La main verte

Comme à l’été 2014 avec Rajon Rondo, les Celtics ont fait chou blanc ou presque cet été. Les tentatives de trade-up afin d’atteindre un ailier le soir de la draft ont été vaines, Mario Hezonja atterrissant finalement au Magic avec le pick #5, Stanley Johnson aux Pistons en huitième position et enfin Justise Winslow au Heat en #10.

Rien n’est servi sur un plateau d’argent à ces Celtics. Et c’est en définitive peut-être la meilleure chose qui puisse leur arriver.

Ce premier juillet 2015, tandis que les LaMarcus Aldridge et les DeAndre Jordan, ces quelques free agents capables de changer une équipe recevaient des appels des Spurs, des Mavericks et des Clippers, les Celtics ouvraient les portes de leur mini-camp de préparation en vue de la Summer League. Pour eux, les deux tournois de Salt Lake City et de Las Vegas représentaient un premier pas vers la saison NBA 2015-16. En effet, environ une demi-douzaine de joueurs de leur équipe de SL pourraient se retrouver à porter le vrai maillot des Celtics dans les mois à venir. C’est donc avec un sens des priorités en adéquation avec ces circonstances qu’ils ont débuté leur préparation.

« Ils sont formés sur le tas, » reconnaît l’assistant coach des Celtics Micah Shrewsberry qui, avec son collègue Jay Larranaga, a été amené à coacher cet effectif estival. « On les guide à travers nos façons de faire, comme on le ferait en pleine saison. Il y a beaucoup de choses que nous reproduisons à l’identique d’ailleurs, de telle sorte qu’à l’automne prochain, quand tout s’enchaînera, ils ne soient pas à nouveau en phase de découverte. On leur développe nos schémas offensifs, la façon dont nous organisons les voyages, nos repas d’équipe… Nous faisons tout cela maintenant afin de bien les préparer à ce qui les attend cette saison. »

Le but ultime est bien sûr de rejouer le titre aussi vite que possible. Mais le processus ne doit pas pour autant être précipité. Au moment de faire les échanges de 2007 et de ramener à Boston Ray Allen et Kevin Garnett, Danny Ainge avait passé quatre ans à empiler ses atouts. Cet été, il vient tout juste de tourner la deuxième page de ce nouveau projet de reconstruction. Ses jeunes joueurs n’ont pas encore conscience de leur potentiel sur le parquet ou au sein de la ligue. C’est donc avec patience que l’équipe investit dans leur développement.

Stevens façonne ses joueurs

L’embauche de Brad Stevens comme coach des Celtics n’a jamais semblé aussi logique qu’aujourd’hui. En tout juste deux ans depuis son départ de Butler, il a créé sa propre marque de fabrique au sein de la ligue. Son modèle relationnel avec les joueurs, basé sur un savant mélange de sincérité et de confiance, n’est en effet pas la norme en NBA. En partant de zéro, c’est à sa façon qu’il remodèle les Celtics.

« Je me sens bien ici, » confiait Stevens durant la Summer League de Las Vegas. « Je me sens bien dans cette équipe, de par ce que représente ce maillot, la façon dont on fait les choses, la façon dont on travaille entre membres de cette organisation, la façon dont on supporte cette équipe et la façon dont on joue. Dans l’immédiat, ce qui compte pour moi, ce n’est pas que nous ayons du succès. C’est tout le reste, toutes ces petites choses. »

L’équipe ne voulait pas et ne s’attendait pas à garder ses quatre choix de drafts en juin dernier. Et pourtant, trois d’entre eux devraient faire partie de la rotation l’an prochain. Leurs noms ? Terry Rozier, meneur explosif drafté en 16e position, R.J. Hunter, le sniper drafté 28e, et Jordan Mickey, la machine à contrer choisie à la 33e place. Enfin, Marcus Thornton, le 45e choix entrevu en Summer League, a signé en Australie et pourrait revenir dans la maison-mère à la fin de sa saison.

Et c’est donc six jours seulement après la draft qu’on a pu retrouver ces joueurs au gymnase, sur le classieux parquet de Waltham, au milieu des dix-sept bannières fièrement affichées aux murs.

« Jay a pris les choses en main aux entraînements et a fait du très bon travail, » se souvient Shrewsberry. « Nous avions planifié la façon dont nous voulions leur présenter les choses, tout en sachant qu’ils allaient être débordés par toutes ces nouveautés. Donc nous avons choisi de commencer par le côté défensif. »

Ainge développe :

« Ils ont dû se familiariser avec notre vocabulaire et nos schémas défensifs, car c’est la partie la plus complexe lorsqu’on fait le saut de la fac à la NBA. On a dû s’assurer qu’ils étaient capables de tenir leurs rôles en défense, et donc d’avoir leur chance. Ici, on ne foule pas le parquet si on n’est pas capable de défendre. Donc nous avons passé pas mal de temps sur notre approche de la défense. Avec le temps, petit à petit, ils se sentiront plus à l’aise en attaque. »

La potentielle future identité de l’équipe commence déjà à prendre forme, puisque Rozier rejoint Marcus Smart et Avery Bradley pour former un trio d’arrières à vocation défensive plus qu’offensive.

