Marcus Smart et les Celtics, une histoire ancienne

Après que Marcus Smart a été sélectionné par les Celtics en sixième position de la dernière édition de la draft, le meneur profita de ce moment particulier dans un chic restaurant italien de Manhattan avec d’autres nouveaux arrivants dans la ligue tels que Jabari Parker et Joel Embiid, avant de continuer la fête avec sa famille dans un salon à toit ouvert au-dessus de New York.

Vu de l’extérieur, c’était une façon simple de fêter ce moment. Smart a été l’un des premiers choix de cette classe de draft, et la décision des Celtics parut logique, si ce n’est évidente.

En réalité, ce choix opéré par Danny Ainge et son entourage était le résultat d’un long processus d’évaluation. Smart l’ignorait durant cette chaude soirée du mois de juin, mais les Celtics étudiaient son cas depuis quelques années déjà.

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Le président des opérations basket des Celtics, Danny Ainge, est connu pour être l’un des plus actifs décisionnaires de la ligue. Il voyage sans cesse, trouvant bien plus utile d’aller voir un joueur en personne plutôt que de le regarder sur une simple vidéo de highlights.

Ainge conserve autour de lui un groupe restreint de scouts loyaux. Son fils, Austin, dirige le staff, tandis que le responsable du scouting, Dave Lewin, supervise les scouts Remy Cofield et Jake Eastman. C’est tout. Moins de voix signifie moins de désordre. Cela veut aussi dire que tous ont tous un rôle prééminent.

Quand Smart était encore un joueur de high scool à Flower Mound (Texas), Dave Lewin était alors scout pour les Cleveland Cavaliers, suivant de très près les retours glorieux à l’effigie du jeune prospect, notamment en provenance de Dave Telep, à l’époque recruteur national, aujourd’hui coordinateur du scouting pour les San Antonio Spurs.

Au début du mois d’avril 2012, Lewin se rendit à Louisville, où Smart jouait le Derby Festival Classic, un All-Star Game pour les joueurs dans leur dernière année de high school. On retrouvait dans ce match de futurs joueurs NBA, tel que Sam Dekker, qui devrait être très prochainement drafté, et Steven Adams, aujourd’hui joueur d’OKC. Seulement, c’est Smart qui s’est le plus montré ce jour-là.

Il était le joueur le plus excitant sur place par la dureté qu’il mettait, par la vitesse qu’il avait pour plonger sur les balles perdues ou simplement par son physique, confiait Lewin.

Ce jour-là, Smart a même remporté le concours de dunks de l’événement en réalisant un front flip suivi d’un dunk arrière avec la planche. Sa charpente musculaire lui donnait déjà bien plus que son âge.


Plus tard dans ce mois, Smart attira l’attention d’Austin Ainge au McDonald All-American Game.

Même s’il n’avait que 17 ou 18 ans, c’était déjà un homme. Sa dureté et son mental de compétiteur étaient incroyables.

Les dirigeants des Celtics continuèrent de suivre Smart lorsqu’il fit partie de l’équipe nationale américaine U18 plus tard dans l’été. Il n’y avait aucun moyen de savoir ce qu’il deviendrait, ou même de savoir si les Celtics seraient en position de le drafter, mais Smart avait suscité l’intérêt de la franchise, intérêt qui se multiplia lorsqu’il commença à jouer pour Oklahoma State.

Il avait des passages dans certains matchs où sa compétitivité était absolument spectaculaire, explique Danny Ainge. C’était un produit non-fini, mais j’appréciais son esprit et son approche du jeu. J’aimais cette flamme qui l’animait.

 

Smart fut nommé joueur de l’année de la Big 12 alors qu’il n’était que freshman, et Ainge serait déjà parti à sa poursuite s’il s’était présenté à la draft cette année là. Seulement, Smart décida de retourner une année de plus à la fac.

Lewin, qui rejoignit les Celtics en août 2012, partit à Orlando très tôt lors de la saison 2013-2014 et vit Smart jouer trois matchs lors de l’Old Spice Classic. L’année précédente, ce même événement lui avait permis de cibler un autre futur premier tour de draft des Celtics, en la personne de Kelly Olynyk. Bis repetita ?

