Stevens met enfin le grappin sur R.J. Hunter

C’est dans un bar à la fois chic et sportif du centre d’Atlanta que R.J. Hunter, une soixantaine de ses amis et de sa famille s’étaient réunis jeudi dernier pour suivre la draft NBA. Peu de temps après l’annonce du 28e choix, l’un des premiers SMS reçus par Ron Hunter, père de R.J. et entraîneur de l’équipe de Georgia State, provenait en toute logique de Brad Stevens. Les Celtics venaient en effet de sélectionner l’arrière issu de Georgia State. Cependant…

« Le message ne félicitait pas R.J., ne nous souhaitait pas la bienvenue à Boston, rien de tout ça, » raconte Hunter père. « Il disait ‘Je t’avais dit que j’allais réussir à mettre le grappin sur ton fils d’une façon ou d’une autre.' »

Stevens et les Hunter se connaissent depuis déjà plusieurs années, du temps où Stevens n’était encore qu’assistant coach à Butler et Ron entraîneur à Indiana University-Purdue University Indianapolis. À l’époque, R.J. Hunter était en train de devenir le talentueux lycéen que l’on connaît et avait déjà tapé dans l’œil du tacticien des Celtics.

« C’est là que je me suis dit qu’il était temps que je commence à courtiser mon propre fils, » se remémore Ron Hunter.

L’intérêt de Stevens pour le jeune Hunter n’était pas secret. Ainsi, lorsque son père lui donnait des corvées de ménage ou de poubelles, R.J. lui rétorquait souvent dans un sourire que s’il ne le laissait pas tranquille, il s’en irait jouer pour Stevens. De son côté, Stevens avait à plusieurs reprises promis une place à R.J. sur le campus de Butler auprès de sa mère, Amy Hunter, si jamais le prospect finissait par ne plus supporter son père.

« Comme tout le monde ici, je savais qu’il allait finir par jouer sous les ordres de son père, » se souvient Stevens.

Un an après que son père fut nommé pour entraîner Georgia State, R.J. y posa à son tour ses bagages. Trois saisons plus tard, c’est en qualité de meilleur scoreur de tous les temps de l’université qu’il tourne une page de sa jeune carrière de basketteur.

Et c’est juste après avoir gravé un souvenir indélébile dans les mémoires des américains lors du dernier tournoi NCAA que cette page se tourne. Alors qu’il ne restait plus que 2,6 secondes à jouer dans la compétition pour des Panthers de Georgia State (classés 14e) promis à l’enfer des Bears de Baylor (classés 3e), la toute nouvelle recrue des Celtics rentra un tir des plus lointains qu’il soit pour coiffer sur le poteau l’équipe texane et s’imposer 57-56.

Ron Hunter s’était déchiré le tendon d’Achille une semaine plus tôt en fêtant le titre de champion de la Sun Belt Conference remporté par ses joueurs, et coachait donc assis sur un tabouret avec sa jambe dans le plâtre. Alors que la balle traversait le filet, Ron tomba au parquet avec une telle force qu’il semblait parti pour traverser le sol. Il se releva du mieux qu’il put après avoir chuté, exultant au possible avant de culbuter dans un touchant moment de sincérité et d’euphorie.

« Nos vies ont changé depuis qu’il a rentré ce tir, » avance Ron Hunter. « C’est incroyable, ça a changé la vision que les gens ont de cette fac. C’est une bénédiction. »

Mais à l’inverse de nombre de stars issus d’équipes peu cotées, qui ne connaissent qu’un seul quart d’heure de gloire, il était évident que l’attention n’allait plus se détourner de Hunter. Il était considéré par nombre d’observateurs comme un premier tour de draft, et c’est avec dévouement qu’il se tourna vers le processus d’avant-draft.

Parallèlement, ce processus embarqua Hunter père dans une situation légèrement gênante. Quasiment toutes les équipes cherchant à dresser le profil d’une de leurs cibles potentielles appellent l’entraîneur de la fac dont cette cible provient. Mais rares sont les fois où l’entraîneur de ladite cible en est également le père.

« Imaginez qu’on vous appelle au sujet de votre fils. Franchement, qu’est-ce qu’ils pensaient que j’allais répondre ? » confesse Ron en riant. « C’était assez bizarre à faire. »

Fort heureusement, Ron fit tout ce qu’il y avait de mieux à faire pour son fils et le laissa gérer son accession vers le monde professionnel tout seul. Il ne se rendit pas au Combine de Chicago, n’accompagna pas son fils aux tests d’avant-draft privés demandés par les équipes. Et à mesure que le processus avançait, Ron identifia trois équipes qui feraient selon lui une équipe idéale pour son fils. L’une d’entre elles n’était autre que les Celtics.

Cependant, du côté de Boston, nul besoin de faire passer des tests au jeune natif de l’Ohio. C’était inutile pour des questions de proximité avec Stevens, selon le père du nouveau numéro 28 de la franchise aux 17 titres.

« En tant que père, mais aussi en tant qu’entraîneur, rien ne pourrait me réjouir plus que de le voir partir pour jouer avec Brad, » admet Ron. « Combien peuvent se targuer d’avoir vu leur fils être drafté par un ami ? »

« Je vais jouer pour Brad. La boucle est bouclée, » constate quant à lui R.J.

Tout à fait bouclée ? Oui et non. Bien que la soirée du 25 juin 2015 restera comme un fabuleux souvenir aux yeux de la famille Hunter, Ron confie toutefois que R.J. a légèrement mal vécu d’être snobé par autant d’équipes au premier tour. Ces choix constituent d’ores et déjà une source de motivation pour lui.

« Papa, écoute-moi bien : je serai dans l’équipe All-Rookie, » affirmait-il dès le lendemain matin à son père.

L’après-midi de ce même jour, Ron envoya un SMS à son fils pour lui proposer de fêter ça autour d’un bon repas. R.J. déclina l’invitation, arguant qu’il était déjà de retour au gymnase, à travailler sur son tir.

« C’est R.J., » résume son père. « C’est tout ce qu’il aime. »

Traduction de l’article du Boston Globe « Celtics coach Brad Stevens knows all about R.J. Hunter » par Léo Hurlin

2 Comments on “Stevens met enfin le grappin sur R.J. Hunter”

  1. Jolie histoire !

    Hunter à toi de jouer maintenant et tout faire pour faire partie de l'équipe All Rookie

  2. Intéréssant de regarder ses vidéos de scouting. Son shoot est tellement pur, c'est impressionant. Un peu à la Curry ou Kevin Martin. Vu la vitesse d'éxécution il peut devenir terrible en catch&shoot.

    pour ceux que ça intéresse, à partir de 3:30 : https://youtu.be/e7gRSXs6xK0?t=207

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