[Les Celtics et la draft] Épisode 1 : à travers les âges

Bob Cousy, Bill Russell, Larry Bird, Kevin McHale, Robert Parish, Paul Pierce, Kevin Garnett… la liste des joueurs de légende passés par Boston est longue. Et pourtant, en juillet dernier, beaucoup présentaient Al Horford comme le potentiel meilleur Free Agent jamais signé par les Celtics. En effet, Boston n’a jamais été la destination la plus flashy pour les joueurs libres de tout contrat.

La draft a donc toujours été une composante essentielle dans la construction des différentes équipes celtes, décennie après décennie.

Alors que Jaylen Brown est arrivé cet été et que Boston possède encore les deux prochains 1er TDD de Brooklyn (dont un droit d’échange), il nous paraissait intéressant de se remémorer comment la draft a construit les Celtics de tout temps, et comment elle peut encore le faire aujourd’hui.

1950 : celui qui n’aurait jamais dû être un Celtic

Voyageons un peu dans le temps, en revenant plus de 60 ans en arrière. Très exactement à la fin de la saison 1949/50, la toute première saison NBA (fusion de la BAA et de la NBL). Les Celtics terminent avec le troisième pire bilan de la ligue, et la lottery n’existe pas encore. Cependant la NBA décide de passer de 17 à 12 équipes. Les Celtics se retrouvent alors être les plus mauvais de ceux qui ont survécu à ce grand ménage et héritent donc du premier choix de draft. Une star de l’université locale fait alors rêver tous les supporters de la franchise : Bob Cousy, un meneur assez atypique pour l’époque, adepte des passes spectaculaires. Cependant, le nouvel entraîneur de la franchise, un certain Red Auerbach, reste totalement insensible à la pression populaire, affirmant à plusieurs reprises que Bob Cousy n’a pas la carrure d’un joueur professionnel, et qu’il est hors de question de sélectionner un joueur uniquement car il est la mascotte locale. Red ira jusqu’au bout de ses idées en sélectionnant un intérieur, Charlie Share, s’attirant les foudres de tous les fans du Massachusetts (pour l’anecdote, celui-ci ne portera jamais le maillot des Celtics car il sera échangé avant le début de saison). Il est encore à ce jour le seul et unique n°1 de draft sélectionné par Boston.

Cousy lui fut sélectionné par Chicago. Mais la franchise de l’Illinois, en grande difficulté financière, ne parvint pas à survivre jusqu’au début de la saison régulière et fit faillite. Trois joueurs des Stags de Chicago sont alors sélectionnés pour être répartis dans les trois pires équipes de la ligue. Cousy fait bien évidemment partie du trio, et peut donc une nouvelle fois atterrir à Boston. Une nouvelle fois, Red Auerbach est très franc à son sujet :

“Si j’avais la possibilité de choisir, Bob Cousy serait mon troisième choix”.

Fort heureusement pour lui, c’est un tirage au sort qui l’obligera à prendre Bob Cousy dans son équipe. La suite ? Bob Cousy deviendra un Hall of Famer, aura son numéro retiré en haut du Garden et restera comme l’un des meilleurs meneurs ayant porté la tunique au trèfle.

1956 : Le chef d’oeuvre

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Le propriétaire des Celtics Walter A. Brown (gauche) et Bill Russell (droite) signant le premier contrat pro du jeune pivot

Peut-on changer le visage d’une franchise en un été ? Oui. Si vous en doutez encore, la draft des Celtics cru 56 devrait vous faire changer d’avis tant ce millésime fut déterminant dans l’histoire de Boston.

A l’époque, le scouting n’existe pas. Les coachs se déplacent eux-mêmes quand ils le peuvent pour assister à quelques matchs universitaires mais la plupart des informations viennent de leurs confrères coachs universitaires. Bill Reinhart fait partie de ceux-là. Vieille connaissance de Red Auerbach, il l’appelle après un tournoi que son équipe vient de disputer en Californie pour lui dire qu’il a trouvé la perle rare. Un joueur a en effet dominé le tournoi du début à la fin, un pivot de San Francisco avec un jeu jamais observé encore : un certain Bill Russell. Le fait que son université ait fini invaincue a conforté Red dans son envie de sélectionner le joueur.

Le seul problème est que Boston ne possède que le 7ème choix de la future draft. Jamais le grand Russell ne sera disponible si bas. Une opportunité se présente alors quand le pivot des Celtics Ed Macauley va voir Red pour lui faire part de sa situation : l’un de ses enfants a une maladie grave et passer six mois loin de sa famille n’est plus possible. Il aimerait donc trouver un moyen pour être échangé dans la franchise de sa ville natale, les Hawks de St-Louis. Ces derniers possèdent le 2ème choix de la draft. Red Auerbach appelle donc son homologue pour lui proposer Ed Macauley et le pick #7 contre leur pick #2. Les Hawks acceptent le deal.

Il ne reste plus qu’à convaincre les Rochester Royals de ne pas prendre Bill Russell avec le pick #1. C’est ici que les avis divergent. Red Auerbach raconte ainsi que le propriétaire des Celtics Walter A. Brown a joué un rôle prépondérant. Brown est également propriétaire des Ice Capades, un spectacle de patinage artistique qui remplit les salles. Brown aurait ainsi proposé au propriétaire des Royals de venir faire plusieurs dates à Rochester s’il faisait l’impasse sur Russell. Red gardera cette version de l’histoire jusqu’à sa mort. Mais le propriétaire des Royals racontera lui une autre version : en difficulté financière, la franchise n’avait de toutes façons pas les liquidités nécessaires pour proposer un contrat suffisant au rookie (il avait reçu une offre alléchante des Harlem GlobeTrotters). Quelle que soit la véritable version de l’histoire, l’issue reste la même : les Royals ne sélectionneront pas Bill Russell.