Lors du premier match face à Purdue, Smart inscrit 30 points, captivant totalement Lewin.

Je crois que j’ai parlé de Marcus à Danny tous les jours lorsque j’étais là-bas. Ce qu’il faisait, ce que je voyais, je racontais tout. Je savais que Marcus était la parfaite illustration de ce qu’appréciait Danny donc nous étions en dialogue constant pour savoir ce qu’il pourrait apporter et comment il pourrait rentrer dans le collectif que nous étions en train de mettre en place, explique Lewin.

Lewin s’est mis à rassembler des informations de différentes sources en provenance d’Oklahoma State, rendant visite à des coachs, des assistants promus et des managers. Certains coachs universitaires vendent leurs joueurs aux scouts sans se soucier de la réalité de leur niveau, d’autres disent la vérité, même si celle-ci fait mal. Lewin avait bâti avec le staff des Cowboys une relation de confiance, leur admiration envers Smart était donc significative.

Quatre jours avant Noël, Cofield se rendit à Las Vegas pour regarder évoluer Oklahoma State face à Colorado au MGM Grand. De retour à Boston avec un scouting report, Cofield mentionna la polyvalence défensive de Smart ainsi que son intensité, traits qu’apprécie grandement le coach des Celtics, Brad Stevens. 

Le 8 février suivant, un acte de Smart aurait cependant pu lui coûter sa place à Boston. Dans les dernières secondes d’une défaite d’Oklahoma State à Texas Tech, Smart chuta dans les spectateurs après une faute subie en contre-attaque. En se relevant, un homme dans la foule lui prononça quelques mots, sortant de ses gonds le meneur qui le poussa. Suspendu trois matchs par la ligue, son tempérament fut l’objet de nouvelles questions à son sujet.

smart

Les dirigeants des Celtics avaient des préoccupations envers Smart, mais après quelques recherches, ils ont conclu que cet épisode était un acte isolé, malheureux mais pas plus inquiétant que cela. Oui, Marcus Smart était un joueur explosif, mais cela se ressentait naturellement dans son jeu.

Chaque entraîneur, chaque coéquipier qui a joué avec lui vous dira que c’est un guerrier, dit Austin Ainge.

Alors que la saison avançait, il était difficile de savoir si les Celtics allaient obtenir un pick suffisamment haut pour acquérir Marcus Smart. Le staff croyait qu’ils obtiendraient un choix proche de la dixième position, tout en pensant que Smart pourrait partir très tôt, dès le deuxième ou troisième choix. Ainsi, ils prenaient soin d’évaluer d’autres prospects, au cas où Marcus Smart soit déjà parti au moment de sélectionner un joueur.

Mais au moment où Smart se présenta à la draft le 7 avril, les Celtics finissaient une saison frustrante avec un bilan de 25 victoires pour 57 défaites, les plaçant en bonne position pour la loterie. À partir de ce moment là, leur poursuite de Marcus Smart s’intensifia de plus belle.

Parfois, on creuse jusqu’à parler aux professeurs de collège voire d’école primaire d’un joueur, confie Danny Ainge. Concernant Marcus, il nous a suffi de parler à une douzaine de personnes de son entourage.

Les questions étaient rarement ciblées sur les capacités physiques évidentes du joueur. Ils savaient pertinemment qu’il pouvait attaquer le cercle, qu’il pouvait étouffer son vis-à-vis. Tout ça, ils le savaient depuis bien longtemps.

Nous cherchions à savoir des choses qu’il était plus difficile de voir. Par exemple, quel type de coéquipier il était, était-il facile de le coacher, quelles étaient ses habitudes de travail… Est-ce que c’est un joueur qui travaille lui-même ses faiblesses ?, explique Lewin. 

Les réponses ? « Oui », inlassablement.

Smart signa avec Wasserman Media Group (groupe de conseil pour représenter les athlètes, NDT) peu après son inscription à la draft. Pour accorder une faveur à quelques amis au sein de ce même groupe, Darren Erman, qui venait de se faire remercier en tant qu’assistant coach des Warriors, accepta de faire passer à Smart quelques workouts à Los Angeles.

