Marcus Smart et la transcendance

« [Marcus Smart] va vraiment devenir quelqu’un dans cette ligue. Il n’a que 22 ans, imaginez où il sera dans quelques années. »

Isaiah Thomas était visiblement impressionné par la prestation de son coéquipier dans la victoire des Celtics 104-95 au Game 4 de leur série contre les Hawks. Ce dimanche au TD Garden, il était particulièrement facile de lui obéir, comme si tous les spectateurs avaient été aspirés par un trou de ver et transportés dans le futur pour un avoir un aperçu de l’immense potentiel de Marcus Smart.

Smart a été le meilleur marqueur de Boston dans le quatrième quart-temps et en prolongations, il a inscrit 20 points au total. Il a également encore élevé d’un cran le niveau de son impressionnante défense. « Donnez une mission à Marcus Smart, elle sera sûrement accomplie, quel que soit l’adversaire » ajoute Thomas. « C’est un sacré compétiteur. Il faut un paquet de gars comme lui pour gagner en playoffs. Son match était incroyable. »

L’année dernière, Brad Stevens disait que même si Kyle Korver n’inscrivait que 13 points par match, il fallait le traiter comme s’il en marquait 30 chaque soir, ou bien c’est ce qu’il ferait.

Le sniper des Hawks s’est joué de la défense des Celtics dès les premières minutes de la rencontre, et la première mission de Smart fut donc de l’éteindre.

« Tout le monde sait ce que Kyle peut faire et comment il le fait, il peut s’enflammer très rapidement et mon boulot c’était de lui mener la vie dure, de lui coller aux baskets, d’être physique et de rentrer dans son espace vital » raconte Smart.

Korver n’a pas tenté un seul tir en attaque placée quand Smart défendait sur lui. Il a bien fini à 1 sur 2 au tir contre Smart, mais l’un de ces tirs est intervenu en transition, contre une défense en train de se replier et l’autre alors que Smart effectuait une aide défensive.

Smart exécuta sa mission à la perfection, neutralisant Korver en se faufilant au travers des écrans avec puissance et finesse.

Les Hawks abandonnèrent même l’idée d’utiliser cette arme, se servant de leur arrière uniquement comme d’un appât pour éloigner Smart du jeu. Ils savaient que leurs tentatives resteraient vaines.

Mais il se révéla finalement nécessaire de changer la défense car Millsap était en train de sortir sa plus belle imitation de Mike Tyson en mettant KO tous les défenseurs envoyés sur lui. L’ailier-fort d’Atlanta affichait déjà 41 points au compteur au milieu du quatrième-quart quand Stevens donna sa nouvelle mission à Smart : défendre sur un triple All-Star auquel il rend 10cm et 12 kilos.

« Le coach a dit, ‘vous savez quoi, il faut qu’on essaye autre chose’. Il m’a regardé et m’a dit, ‘Marcus, tu t’en occupes’, c’est tout ce qu’il a dit. J’ai juste fait ‘Ok’ » explique Smart.

Voici l’intégralité des possessions défensives de Smart contre Millsap.

Millsap ne rentra qu’un tir sur cinq défendu par Smart. L’ailier-fort a l’avantage de taille, mais le meneur des Celtics est l’un des joueurs NBA les plus costauds à poids égal. Smart domina son adversaire physiquement pour l’éloigner de ses positions au poste bas, et réussit même à prendre les meilleurs positionnements au rebond.

Quand Stevens est interrogé sur sa décision, ses raisons semblent claires : « On était clairement en manque de candidats puisque tout le monde avait essayé de l’arrêter et qu’il avait inscrit 45 points. Marcus est un excellent défenseur, très fort, il est donc capable d’empêcher son joueur de recevoir la balle au poste. Il peut le défendre sur les drives, peut être pas autant au poste bas, mais il ne lui laisse pas avoir la balle tranquillement au poste bas. Il a également fait un super boulot au rebond. »

Smart est l’un des rares joueurs NBA capable de défendre sur les cinq postes, c’est pourquoi il peut défendre deux joueurs aussi différents que Korver et Millsap. Il a également défendu sur Thabo Sefolosha, Kent Bazemore, Dennis Schröder et Jeff Teague. Au total, les Hawks ont raté 10 tirs sur 12 et ont perdu deux ballons quand ils étaient défendus par Smart. Cette polyvalence fait de lui un joueur unique et il semble apprécier le fait qu’on ne puisse pas lui coller d’étiquette.

« Je suis un joueur de basket. Je ne me définis pas vraiment par rapport à une position. Je pense que ce qui m’a rendu si particulier dans mon apprentissage du basket. C’est difficile de définir mon poste et c’est difficile de savoir qui on va mettre sur moi à cause de ma polyvalence. Aussi fou que cela puisse paraître, j’ai défendu sur des joueurs de plus de 2m13 (le rookie des Knicks Kristaps Porzingis notamment) et d’autres trucs dans le genre. Aller défendre sur des intérieurs, puis s’occuper d’arrières c’est compliqué, mais je tire ma fierté de ma défense. Cette franchise le sait, mes coéquipiers le savent et le coach le sait. Ils me font confiance pour faire le travail. »

Confiance n’est pas un mot que l’on entend très souvent associé à Smart, même si on devrait. Ses entraîneurs en tous cas ont confiance en lui. Comme le dit Stevens : « Je pense que Marcus a fait un grand match, point barre. On en avait parlé avant. Marcus a ses hauts et ses bas, mais à ce niveau, avec son éthique de travail, son esprit de compétition, on peut vraiment être confiant sur le fait que de bonnes choses vont se produire. Alors on lui a fait confiance et il a vraiment assuré, des deux côtés du terrain, contre tous les adversaires qu’il a eu à affronter. »

Les esprits chagrins parlent de ses flops, de ses mauvais tirs, de son adresse déficiente et de ses mauvais choix et tout le positif est ignoré. Ses progrès en tant que passeur, ses fulgurances en attaque, ses tirs clutchs, ses rebonds et sa défense. Aucun joueur n’est parfait, surtout pas un sophomore de 22 ans. Son équipe le sait parfaitement.

« Son agressivité, son esprit de compétition, l’équipe en a besoin » explique Stevens. « Il y aura des moments où il prendra un tir, ou n’importe quelle autre décision, qu’il regrettera, mais il fait des choses positives qui vous mènent vers la victoire, qui vous donnent une chance de gagner. Sa polyvalence défensive est tout en haut de cette liste. »

Evan Turner non plus ne tarissait pas d’éloges après le match : « Il est incroyable. Quand il commencera à scorer et à mettre son jeu en place, ce sera vraiment un très excitant à voir jouer. Je pense que ce soir c’était le meilleur joueur sur le terrain. »

La définition de transcendant est : « Qui s’élève au-dessus du niveau moyen, qui excelle dans son domaine ». On peut sans risque dire que la démonstration défensive de Marcus Smart lors de la victoire de dimanche était aussi transcendante que possible. Il ne faudra pas longtemps avant que cela devienne une évidence de qualifier Smart de « meilleur joueur sur le terrain ».

Article traduit par Hugo Geindre de l’original « Marcus Smart put on a master class in defensive versatility during Celtics Game 4 win » par Kevin O’Connor pour Celticsblog. Relecture par Baptiste Godreau.