Avery Bradley est-il capable de franchir un cap ?

Stephen Curry, DeMarcus Cousins, Paul George, Kevin Durant, Damian Lillard, James Harden, Russell Westbrook, Blake Griffin, Anthony Davis et C.J McCollum. Voici, dans l’ordre, les meilleurs scoreurs de la ligue sur les douze premières minutes d’une rencontre.

Juste derrière eux se trouve un intrus : Avery Bradley. En effet, derrière cette succession de All-Stars (ou presque), l’arrière titulaire des Celtics vient s’incruster avec un total de 6,2 points inscrits par premier quart-temps, juste devant d’autres superstars telles que Carmelo Anthony ou Klay Thompson. Comment expliquer le fait que Bradley soit aussi efficace en début de match, puis qu’il disparaisse progressivement au fur et à mesure de l’avancement de la rencontre ? C’est ce à quoi nous allons tenter de répondre.

Attardons nous quelque peu sur les statistiques. En effet, comme énoncé précédemment, Bradley inscrit en moyenne 6,2 points par premier quart-temps. En comparaison, il n’en met que 1,9 dans le second, 4,5 dans le troisième et enfin 3,2 dans le dernier. En terme de volume de tirs, Avery prend 22,1% des tirs des Celtics dans le premier quart, puis respectivement 9,3% ; 17,1% et enfin 11,8%.

Dans le premier quart, on assiste généralement à un spectacle assez surprenant dont Bradley est l’acteur vedette. Le scénario est peu ou prou identique : les Celtics démarrent par une ou plusieurs pertes de balles mais s’ils parviennent à un système construit entre ces pertes de balles, celui-ci est conclu la majeure partie du temps par un tir d’Avery Bradley, soit à mi-distance soit à trois points, après un dribble ou en catch-and-shoot.

Si ce premier système n’est pas pour lui, il est certain qu’il arrivera malgré tout à prendre un tir dans les premières minutes du match. Le mot « arriver » n’est pas anodin, en effet sa sélection de tirs en début de match est souvent médiocre. Ci-dessous, il bénéficie d’un écran de David Lee et tire juste derrière celui-ci, dans une position compliquée en sortie de dribble. Peu importe, il inscrit le tir avec la faute d’Andrew Wiggins.

 

Autre exemple face aux Warriors il y a quelques semaines. Déterminé comme jamais, Bradley prend ses responsabilités dans le premier quart-temps : tirs en première intention en transition ou après un rebond offensif, tir après dribble… il leur fait tout. Après avoir marqué 15 points dans les 12 premières minutes, il n’en marquera que quatre dans les 36 suivantes.

Enfin, dernier exemple plus récent face aux Knicks. Un peu plus de deux minutes se sont écoulées depuis le début de la rencontre et Bradley n’a pas encore pris de tir. Il réceptionne donc la balle derrière l’arc, bénéficie d’un écran d’Amir Johnson dont il ne se sert quasiment pas avant de s’arrêter, dribbler sur place et prendre un long tir à deux points contesté alors qu’il reste 17 secondes sur la possession. Ceci est clairement un mauvais tir, et pourtant…

 

Cette saison, on pourrait sortir des dizaines d’exemples comme ceux ci-dessus en vidéo.

Pourtant, malgré sa sélection de tirs, Bradley présente d’excellents pourcentages sur les douze premières minutes de ses matchs : 48,6% au tir et 44,8% à trois points. De façon assez inexplicable, Bradley a un comportement dans le premier quart-temps qui est totalement différent de ce qu’il produit ensuite. Dès les premiers instants, on le voit hyperactif, propre dans ses courses en sortie d’écran et prêt à dégainer à tout moment. Que ça soit en sortie de dribble ou en catch-and-shoot derrière des écrans, il cherche à se mettre en confiance directement, comme le ferait n’importe quelle superstar citée plus haut, celles qui inscrivent 25 points par rencontre et qui ont besoin des premiers tirs pour établir leur rythme.