Ces sessions individuelles n’étaient pas basées sur les forces de Smart, puisqu’il n’avait personne contre qui se défier. Erman se souvenait de la première fois où il fit un workout avec Klay Thompson, en 2011. Il demanda à Thompson de faire un tour du monde autour de la ligne à trois points en essayant d’inscrire autant de shoots de suite qu’il pouvait. D’après les souvenirs d’Erman, Thompson inscrivit 13 tirs de suite dans le corner gauche, huit à 45° à gauche, 10 de face, 11 à 45° à droite et huit dans le corner droit. Le workout de Smart n’avait rien à voir avec cela.

Marcus était bon lorsque l’on faisait des exercices défensifs, mais mais je ne pouvais pas me prononcer sur ses capacités offensives, vraiment, je ne pouvais pas. Il venait de quitter la fac, et il n’était pas encore un shooteur fiable. Je venais de finir de travailler avec Steph Curry et Klay Thompson, donc bon…

Deux semaines plus tard, Erman était engagé par les Celtics, confiant à Danny Ainge ses ressentis sur les workouts passés avec Marcus Smart et ses doutes sur ses qualités offensives.

Les stats de Marcus Smart durant ses deux années à Oklahoma State
Les stats de Marcus Smart durant ses deux années à Oklahoma State

Danny n’était pas inquiet, raconte Erman, qui est désormais membre du staff des Pelicans. Il adorait sa dureté depuis le premier jour où il l’a vu, et c’est pourquoi Danny est bon dans ce qu’il fait.

La loterie s’est tenue le 20 mai, et les Celtics finirent avec le sixième pick. À ce moment, ils réduisirent leur liste, avec Marcus Smart et l’ailier fort d’Arizona, Aaron Gordon, en haut de celle-ci.

Le staff re-visionna encore et encore les matchs clés de Smart à l’université, pour compléter leurs premiers avis. Après cela, ils décidèrent que l’instinct de Smart, sa dureté, son physique le rendaient NBA-ready. Ils pensèrent également que son shoot et sa capacité à jouer le pick-and-roll s’amélioreraient avec le temps et un bon coaching.

Deux semaines avant la draft, explique Lewin, c’est devenu clair pour moi que parmi tous les joueurs qui pourraient être disponibles pour le sixième pick, Smart était le favori de Danny.

Smart se rendit à Waltham le 23 juin pour un workout incluant Elfrid Payton, Nik Stauskas, Gary Harris, Zach LaVine et le futur pick du second tour, Jordan Clarkson. Parmi tous ces joueurs, Smart était le mieux évalué. Dans cette situation, les joueurs évitent souvent la compétition car il y a peu à gagner pour eux mais beaucoup à perdre. L’intérieur de Kentucky par exemple, Julius Randle, avait fait un workout sans opposition le matin même. Ça n’est certainement pas le style de Smart.

Peu importe qui l’on met face à moi, je ne reculerai pas, disait-il ce jour là. Je n’ai jamais reculé devant un défi.

Très tôt dans cette session d’entraînement, Smart sauta pour contrer un tir et se tordit la cheville en retombant par mégarde sur le pied de LaVine. Sur le coup, il n’a rien dit car il ne voulait pas montrer de faiblesse. Un an plus tard, il reconnait que cette blessure lui fit perdre ses moyens. Il manqua tir après tir ce jour-là.

L’opinion de Danny Ainge, elle, ne changea pas. Cependant, ce qu’avait montré Smart ce jour là avait suscité un intérêt très mitigé parmi les membres du staff.

On était là à se dire : ‘Wow, c’était nul’, raconte Austin Ainge.

Les Celtics demandèrent quelque chose d’inhabituel, à savoir un second workout avec Smart.

Je vais revenir et faire mieux que la dernière fois, dit Smart à ses agents à Wasserman. S’ils veulent que je revienne une troisième fois, je reviendrai encore meilleur.

Lors du second workout de Smart, son mental de compétiteur hors pair fit son apparition. Il avait clairement quelque chose à prouver.

J’allais au cercle, je mettais mes tirs, je défendais. J’ai montré pourquoi j’étais dominant, dit aujourd’hui Smart.

Pour Danny Ainge, ce second workout a mis tout le monde d’accord.

Nous n’étions pas tous sur la même longueur d’ondes avant cela. Son deuxième passage nous a permis de tous l’être, unanimement.