« Nous avons choisi le meilleur joueur disponible, » se justifie Ainge de son choix inattendu concernant Rozier. « J’adore ce genre de gars durs au mal et avec une grosse défense. On a besoin de ce genre de gars, capables de contenir des Curry, Irving et Harden pour gagner des matchs de playoffs, car il y a beaucoup de grands joueurs offensifs. Nos trois gars sont vraiment bons en défense et, selon moi, leur niveau offensif progresse. »

Il envisage que Rozier et Smart partagent le backcourt, comme lui-même le faisait avec Dennis Johnson dans les années 1980.

« Je nous vois même possiblement jouer avec trois gars capables de manier la balle et de guider l’attaque », explique Ainge en comptant la polyvalence d’Evan Turner. À l’époque, si on se retrouvait avec un gros défenseur sur DJ et qu’il lui donnait du fil à retordre, on empruntait d’autres rampes de lancement pour mettre nos systèmes en place. J’avais beau être plus meneur que lui, je me retrouvais à jouer 2 sur beaucoup de possessions selon les matchups. »

Avant de débuter les entraînements collectifs, l’équipe a choisi de diviser les joueurs en groupe de deux ou trois pour une quinzaine de minutes.

« On a essayé de tout décomposer, » raconte Shrewsberry, « afin de pouvoir arrêter une phase et leur expliquer. Ça nous évite de devoir interrompre la session collective derrière, et donc de rallonger l’entraînement. Faire ça avant ou après, pendant quelques minutes, ça nous a bien aidés. »

D’autres jeunes joueurs de cette équipe, notamment Bradley, Smart, Jared Sullinger, Kelly Olynyk et Tyler Zeller, sont également venus s’entraîner dans les installations de la franchise. Et lorsqu’ils sont repartis dans leur région, les coachs de l’équipe sont allés les voir et les ont fait travailler.

« Au sein du staff, on fonctionne beaucoup sur des programmes individuels, pour chaque joueur. On les fait bosser sur ce qu’ils souhaitent développer, dans l’optique de tous les rendre meilleurs individuellement, » précise Stevens. « Ils s’améliorent tous et développent un sentiment de maîtrise. Quand on les a avec nous, je veux qu’ils sentent qu’on investit tout ce qu’on a en eux, que ce soit moi, les préparateurs physiques, Danny et son staff, tout le monde. »

À la veille d’un entraînement privé avec Stevens, chose dont peu de ses proches dans les autres équipes bénéficient, Smart témoigne :

« Il n’y a rien de sorcier là-dedans. Tout ça ne tient qu’à nous, mais on sent tous qu’il y a quelqu’un derrière nous qui croit en nous, qui veut nous voir réussir. Ça donne un petit surplus de motivation. »

Isaiah Thomas, Amir Johnson, Jonas Jerebko (et bientôt David Lee) sont actuellement les seuls Celtics de plus de 25 ans. Stevens a beau rêver d’une équipe capable de jouer le titre immédiatement, il apprécie également le processus actuel et la création par les petites choses d’une culture d’équipe victorieuse.

« Il y a beaucoup de bons coachs qui ont tous leur méthode, » observe-t-il. Lui est un homme de terrain. « C’est important de se rendre au gymnase et de mouiller le maillot. Ça leur montre qu’on va les suivre de près. »

La pépinière Celte

Abreuvé de mises en gardes sur le lien ténu entre le business et les risques liés à la réalité du jeu, c’est avec grande surprise que Hunter a découvert la vie à la Celtics au cours des premières semaines.

« Ils passent leur vie au gymnase, » confesse-t-il au sujet des coachs et de tous les gens qui travaillent derrière. « Lorsqu’on arrive tôt, ils sont tous déjà là. On sent leur passion pour ce sport, et je pense que ça nous aide, les plus jeunes, car tout va très vite. »

Ainsi, les entraînements et les trois matchs joués dans l’Utah (pour un bilan de 1-2) les ont aidés à gagner leurs quatre premiers matchs à Las Vegas. Et, avec le forfait de Smart pour le quart de finale contre San Antonio, Hunter et Rozier ont combiné sept points d’affilée dans la dernière minute de ce match, permettant de remettre les deux équipes à égalité avec deux secondes et demie.

La suite est cruelle, puisque l’entraîneuse des Spurs Becky Hammon a sorti de son chapeau un système permettant à Shannon Scott de marquer au buzzer. Les Spurs ont continué leur chemin jusqu’au titre de champions du tournoi, tandis que les jeunes Celtics tournaient leur regard sur les deux mois d’entraînement qui les attendent jusqu’au prochain match. Ce sera de la présaison, contre des joueurs aguerris aux joutes de la NBA.

« La seule constante dans tout ça, c’est le développement. Peu importe la situation dans laquelle on se trouve, » conclut Ainge. « Parfois, les opportunités de transfert se présentent, mais avant que ça ne soit le cas, avant que ça ne soit le bon moment, le développement des joueurs est le chemin obligatoire. On drafte, on fait nos affaires via les transferts et la free agency, et on développe tout ça. Je ne vois pas comment réussir sans cette formule. »

Quand est-ce que ce « bon moment » arrivera ? Rien ne sert de chercher à le prédire, surtout avec autant de pain sur la planche.

Traduction de l’article de NBA.com « Celtics building franchise using old school values » par Léo Hurlin et Baptiste Godreau

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