Brad Stevens se cherche encore

Cet article a été écrit avant le match contre les Spurs du 14 décembre. Toutes les statistiques sont donc valables pour les matchs précédents cette date.

Beaucoup de facteurs ont été pointés du doigt pour expliquer le début de saison relativement décevant des Celtics. Le rebond, les blessures, la distribution des tirs, les manques dans l’effectif… Mais nous allons ici aborder un point qui a l’avantage d’être soluble sans changer l’effectif, les rotations. Pour cela nous avons regardé les statistiques des différents lineups et voici quelques enseignements qu’on a pu en tirer.

Le death lineup mortel… pour les Celtics ?

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Avant le début de la saison, beaucoup de monde (dont nous) attendait avec impatience de voir à l’oeuvre un éventuel cinq small-ball Thomas – Bradley – Smart – Crowder – Horford. Brad Stevens était visiblement aussi intrigué par cette combinaison puisque, sur les 24 premiers matchs, il l’a utilisé à huit reprises. Avec 42 minutes au total, et ce malgré les blessures, c’est le troisième lineup plus utilisé sur ce début de saison. Il a été également utilisé plusieurs fois pour conclure les matchs ou les mi-temps. Malheureusement, le résultat est bien loin des attentes : avec un net rating de -31,3, ce lineup est le deuxième plus mauvais parmi ceux utilisés plus de 20 minutes. Dans le détail, son offensive rating est de 106,8, ce qui est correct… mais son defensive rating de 138,1 est un chiffre catastrophique, alors que cela devrait être un point fort. Première explication visible dans les statistiques, ce cinq attrape uniquement 13,7 rebonds défensifs sur 36 minutes. C’est une lacune compréhensible pour un lineup small-ball, mais on tombe là dans des chiffres extrêmement faibles. Pour aller plus loin, intéressons-nous de plus près aux différences entre ce cinq et le cinq de départ, qui fonctionne lui très bien. Elles sont au nombre de deux : Smart qui remplace Amir Johnson et Crowder qui se décale poste 4.

Quel rendement pour Crowder poste 4 ?

L’effectif des Celtics n’étant pas très pourvu en ailiers, les combinaisons qui offrent la possibilité à Jae de jouer 4 sont assez rares. Globalement, Smart et Brown sont les seuls à qui Stevens fait confiance pour remplacer Crowder au poste 3. Si on regarde les groupes de titulaires contenant à la fois Thomas, Smart et Crowder, ceux-ci ont un net rating de -4,6 sur 84 minutes jouées. Par opposition, ceux contenant Crowder et Brown ont un net rating de +27 sur 53 minutes jouées. Il faudrait bien sûr nuancer ces données brutes en fonction des adversaires affrontés, mais la tendance est tout de même claire et le problème ne semble pas venir du positionnement de Crowder.

Smart poste 3, une option viable ?

Le problème viendrait-il donc de la position de Smart ? Celui-ci a été associé avec Thomas et Bradley pendant 258 minutes pour un net rating de -7,8, et encore une fois c’est le def rating de 112,8 qui pose problème. La capacité de Smart a défendre sur presque toutes les positions est très impressionnante, mais il semble que le faire défendre sur un ailier adverse ne soit pas une solution viable sur la durée.

Faut-il donc abandonner ce cinq ? On verra ce que décidera Brad Stevens, car son amour du small-ball pourrait le pousser à persévérer en essayant des ajustements sur le terrain pour le rendre plus performant. Il est également possible de voir des lineups légèrement différents, par exemple avec Brown à la place de Smart ou de Thomas, mais il faudra alors composer avec les états d’âme de l’un ou l’autre en cas de non-utilisation dans le money-time.

 

L’étrange cas du backcourt remplaçant

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Autre prévision d’avant saison qui se trouve infirmée pour l’instant, celle qui disait que la profondeur d’effectif allait être une force pour les Celtics. Si le bilan des joueurs du banc n’est pas si catastrophique que ça (leur différentiel combiné est d’exactement zéro), on a souvent vu les remplaçants perdre l’avance acquise par les titulaires, notamment dans les matchs contre les meilleures équipes de la ligue. Individuellement, pourtant, les performances des joueurs sont plutôt satisfaisantes. Après un début de saison difficile, Jerebko a fait preuve d’une adresse impressionnante et est toujours aussi précieux au rebond et en défense. L’adresse d’Olynyk est encore fluctuante depuis son retour de blessure et il semble à nouveau hésitant, mais il a sorti quelques bons matchs dans ce domaine et ses statistiques défensives sont toujours aussi bonnes. Rozier et Brown sont plutôt prometteurs et les progrès de Smart à la passe et dans la gestion du jeu sont flagrants. Le problème semble donc plus collectif qu’individuel.

Quel meneur pour la 2nd unit ?

On a donc cherché du côté du poste de meneur (on en a d’ailleurs déjà un peu parlé dans notre bilan de la semaine 6), d’autant plus que la blessure récente de Thomas nous a donné l’occasion de beaucoup voir Rozier et Smart occuper ce poste. Dans un premier temps, ce qu’on voit conforte nos idées. Ainsi, l’association Rozier-Bradley a un net rating de -6,7 alors que ceux de Smart-Rozier et Smart-Bradley sont respectivement de +6,7 et -1,2.  Il semble donc que la présence de Rozier en seul meneur ne fonctionne pas offensivement et que Smart soit plus à l’aise pour organiser le jeu. Mais si on regarde plus précisément, les offensive rating de ces trois combinaisons sont, dans l’ordre de 107,4, 99,6 et 106,8. Le meilleur est donc étonnamment celui avec Rozier meneur et Bradley à ses côtés, mais il est possible que ces statistiques reflètent davantage l’influence offensive de Bradley (dont on s’est servi comme discriminant) que celle des deux autres joueurs observés en tant que meneurs. En regardant d’autres statistiques, on voit tout de même que la combinaison Smart-Bradley produit 19,4 passes décisives sur 36 minutes contre 17,6 pour Rozier-Bradley. 

On peut également regarder les trois derniers matchs sans Thomas, sur lesquels on a des offensive rating de 113,4 et 103,5 pour Smart-Bradley et Rozier-Smart, mais un très faible 88,7 pour le tandem Rozier-Bradley. Les échantillons sont petits, mais additionnés à l’impression visuelle qu’on a pu se faire, il semble tout de même que Rozier ne soit pas (pour l’instant ?) capable de mener seul la 2nd unit. Nous suivrons en tout cas cette histoire avec attention dans les mois à venir.

Au final, si tous ces problèmes de rotations sont un peu frustrants, et notamment car ils ont mené à de gros passages à vide de l’équipe et donc à des défaites, ils constituent plutôt une bonne nouvelle. En effet, on sait que Stevens a pour habitude d’expérimenter lors des premières parties de saison, et bien que l’exercice puisse sembler périlleux maintenant que l’équipe a des ambitions sportives à court terme, il permet au coaching staff d’identifier les potentiels contributeurs en vue des playoffs. Ainsi, interrogé récemment à propos des difficultés de certains de ses lineups, Brad Stevens a répondu :

Nous sommes arrivés à un point où nous avons accumulé beaucoup d’informations.

Maintenant c’est à lui de faire bon usage de toutes ces informations. On compte sur lui.

Article rédigé par Hugo Geindre, inspiré de l’article Settling the Celtics’ Rotation Issues de Ryan Bernardoni