Paul George au Thunder : n’en voulez pas aux Celtics

Les Pacers viennent de transférer Paul George au Thunder d’Oklahoma City, et tout le monde se demande pourquoi les Celtics de Danny Ainge n’ont pas réussi à conclure cette affaire. C’est même devenu une ritournelle au cours des deux dernières saisons, durant lesquelles Boston s’est hissée d’équipe de second rang à numéro 1 à l’Est. En effet, Ainge a récolté un nombre impressionnant de très bons choix de drafts et de prospects, mais ne semble pas être en mesure de transformer son magot en vraie superstar sur le marché.

En creusant un peu, il devient clair que ce n’est pas faute d’avoir essayé. Jeff Goodman d’ESPN rapportait ainsi que, le soir de la draft, Ainge avait offert à Indiana trois premiers tours de draft (hors Brooklyn 2018, Lakers/Sacramento 2018), Jae Crowder et un autre titulaire (probablement Avery Bradley). Steve Bulpett du Boston Herald rapportait de son côté la même chose, en ajoutant que les Celtics avaient envoyé une offre encore meilleure à la trade deadline de février dernier : un échange de picks 2017 qui incluait le choix des Nets devenu 1st pick après la lottery.

Larry Bird était à la tête des Pacers en février. Il aurait dû accepter cette proposition. Kevin Pritchard l’avait déjà succédé au moment de la draft. Il aurait lui aussi dû accepter la proposition des Celtics qu’il avait sur la table.

Victor Oladipo est un jeune joueur intéressant, et Domantas Sabonis est un prospect tenu en haute estime. Mais l’opportunité de récupérer plusieurs premiers tours de draft, un des meilleurs contrats NBA avec Crowder, et un joueur respecté faisant l’affaire avec Bradley est plus intéressante.

Si Indiana décidait de reconstruire, ces picks auraient eu plus de valeur que Sabonis, qui était à la peine pour sa saison rookie. Et ne parlons même pas de Markelle Fultz

Si Indiana décidait de bricoler tout en cherchant à rester compétitif, Crowder et Bradley auraient été bien plus utiles qu’Oladipo, qui, du haut de ses 25 ans, touchera environ 20% du salary cap durant les quatres prochaines années. Crowder, tout particulièrement, est très sous-estimé : il a 26 ans, et c’est un solide ailier titulaire et capable de contribuer des deux côtés du terrain. Il ne touchera pas plus de 7% du cap jusqu’en 2020.

À moins qu’il n’y ait eu des protections importantes sur l’échange de picks qu’Ainge avait apparemment offert aux Pacers en février, Bird s’est rendu coupable d’une faute professionnelle en conservant George au-delà de la deadline. Les Pacers étaient dans le no man’s land de l’Est, et ne se sont qualifiés en playoffs qu’à la faveur d’un coup de chaud de Lance Stephenson (décidément, 2017…).

Au cours de ces playoffs, les Pacers ont subi la loi des Cavaliers qui les ont éliminés 4-0. Comme le dit le proverbe, « à cheval donné on ne regarde pas la denture ». C’est ce qu’a fait Bird avant de finalement démissionner.

L’erreur commise par Pritchard est loin d’être aussi flagrante. Il existe un petit culte autour de Sabonis malgré des pourcentages en-dessous des 40% de réussite (pour un big man) après deux ans passés à la fac. Oladipo a déjà quelques GM séduits à son actif.

En soi, ce n’est pas une contrepartie affreuse. Ce n’est pas du niveau de Buddy Hield et un premier TDD protégé. Ce n’est pas du niveau de Kris Dunn, Zach LaVine et un échange de picks de milieu de lottery. En soi, c’est une contrepartie qui se défend. C’est une fois que l’on sait ce que n’ont pas accepté les Pacers que ça devient moche.

C’est pourquoi blâmer les Celtics est injuste. Ainge a fait tout ce qu’il pouvait pour faire une meilleure offre tout en restant raisonnable. Il a proposé d’échanger son pick 2017 des Nets à la deadline. Il a offert trois premiers TDD et deux joueurs solides avec des contrats sains et non-handicapants plus récemment. Dans les deux cas, les Celtics avaient la meilleure offre.

Ainge n’a pas offert l’un de ses meilleurs tours de draft, comme celui de Brooklyn 2018, ou le pick 2019 des Lakers (protégé)/Kings. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Regardez ce qu’Indiana a fini par accepter contre George ! En offrant un de ces picks de qualité, Boston aurait perdu au change.

Posez-vous la question suivante : serait-il raisonnable d’offrir le pick des Nets 2018 et Crowder contre Oladipo et Sabonis ? C’eût été de l’escroquerie qui aurait mérité une intervention de la ligue. Et cela justifie qu’Ainge n’ait pas inclus un de ces choix.

Boston a fait une offre raisonnablement importante. Certains se plaindront, disant qu’il est temps pour Ainge de passer à des offres déraisonnables pour faire venir cette fameuse superstar. Ce n’est pas ainsi que les Celtics en sont arrivés là. Ce n’est pas en étant imprudent et en cédant à la pression que Ainge et les Celtics sont parvenus à finir premiers de leur conférence et à obtenir le premier choix de la draft la même année. C’est avec du bon sens, de la patience et de l’expertise.

Les Celtics ne peuvent pas forcer les Pacers ou toute autre équipe à accepter une offre objectivement meilleure. C’est un constat qui s’applique peut-être à d’autres transferts déjà effectués (comme celui de Jimmy Butler) et qui s’appliquera peut-être à d’autres négociations dans le futur. Le simple fait que Boston possède tant d’assets si enviables à disposition ne signifie pas qu’Ainge puisse se permettre de négocier à perte juste pour conclure un transfert. Pour une raison quelconque, le marché des transferts ne fait pas preuve de rationalité envers les Celtics. Ne pas s’enflammer et céder à la pression demande beaucoup de discipline.

Heureusement, Ainge ne ressent pas ou peu cette pression. Il est à la tête d’une équipe de qualité, avec des assets de qualité dans sa besace. Il n’a pas fait venir Paul George. Il n’a pas fait Jimmy Butler. Et pourtant tout semble montrer qu’il a essayé.

Même si cela semble tentant, n’en voulez donc pas aux Celtics pour les décisions insensées des autres équipes.

Traduction de l’article de SB Nation « Don’t blame the Celtics for missing on Paul George » par Léo Hurlin