Ce qui reste incompréhensible, c’est la raison pour laquelle Bradley prend ces tirs compliqués en début de match si c’est pour rester muet durant la suite de la rencontre ? Pourquoi ne maintient-il pas ce niveau et cette volonté de scorer durant la partie entière ? Qu’est-ce qui justifie que face aux Knicks dimanche soir par exemple, il parvienne à inscrire six points dans le premier quart-temps avant de ne plus prendre un seul tir de la rencontre ? On va tenter de trouver des réponses, mais il est clair qu’on ne pourra pas tirer de conclusion certaine. On ne peut que supposer des choses et nous vous invitons à en débattre avec nous si vous voyez d’autres explications envisageables.

Tout d’abord, il faut se reporter au rôle qui est confié à Avery Bradley par Brad Stevens. Chaque soir, sa mission première est de stopper le meilleur arrière adverse, pas de scorer. On lui demande d’être à 120% en défense puisque sans véritable rim protector, les Celtics ont besoin de pouvoir compter sur un pitbull comme lui en défense. Bradley doit donc avant tout se concentrer sur son intensité défensive, et ce d’autant plus lorsque Marcus Smart est en convalescence puisqu’il doit alors défendre pour deux (ou presque). Il est donc surprenant de le voir prendre autant de tirs dans le premier quart-temps (et dans une moindre mesure au retour des vestiaires dans le troisième quart-temps) sachant que son rôle est avant tout défensif et que l’on attend de lui « simplement » un apport en défense et de l’adresse à trois points de l’autre côté du terrain.

Dans un premier temps, étant donné qu’il est un des leaders de cette équipe sur le plan offensif, on peut supputer qu’il cherche à mettre son équipe sur de bons rails et à se donner de la confiance, ainsi qu’à ses coéquipiers, en mettant les Celtics devant au score. Il doit alors considérer que Brad Stevens a besoin de lui et de son apport au scoring pour y parvenir.  Si c’est cela, il faut avouer que ça fonctionne bien puisque sur les sept derniers matchs, les Celtics ont remporté sept fois le premier quart (Bradley ayant tiré 5,6 fois en moyenne par premier quart-temps lors de ces sept matchs, en jouant 11,4 minutes sur les 12 (!).

11,4 minutes sur 12 lors des sept dernières rencontres, voilà également une raison valable d’expliquer l’influence d’Avery Bradley dans le premier quart-temps. Il est évident que Stevens fait de Bradley son élément essentiel pour lancer les Celtics dans leur match puisqu’en comparaison, Isaiah Thomas n’a passé « que » 8,6 minutes en moyenne sur le parquet, et Jae Crowder 8,1, durant la même période. Le temps de jeu de Bradley diminue ensuite, puisqu’il ne joue que 4,7 minutes dans le second quart, puis 11,5 dans le troisième (mais 3,3 tirs tentés seulement) et enfin 6,2 dans le quatrième. Si l’on enlève le critère des sept derniers matchs, le temps de jeu de Bradley sur les quatre quart-temps est réparti comme tel : 10 minutes puis 5,7 ; 10,2 et enfin 7,2. Il parait donc normal qu’il ait une emprise sur le jeu dans le premier quart-temps supérieure au reste du match mais ce qui reste anormal, c’est sa différence d’attitude.

Attardons-nous également sur la situation dans laquelle Avery Bradley prend ses tirs. En moyenne, 62,7% des paniers des Celtics sont assistés (= proviennent d’une passe décisive) mais ce pourcentage varie énormément selon les joueurs. Isaiah, par exemple, n’a que 44,7% de ses tirs convertis qui sont assistés, Evan Turner fait lui tomber ce pourcentage à 31,6% quand au contraire, 83,8% (!) des tirs de Jae Crowder sont assistés. Avery Bradley, lui, a 74% de ses paniers qui sont assistés, ce qui reste un chiffre élevé. Dans le premier quart-temps, Bradley a tendance à prendre beaucoup de « long twos », ces tirs lointains à deux points qu’il a largement réduit cette saison. Il profite généralement d’une cascade d’écran pour remonter en tête de raquette et prendre un tir comme ci-dessous lors du premier quart face aux Knicks et tous ces tirs-là sont assistés.

