Complétez ce proverbe : abondance de biens…

Au cours de ces dernières années, Danny Ainge a acquis de manière impressionnante des joueurs de talent et accumulé des tours de draft. Les Nets, qu’il a plumé dans le transfert de Paul Pierce et Kevin Garnett, en savent quelque chose. Ses combines qui lui ont permis de faire venir Isaiah Thomas et Tyler Zeller contre du cap space parlent pour lui : Ainge a mis la barre haute en termes d’accumulation d’atouts.

Cependant, nombre d’entre nous commencent à voir naître des inconvénients à cette stratégie. En effet, un roster NBA ne peut être composé que de 15 joueurs maximum, et il y a une répartition du temps de jeu à gérer derrière. Si l’on prend en compte le fait que ce stock d’atouts est (ou sera, tôt ou tard) une liste de joueurs NBA, on finit par trouver cette liste dressée par le GM des Celtics finalement pas si reluisante. Certains points noirs apparaissent déjà, puisque certains joueurs qui mériteraient d’être dans la rotation cirent le banc tandis que les rotations de Brad Stevens commencent à peine à s’établir de manière claire et qu’on ne donne pas leur chance aux rookies.

Mais quelle importance faut-il accorder à ces petits couacs, si l’on prend un peu de recul sur l’intégralité du projet ? La stratégie de Ainge peut-elle vraiment nuire à l’équipe ? Le staff de celticsblog.com, l’une de nos plus grandes références, en a débattu.

Wes Howard : Je pense que ce dont il faut avant tout parler, c’est du développement des rookies. L’autre soir, nous étions tous aux premières loges pour assister à la montée en puissance de Kristaps Porzingis. Exactement comme Kevin O’Connor l’avait prédit, ce gamin a du talent plein les mains et il est déjà en train de devenir une star NBA. Cela dit, durant le match, je n’ai pas cessé de m’interroger sur la valeur de l’opportunité qu’il recevait. À quel point sa réussite est-elle liée au fait qu’il joue pour les Knicks ? Il a démarré tous les matchs qu’il a joué et tout a été fait pour qu’il puisse avoir ce niveau. Pensez-vous qu’il aurait eu le même impact chez nous, si nous avions pu aller le chercher si haut au soir de la draft ? Il se serait retrouvé au milieu d’une raquette très chargée, et je doute qu’il aurait eu les mêmes opportunités qu’à New York. Je conçois tout à fait qu’on attende d’un joueur qu’il prouve des choses à l’entraînement avant qu’on ne lui donne du temps de jeu, mais je trouve que cette vision des choses est plus légitime à la fac : il y a beaucoup plus d’entraînements et bien moins de matchs à disputer. Peut-on dire que les Celtics sont devenus une franchise où l’ascension d’une jeune star pourrait être réfrénée ? Peut-on imaginer que ce scénario se produirait dans le cas où l’équipe mettrait le grappin sur un diamant brut ?

Jeff Clark : Je pense que si Porzingis excelle, c’est en partie parce qu’on lui en donne l’occasion, mais il ne faut pas oublier qu’il a clairement le talent d’un lottery pick. À Boston, à part Marcus Smart (qui excelle en défense, tout du moins), il n’y a tout simplement pas de joueur qui a été choisi aussi haut. Alors bien sûr, on a vu des joueurs choisis bien plus bas – même au second tour – devenir des stars, mais ça demande autant de chance que de jouer à l’Euromillions. Ainge a fait tout son possible pour grimper de quelques spots à la dernière draft, mais en vain. Clairement, son problème est qu’il a trop d’atouts de bonne valeur, mais pas d’excellents. Et qu’un échange, ça se monte à deux. D’un point de vue purement qualitatif, il n’y a aucun intérêt à faire un deal dans lequel la valeur de l’atout en question n’est pas optimisée, mais je pense voir où tu veux en venir : la situation fait que la valeur globale de tous les biens de Ainge est diminuée. Et il est donc vrai qu’à un moment, la question se pose de savoir s’il faut ou non fusionner en quelque sorte ces biens, quitte à perdre un peu de leur valeur individuelle. Pour dire ça de façon plus claire, est-ce valable en termes de flexibilité future de monter un échange à deux ou trois joueurs contre un, quitte à ne pas avancer de pion tout de suite ?

