trois coups d’avance. Il est monstrueusement intelligent. », confie l’arrière des Lakers, Kobe Bryant, qui a affronté Rondo deux fois durant les Finales NBA, et qui a publiquement pris son petit déjeuner avec lui en Décembre, alimentant les rumeurs selon lesquelles il tenterait de ramener Rondo à L.A la saison prochaine.

Capture d’écran 2015-05-01 à 15.21.59

Parmi les observateurs de la NBA, et particulièrement à Boston, l’idée est si rebattue que si elle était gravée dans la roche, celle ci serait totalement polie à force d’être utilisée : Doc Rivers a quitté les Celtics en 2013, uniquement pour échapper à Rajon Rondo. « C’est ridicule » lâche Rivers « Notre plus grand désaccord était habituellement sur le fait qu’il devait arrêter de toujours essayer de montrer qu’il était le plus malin, il pense toujours tellement à la prochaine action. Tu exécutes un système, ça marche, et lui, il est déjà en train de penser à quoi faire s’ils trouvent une parade. Et je lui disais ‘Ils n’ont pas encore trouvé la parade, donc on ne change rien avant qu’ils la trouvent’. On mettait en place un système qui fonctionnait et il changeait le système. Je demandais, ‘Pourquoi tu changes ?’, il répondait, ‘Au cas où’, ‘He bien, laissons les s’embrouiller d’abord, et après on le changera’. »

Demandez à Rondo de décrire le fonctionnement de son esprit, et il vous dira que c’est « une bénédiction et une malédiction ». Sur ce point, tous ceux qui l’entourent sont d’accord avec lui.

« C’est mon pote » indique son ancien coéquipier Kendrick Perkins, « Mais il sait qu’il est trop intelligent. Et c’est son problème. Il sait quand il a tort. Il faut juste lui faire admettre. Le problème c’est que, neuf fois sur dix il aura raison. »

Un insider des Celtics dit de lui, avec moins de bienveillance, « Il est toujours persuadé qu’il est la personne la plus intelligente dans la pièce, même quand ce n’est pas le cas ».

Rivers se rappelle qu’aux entraînements de Boston, Rondo devenait « extrêmement irrité » quand ils devaient répéter les systèmes encore et encore, même pour des vétérans. Pour Rondo, apprendre les systèmes était aussi naturel que les maths. Ses coéquipiers et coachs affirment tous qu’il possède une sorte de mémoire photographique – ce qu’il ne nie pas – et l’ancien assistant des Celtics, Tom Thibodeau, maintenant head coach des Bulls, dit que le temps qu’ils revoient le match le lendemain matin, Rondo l’avait déjà visionné deux ou trois fois. (« Il ne dort pas » prétend Doo.) Les Celtics le considéraient comme une sorte de scout avancé, les yeux et les oreilles toujours aux aguets, glanant des indices auprès des adversaires, puis annonçant exactement ce qu’ils étaient sur le point de faire.

Avant sa première série de playoffs, contre Atlanta en 2008, les Celtics distribuèrent un livre de 100 pages contenant les systèmes et les statistiques des Hawks. Rondo l’emmena chez lui, et le lendemain, il défia l’assistant Darren Erman : « Interroge moi sur n’importe quoi ». Rondo répondit correctement à toutes les questions, jusqu’à ce qu’Erman lui tende un piège – il lui posa une question à propos de quelque chose qui n’était pas dans le livre. « Va te faire fo*tre, ce n’est pas dedans » répondit Rondo. Quelques années plus tard, alors qu’Erman faisait partie du staff des Warriors, son équipe effectua un système sur remise en jeu, nommé C, qu’ils avaient dû utiliser une quinzaine de fois dans toute la saison. Ils appelèrent le système, Rondo s’écria immédiatement, « C ! Forcez les écrans, forcez les écrans !» Erman et Brian Scalabrine, alors assistant aux Warriors, se regardèrent, abasourdis : comment peut il savoir ?

Un deuxième coach sur le terrain. Un scout avancé dans le vestiaire. Comment cela pourrait-il mal tourner ? « Tu dois garder une unité » soutient Garnett. « Rondo est du genre, ‘Nan, Thibs, ça ne s’appelle pas comme ça. Ça s’appelle comme ça.’ et Thibs regarde sa petite feuille et fait ‘Oh ouais, c’est ça’. » À un moment, Rivers permit même à Rondo d’appeler des systèmes comme un receveur au baseball, en lui fournissant une liste de cinq ou six systèmes qu’il voulait qu’il appelle pendant le match. « Je n’ai jamais dû faire ça avant » avoue Rivers, « Mais c’était génial. » Rondo étudiait la liste avant les matchs et pendant les temps morts, la posant sur le parquet, entre ses pieds. Mais Rivers raconte qu’alors même qu’il lui avait donné autant de liberté… Il arrivait encore à sortir du cadre.

« Il aime bien contredire. Je m’en suis rendu compte très tôt. Il demandait ‘Pourquoi on ferait pas comme ça ?’ Parfois je répondais, ‘Comment tu veux faire ?’ et il me disait, ‘Non, j’aime bien comment on fait, je demande juste’. C’est une ‘Rondo’. », confie Doc Rivers.