La productivité d’Avery dépend donc du système qui est dessiné par le meneur de jeu ou par Brad Stevens. Étant tout sauf un joueur d’isolation, Il a besoin qu’on dessine des systèmes pour lui et c’est dans le premier quart-temps que la majeure partie de ces systèmes lui sont destinés. Sa relative absence de l’attaque des Celtics dans les quatrièmes quart-temps peut donc possiblement être expliquée par le fait qu’on ne cherche pas à lui mettre le ballon dans les mains dans ces moments-là. En cas de situation tendue, c’est plutôt vers Isaiah Thomas, Evan Turner ou Jae Crowder que va se tourner Brad Stevens.

 

Tout cela nous amène à nous questionner sur le futur d’Avery Bradley. Est-il capable de franchir le pas qu’ont franchi certains joueurs à profil défensif tels que Kawhi Leonard ou Jimmy Butler ? Il est évident qu’on ne peut comparer ces joueurs puisque c’est certain que les deux derniers cités n’ont pas les mêmes capacités que Bradley. Cependant, le rôle qui leur a été confié au début de leurs carrières respectives est sensiblement le même : être un lockdown defender, celui dont le but est d’éteindre son adversaire direct.

Aujourd’hui, force est de constater que Bradley a des limites en attaque, notamment dans son dribble et à la création (bien qu’il ait fait des progrès énormes cet été notamment) qui font qu’il ne semble pas en mesure de franchir le cap qu’ont passé d’autres joueurs. Ne faut-il donc pas se contenter de ce qu’il produit actuellement et de sa capacité à bien lancer les Celtics chaque soir avant de se concentrer sur son rôle défensif en se disant qu’il restera un joueur avec un ADN défensif avant tout dont l’apport au scoring ne sera que simple bonus ?

En tous cas, loin de nous l’idée de remettre en cause le niveau d’Avery Bradley cette saison, puisque l’arrière est sûrement à son plus haut niveau depuis son arrivée dans la ligue et que la qualité de jeu qu’il propose nous plait grandement. Durant l’absence de Smart, il a même largement permis aux Celtics de se maintenir à flot en prenant de plus grandes responsabilités aussi bien offensivement que défensivement (34,2 minutes en moyenne durant la blessure de Smart, 27,5 minutes avant qu’il ne se blesse).

Cependant, il est parfois frustrant de le voir afficher un niveau et une intensité dignes d’un All-Star durant les 12 premières minutes d’une rencontre, puis de le voir disparaitre peu à peu de l’attaque Celte. S’il parvenait à prendre plus de responsabilités durant la suite de ses rencontres, il est évident que les Celtics seraient une équipe d’un niveau encore supérieur à celui affiché actuellement. Mais peut-être en demandons-nous trop ? N’est-ce pas plutôt encourageant de le voir capable de propulser les Celtics sur de bons rails dans le premier quart-temps ? À vous de nous donner votre avis sur la question.

Article rédigé par Baptiste Godreau, merci à Amir de CavsFR (et sur debats-sports ici) pour sa précieuse aide.

2 Comments on “Avery Bradley est-il capable de franchir un cap ?”

  1. Très bon article !
    Je n'avais jamais remarqué niveau statistique qu'il avait cette répartition. Mais c'est vrai que je me rappel avoir vu Bradley prendre les choses en main en début de match et que je me demandais où il était passé en fin de match dans les moments difficiles.
    J'ai un petit avis pour ma part et des idées ont déjà été mentionnés dans l'article, les systèmes y sont pour beaucoup mais également Isaiah Thomas qui est devenu un peu plus meneur de jeu en mettant des systèmes en place pour les autres et non que pour ses isolations (ce qui faisait beaucoup trop d'ailleurs).
    Et ensuite les joueurs avec lesquelles il est associé est pour moi un autre facteur de sa répartition sur les quart-temps. Puisque si je me rappel bien des statistiques énoncées plus haut, il prend ses tirs en premier et troisième quart-temps et donc à ce moment la, il est avec le 5 majeur.
    Dans les autres, il est associé avec des joueurs de rotation où il se retrouve avec des joueurs comme Olynyk, Jerebko ou autres qui sont des joueurs sur lesquels il ne peut pas vraiment compter avoir des écrans pour ses tirs. Même parfois Turner sur le parquet avec Isaiah associés ensemble et le plus souvent les systèmes sont plus pour leurs jeux de créateur. Je raconte peux-être des bêtises je n'ai pas les statistiques mais c'est mon ressenti.

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