Bill Sy : C’est une conversation que j’ai pu lire des dizaines de fois et sous toutes les formes dans les commentaires du blog ou sur le forum de celticsblog. Quand j’y repense, je me dis toujours ceci : « Les Knicks étaient mauvais. Vraiment mauvais. OK, Porzingis a du talent, mais c’est le fruit d’un arbre qui a pourri durant une bonne partie de la décennie passée. Je n’envierai jamais les Knicks. » Alors comme ça, Ainge a trop de valets et de dames, mais pas assez de rois ou d’as ? En quoi est-ce un problème ? Se lancer dans un trade de recyclage des atouts ? Sérieusement, ne me la faites pas à moi. Avec 15 joueurs dans ton roster, tu finiras toujours par t’arracher les cheveux pour distribuer les minutes, et peu importe sur quel joueur tu jetteras ton dévolu, il réclamera forcément du temps de jeu. Danny a fait un travail fantastique pour donner autant d’opportunités à la franchise, et le tout en seulement deux ans. Mieux encore, il a bâti une équipe soudée. Aucun joueur n’est frustré, aucun joueur ne réclame son transfert. Alors oui, on perd des matchs. Mais si l’on se penche en détail sur ces défaites, vous savez aussi bien que moi que l’équipe n’était pas à la rue sur chacune d’entre elles. On a tous les outils nécessaires pour nous ajuster après ces défaites. Ce n’est qu’une mauvaise passe dont nous nous sortirons. Et si l’on relève la tête, on peut apercevoir un gisement pétrolier dans lequel on n’a même pas encore commencé à puiser. Et ce gisement ne va cesser de prendre de l’ampleur au cours des trois prochaines années.

Sean Penney : Ainge a abattu un travail formidable pour assembler toute sa collection d’atouts dans l’espoir d’accélérer cette reconstruction. Sur le papier, son plan est solide, c’est même une partition qu’il nous interprète là, sans la moindre faute. Mais tous les plans ont besoin d’un petit coup de pouce du destin pour se réaliser. Le trade avec les Nets, c’est un braquage monstrueux, mais il faut encore que les boules de la lottery nous soient clémentes pour que l’un des picks obtenus puisse éventuellement faire venir la future pierre angulaire de l’équipe. Si jamais une star se retrouve sur le marché, Boston n’a rien à envier aux autres équipes au moment de proposer un package en échange, mais voilà, il faut que l’équipe d’en face ait envie de faire ce trade. Et même si de nombreux analystes s’accordent à dire que les Celtics sont prêts à vider leurs poches comme au soir de la dernière draft, ça ne veut pas forcément dire que le GM d’en face mordra à l’hameçon. « Trader Danny » a fait tout son possible, il est prêt pour faire un échange, mais ce n’est pas de sa faute si les GM (ou propriétaires, n’est-ce-pas Michael Jordan ?) refusent ses offres, aussi aberrant que cela puisse paraître.

Jeff Clark : Peut-être faut-il que je m’explique mieux sur mon idée de ne pas avancer de pion tout de suite. Si l’équipe n’est pas capable de faire venir une star qui vaille la peine de faire tapis, personnellement, je ne veux pas que l’on reste les bras croisés avec ce roster qui ressemble à un métro blindé. Je pense qu’on risque vraiment de ralentir la progression de certains joueurs et, de manière globale, de voir la valeur de nos atouts diminuer. Pour changer, n’évoquons pas de noms mais reprenons plutôt mon analogie des euros et des centimes. Nous, ce qu’on veut, c’est un euro. Et pour ça, on est prêt à donner cinq pièces de 20 centimes. Mais personne n’a envie de se séparer de son euro. Moi, ce que j’en pense, c’est qu’on pourrait échanger une pièce de dix centimes et deux de cinq contre une pièce de 20. En termes de valeur, on ne perdrait rien. Mieux encore, les pièces rouges qui restent pourraient à leur tour nous permettre d’avoir des pièces de 20 centimes.

Kevin O’Connor : Je rebondis sur ce dernier point : avec la tonne de picks qui va arriver, ces centimes, nous les aurons de toute façon. Donc oui, on doit en faire quelque chose, les assembler.

Wes Howard : C’est très bien vu, Jeff. Je trouve que c’est quelque chose qu’on a tendance à oublier dans ce genre de conversations. Bien sûr, on ne va pas faire de transferts juste pour dire qu’on en a fait. Mais comme le dit Kevin, nous allons encore avoir un paquet de choix de draft cette année. Huit, si je ne me trompe pas. Et on fait trop souvent l’erreur d’oublier que même si on peut récupérer beaucoup de pièces, on ne peut pas en mettre plus de 15 à la fois dans notre poche.

Bill Sy : Je comprends tout à fait, mais c’est là où il faut être patient. L’équipe a investi, et il faut laisser cet investissement fructifier. Là, on parle de pièces de 20 centimes, mais ce seront peut-être des pièces d’un euro plus tard. On a à peine vu jouer nos rookies 2015, et on commence à peine à voir Kelly Olynyk et Smart avoir un vrai temps de jeu. Historiquement, on n’a pas souvent vu une équipe bâtie avec succès sur ce genre de fusion d’atouts (excepté pour l’équipe de 2007-08). Les reconstructions demandent du temps. Il faut drafter et faire venir des joueurs avec un style de jeu bien en tête. Maintenant, dites-moi, voyez-vous une seule superstar ou même une star disponible ET – chose importante – qui correspondrait à ce que l’on met en place ?