Capture d’écran 2015-05-01 à 15.23.45

 


 

2 Janvier, cela fait a peu près 90 minutes que le shooting des Mavs est terminé au TD Garden, Rajon Rondo est toujours sur le parquet. Il travaille son shoot, s’assurant de lui faire décrire une belle courbe, de le maîtriser à la perfection. Dans quelques heures, il affrontera l’équipe qui, deux semaines plus tôt, l’a échangé, de manière surprenante, contre un modeste lot de choix de draft et de joueurs, et il affrontera les fans qui furent souvent prompts à le critiquer. Le coach en charge du développement des joueurs chez les Mavericks, Mike Procopio, un natif de Boston qui participa au scouting de Rondo chez les Celtics quelques années auparavant, prend ses rebonds. « Il voulait être sûr d’être dedans, il voulait se montrer », déclare-t-il.

Cette nuit, Rondo est le dernier membre du cinq de départ à être annoncé, et le speaker des Celtics, Eddie Palladino, ressort l’introduction maison, rugissant lentement et à pleins poumons, comme au bon vieux temps, « Raaaaaaaaaaajon Rondooooooooo ! ». La salle à guichets fermés, constellée de maillots floqués du numéro 9, se lève et hurle. Rondo lance le match avec un layup, puis enquille deux superbes tirs à 3 points. Tout le monde vous dira qu’il a marqué les 10 premiers points des Mavs, rentré ses sept premiers tirs et fini la démonstration avec 29 points, record en saison, ainsi que cinq tirs à trois points inscrits, record en carrière. Il ne montra que peu d’émotion au cours de la soirée. Et quand les images de la vidéo hommage de 90 secondes défilèrent sur l’écran géant au dessus de sa tête, il les remarqua à peine.

C’est du Rajon Rondo dans le texte. Son dunk en haute altitude sur Dwight Howard en 2009 ? Un assistant lui avait parié qu’il ne pouvait pas le faire. Rentrer 49 lancers sur 50 au gymnase ? Un autre pari. « Défie moi », lance Rondo. « Si tu t’attends à quelque chose de fou de ma part, je trouverai probablement un moyen de l’accomplir. » Il demandera de défendre sur des meneurs bien plus imposants que lui, même si il a un désavantage flagrant. « Il m’a dit, ‘Si j’en ai envie, je peux faire un triple-double à chaque match’ » rapporte Justin Zormelo, son statisticien personnel. Garnett dit de lui : « Il te balance une passe, et toi tu fais, ‘Mec, tu ne pourrais même pas y enfiler une aiguille, tu ne peux pas faire une passe à cet endroit’. Juste pour qu’il puisse prouver le contraire, et il te ressort le même système, et te fais la passe exactement à cet endroit, et ça fait panier, et il te regarde du genre, ‘Je sais ce que je fais. Ferme la’. Et toi tu le regardes ‘Petit c*n’. Mais c’est ce qui fait sa classe. »

Quand il y a de l’enjeu, c’est là qu’il est le meilleur. Écraser LeBron James et les Cavaliers avec 29 points, 13 passes décisives et 18 rebonds lors des playoffs 2010 ; lâcher un 44-10-8 sur le Heat pour les playoffs 2012 ; éclipser Jeremy Lin au zénith de la Linsanity avec un 18-20-17. Énorme quand ça compte, peu concerné dans le cas contraire, il est, en toute chose, une énigme, une équation à lui tout seul. Comme le dit l’assistant des Celtics Jamie Young, «Il ne fait pas partie de vos maths de base – plus de la trigonométrie. »

« Tout est calculé. Ma vie est calculée. », dit Rajon Rondo.


 

9h30, un matin de Février 94, huit élèves de third-grade (équivalent du CE2) rentrent dans une salle de classe à l’école élémentaire Engelhard au centre-ville de Louisville. Ils s’assoient autour de de deux tables rectangulaires accolées pour former un carré. Parmi eux se trouve celui que leur institutrice nommera un jour « le plus grand défi de ma vie. »

Le garçon assimile les concepts instantanément, avec une facilité déconcertante. Il possède un curieux don pour analyser les nombres d’une manière différente des autres – à tel point qu’en réalité, il apprend à l’institutrice de nouvelles manières de résoudre des équations, des méthodes qu’elle enseignera aux autres élèves les années suivantes.

Il finit chaque exercice en premier, se frayant un chemin au milieu des fiches de multiplications, et l’institutrice fait bien attention de toujours avoir une activité sous la main, ou dans un classeur bleu prévu à son effet. A défaut, elle demandera à ce garçon taciturne aux joues creusés, qui pose des questions à propos d’absolument tout, de formuler des équations qu’elle devra résoudre.

Elle sait que, aussi doué que soit cet enfant de neuf ans, il peut être frustré avec ceux qui le sont moins. « Il n’arrivait pas à concevoir pourquoi les autres ne comprenaient pas. » se rappelle Melanie Benitez, toujours enseignante à Engelhard, 21 ans plus tard.

Si vous êtes entré dans cette salle de classe depuis, alors vous l’avez vu – une petite armoire en métal le long du mur du fond. Au fil des ans, elle s’est remplie des classeurs que Benitez a créé pour occuper les enfants précoces qui pourrait ne pas s’amuser assez avec les autres. C’est une méthode qu’elle a inventé il y a deux décennies. Elle l’a inventée pour Rajon Rondo.

Article traduit par Hugo Geindre et Baptiste Godreau, de l’article initial de Baxter Holmes : ‘Rajon Rondo : good at math, bad at people

3 Comments on “Rajon Rondo : doué en maths, mauvais en relationnel”

  1. C'est effectivement un aspect que je ne connaissais pas de Rajon . Ca permet de mieux le comprendre , super article ! Merci !

Comments are closed.