Cependant un dernier obstacle se présente. Le GM des Hawks fait monter les enchères. Le deal ne tient plus si les Celtics ne mettent pas un deuxième joueur sur la table. Le joueur qu’ils ciblent est Cliff Hagan. Un joueur sélectionné deux ans plus tôt par les Celtics mais qui est parti faire son service militaire depuis. Red Auerbach doit faire un choix, il décide d’accéder à la demande des Hawks, mais enlève du coup le pick #7 des Celtics. Bill Russell est donc échangé contre Ed Macauley et Cliff Hagan (qui finiront tous les deux au Hall Of Fame).

Jusqu’en 1965, la NBA propose aussi aux franchises d’utiliser leur choix comme un Territorial Pick. Ce système permet aux franchises qui le souhaitent de sélectionner un joueur avant la draft, à condition que celui-ci évolue dans une université à moins de 50 miles (environ 80km) de la ville. Red Auerbach décide donc d’abandonner son pick #7 pour sélectionner un certain Tom Heinsohn. Rajoutez à cela qu’avec leur second tour de draft, les Celtics jettent leur dévolu sur un coéquipier de Russell à San Francisco : K.C. Jones.

En un été les Celtics ont donc drafté Bill Russell, Tom Heinsohn et K.C. Jones. Trois joueurs qui auront un rôle primordial dans la première dynastie celte.

1978 : Savoir anticiper pour mieux gagner

Cette année-là, Boston possède le 6ème choix de la draft. Bien que le choix soit assez haut placé, Red Auerbach ne voit aucun jeune prospect capable de faire passer un cap significatif aux Celtics. Les équipes qui héritent des meilleurs choix sont dans un besoin urgent de renfort, mais Auerbach a une vision à plus long terme. Un joueur correspond parfaitement à ce qu’il recherche, un ailier d’Indiana du nom de Larry Bird. Ce dernier a déjà annoncé qu’il comptait bien honorer sa dernière année d’université. Cependant les règles de l’époque sont plus souples et une équipe peut sélectionner un joueur pendant son cursus.

“Je l’ai pris car je savais qu’il allait être le n°1 ou le n°2 de la draft l’année suivante, et je n’avais pas l’intention d’avoir le plus mauvais bilan de la ligue. Je savais que c’était l’occasion ou jamais, et je voyais à long-terme. Les Celtics n’allaient de toutes façons pas être des prétendants au titre l’année suivante, alors que je le voyais vraiment comme quelqu’un capable de nous faire gagner à nouveau.”

Les Celtics faisaient donc une croix sur un renfort immédiat, mais posaient une option très sérieuse sur une future star de la ligue. Un pas en arrière qui ressemble davantage à une prise d’élan pour mieux retrouver les sommets. Il est question “d’option” car il reste un détail à régler. Les Celtics doivent impérativement signer un contrat avec Bird avant la draft 1979, sinon il peut se réinscrire de nouveau à la draft.

Après sa dernière année universitaire riche en émotion (défaite en finale contre Magic Johnson dans l’un des matchs les plus connus de NCAA), Bird signera bien avec les Celtics, avec un salaire de 500.000 dollars, faisant de lui le rookie le mieux payé de l’histoire à ce moment là.

Très peu de temps après, la NBA changera son règlement, interdisant aux équipes de sélectionner un joueur qui compte pas intégrer la ligue de suite.

1980 : La formation du premier “Big Three”

Robert Parish (gauche) et Kevin McHale (droite) sont présentés aux fans des Celtics
Robert Parish (gauche) et Kevin McHale (droite) sont présentés aux fans des Celtics

Après plusieurs années plutôt moroses, l’espoir renaît dans le Massachusetts. Larry Bird vient de finir sa première saison et d’être élu Rookie of the year. Et puis Red Auerbach a de nouveau tenté un pari gagnant. En Septembre 1979, il décide d’échanger Bob McAdoo aux Pistons contre M.L. Carr et le premier choix de draft de Detroit.

Après un départ catastrophique, les Pistons décident de changer le coach, mais cela n’enraye pas pour autant la mauvaise dynamique. Les Celtics eux reviennent sur le devant de la scène en atteignant la finale de conférence. Dans le même temps les Pistons finissent dernier de la conférence Est. A l’époque, un pile-ou-face désigne qui des deux derniers de conférences obtient le 1st pick. Le trèfle celte était un trèfle à quatre feuilles ce soir-là, offrant aux Celtics le premier choix de la draft, ce qui n’était plus arrivé depuis 1950.

Le joueur qui est annoncé comme futur n°1 (ou au pire n°2) est Joe Barry Carroll. Un pivot de plus de 2m10, bon défenseur et pas maladroit sous les panneaux. Cependant, Red Auerbach n’est pas aussi subjugué par Carroll que ne l’est son homologue de Golden State.

Les Warriors possèdent eux le 3ème choix de la draft, et un pivot qui n’aura plus sa place si jamais ils arrivent à sélectionner Carroll. Ce pivot répond au nom de Robert Parish. Auerbach propose alors le trade suivant : son pick n°1 contre le pick n°3 et Parish. Les Warriors acceptent le deal.

Quelques jours plus tard, les Celtics prennent un ailier-fort de l’université de Minnesota : Kevin McHale. Il formera avec Parish l’une des raquettes les plus incroyables de tous les temps, et eux-deux formeront avec Bird le premier “Big Three” celte.