Wes Howard : C’est vrai, mais a-t-on déjà vu beaucoup de reconstructions se mettre en oeuvre avec autant de bons joueurs que la nôtre ? Certes, il est important de développer nos jeunes et de voir comment ils mûrissent, et il est nécessaire de se doter de joueurs qui collent à l’identité de l’équipe. Mais si on n’arrive pas à faire un de ces transferts de type 1+1=1, qu’allons-nous faire ? Nous débarrasser des joueurs en fin de contrat juste pour faire de la place à tous nos rookies à venir ?

Bill Sy : Quels contrats expirants veux-tu conserver ? Si l’on parle de consolider nos atouts, je préfèrerais largement voir Ainge assembler les picks et monter de quelques places dans l’ordre de la draft, ou encore les échanger contre des choix aux échéances plus lointaines.

Tim MacLean : L’une de mes plus grandes questions, c’est de savoir si les GM sont partants pour discuter affaires avec Danny. Il a un palmarès de GM qu’il a pigeonnés, et il n’y est pour rien après tout, mais je me demande si les front offices rivaux ne réfléchissent pas à deux fois avant de traiter avec lui. En voyant les offres qu’il leur fait, ils doivent se dire : « Qu’est-ce que je loupe, là ? Est-ce que ça ne va pas me retomber dessus tôt ou tard ? » Peut-être qu’au lieu de conclure un deal, les GM se disent : « Que dalle, je vais me trouver un autre deal, Danny ne me roulera pas dans la farine. » Je le redis, ce n’est pas de sa faute s’il est si bon en négociations, mais ça m’inquiète d’imaginer que les GM de cette ligue puissent être sur leurs gardes lorsqu’ils discutent avec lui, car ça affecte nos chances de faire quelque chose de tous ces atouts.

Bill Sy : Je pense qu’il y a un paquet de GM qui aimeraient bien se payer la tête du grand Danny Ainge, oui.

Jeff Clark : Je crois qu’on exagère peut-être un peu le palmarès de Ainge vis-à-vis de ses concurrents. On sait tous que Billy King a été poussé à faire le transfert de Pierce et Garnett. Quant aux Cavs, ils avaient besoin de cap space pour faire revenir LeBron James donc bon, ça ne devait pas trop les déranger de nous refiler Zeller. Les Suns se sont certainement trop affolés à la trade deadline de l’année dernière en mettant Thomas sur le marché. Chaque transfert a son contexte et deux lectures possibles, une pour chaque équipe. Ainge a démontré qu’il savait tirer profit des situations qui se présentaient à lui, mais il faut tout de même que les planètes soient alignées pour que ces opportunités puissent se présenter. Ce qui nous ramène à la notion de chance. Je pensais y consacrer un article entier, mais je peux résumer ça assez facilement ici. Toutes les grandes équipes ont été construites au biais de moves intelligents et de chance. Nous avons effectué pas mal de moves intelligents, et maintenant c’est de la chance qu’il nous faut. Sur le marché des transferts, à la lottery, le soir de la draft, peu importe. Ce qu’il nous faut, c’est cette chance qui nous éblouissait lorsque Red Auerbach souriait.

Bill Sy : Je sais que ça sonne comme une maxime de biscuit chinois, mais je suis persuadé qu’il faut provoquer sa chance pour réussir dans la NBA. Et Ainge est expert en la matière. Il a peut-être dépouillé Billy King, mais il a également le mérite et la patience d’avoir vu et signé pour un deal en sachant que les Nets s’embarquaient dans une galère pendant trois années derrière. Il a eu cette même clairvoyance avec Dallas (équipe qui s’est surpassée sur cette première partie de saison) et Memphis (équipe qui devrait connaître un réel déclin d’ici 2018). On peut parler de Celtic Luck si l’on revient sur tout ce qu’a accompli Red pour bâtir les Celtics des années 1980, mais je pense que ça a tout à voir avec l’intuition et du travail de fond, du repérage. C’est un débat que j’ai avec des amis fans des Lakers, qui soutiennent mordicus que la chance y est pour beaucoup. Ils ont clairement eu de la chance que les boules de la lottery leur aient attribué le deuxième spot à la draft 2015, mais je pense que beaucoup sont les fans des Lakers qui préfèreraient avoir Jahlil Okafor ou Porzingis à l’heure actuelle. Ainge n’a pas eu autant de chance à la lottery, mais si l’on regarde les profils qu’il a choisi, on voit qu’il a privilégié des joueurs portés sur la défense ou très collectifs, pas nécessairement des stars potentielles.

Il y a un plan derrière tout cela. Ne le perdons pas de vue.

Traduction de l’article « Too much of a good thing? » de celticsblog par Léo Hurlin