Une semaine avant la draft, Ainge demanda à son staff de rendre leur classement pour les prospects de la cuvée 2014 afin de s’en servir comme référence mais attention, nous sommes loin d’être dans une démocratie. Ainge avait décidé qu’il voulait Smart, maintenant il s’agissait de voir s’il pouvait l’obtenir.

L’agent de Marcus Smart, Josh Ketroser, confia que le Magic (qui disposait du quatrième choix) fut un temps très intéressé par son joueur, mais le Magic mit la main sur Gordon. Dante Exum, prospect en provenance d’Australie, fut sélectionné en cinquième position par le Jazz.

Le staff des Celtics était alors réuni au TD Garden, jaugeant brièvement l’intérêt d’un trade, mais Danny Ainge écarta cette hypothèse. Il restait environ deux minutes pour choisir un joueur lorsque les Celtics appelèrent Smart, alors assis à sa table avec sa famille dans le Barclays Center à Brooklyn.

À ce moment, tu te dis ‘Mon dieu, c’est vraiment en train d’arriver’.

La famille de Smart sautait de joie, mais Smart leur demanda de rester calmes, se refusant de croire à ce choix tant qu’Adam Silver n’avait pas prononcé son nom. Une fois celui-ci appelé, il regarda sa mère et vit toute la joie sur son visage.

Pour Ainge et son staff, c’était le résultat d’un long processus, démarré trois ans auparavant. Marcus Smart, qui allait devenir 82 matchs plus tard un membre de la All-Rookie Second Team, était un Celtic.

Pour le département du scouting, le relâchement après la draft fut bref. Douze heures de sommeil une fois la soirée de la draft terminée pour Lewin et le lendemain, il était dans un avion pour Washington afin d’assister à un All-Star Game réunissant des collégiens, organisé par Kevin Durant. Le début d’un nouveau cycle.

Article traduit par Baptiste Godreau, de l’article originaire du Boston Globe : ‘Years before drafting him, Celtics eyed Marcus Smart

8 Comments on “Marcus Smart et les Celtics, une histoire ancienne”

  1. Super boulot merci, ce gamin est l'avenir des C's, je suis fan, c'est dommage qu'il porte le #36, sinon je pense que j’achèterai son jersey.

    1. Concernant le numéro de maillot de Smart :

      "My brother wore number 3 in high school," Smart explained. "He passed away with cancer so all of my brothers, including me, wore number 3 in high school. But once I got to Oklahoma State, the number 3 was retired because of a plane crash that happened to the basketball team. They asked me, 'What's another number?' I got to thinking, my brother passed away at the age of 33, so why not get the jersey number 33? But here everybody knows that number 3 and 33 are both gone and retired, respectively. So I was just thinking again, 3 is the original number so you have the 3 in there and the 6 is the number I was drafted at, with pick 6. You get the 3 and the 6 and put them together and you get 36."

      1. Oui j'avais déjà entendu l'explication, je respecte son choix, il plus qu'honorable mais je parle de mon avis, je suis juste pas fan du #36 tout comme le #99 de Crowder au passage.
        Après, ce que je regarde avant tout ce sont ses performances et ça je suis fan.

  2. Marcus Smart, quel joueur.
    Déjà tres bon défensivement, ne le jugez pas sur le plan offensif l'année prochaine (même si des progres sont à espérés).
    J'espere que ce monsieur (à l'histoire phénoménale) aura une courbe de trafectoire à la gary Payton. Monstre défensif, pesant offensivement qu'a partir de sa troisieme saison.
    Marcus Smart <3

  3. Ce mec trouve un moyen de perdre du poids et on aura le droit a un mutant.
    J'ai appris recemment qu'il avait un body fat degueulasse pour sa taille (10, 6) s'il perd cette masse graisseuse et qu'il transforme tout cela en bonus, mamamia.
    D'ailleurs young lui aussi a perdu du poids et apprement, on le voit sur certains test physique.

    1. Tu trouves qu'il doit perdre toi ?

      Young aurait plutôt gagné apparemment, en kg de muscles. Va voir notre article à son sujet !

  4. Je sais que Ainge ne fait pas dans le sentimentale mais j'espère qu'il ne sera pas trader….

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