Santé mentale en NBA : Paul Pierce revient sur son agression

Le 25 septembre 2000, Paul Pierce se fait poignarder de multiples fois au Buzz Club de Boston. L’un des coups de couteau s’enfonce 18 centimètres dans sa chair pour finir à quelques centimètres de son cœur. Pierce est opéré en urgence d’un pneumothorax et avouera plus tard que l’épaisseur de sa veste en cuir lui a sauvé la vie.

Celui qui était alors le visage des Celtics a surpris tout le monde en se remettant à temps pour jouer l’intégralité des 82 matchs de la saison. Mais alors que la ligue et les observateurs s’extasiaient sur sa récupération physique, Pierce devait affronter en privé les séquelles psychologiques que lui avait laissé cette attaque. Des blessures qui ont mis des années à se refermer.

Pour la première fois, Pierce a accepté d’évoquer les brutaux accès de dépression qui le laissaient tellement démuni qu’il dût faire appel à un service de protection policière 24 heures sur 24 devant sa maison de Lincoln, dans le Massachusetts.

« J’ai été poignardé 11 fois, je me sentais comme piégé dans une boîte, confie Pierce. Je n’avais nulle part où aller. Je me suis battu avec la dépression pendant des années. C’est le basketball qui m’a sauvé. »

Pierce est resté nerveux et anxieux longtemps après qu’il soit sorti de l’hôpital. Il n’arrivait pas à dormir. Les Celtics l’ont encouragé à aller chercher de l’aide auprès d’un spécialiste, mais il a toujours refusé.

« Je pensais pouvoir m’en sortir seul, je ne voulais pas que quelqu’un d’autre s’en mêle. »

Mais au fil des semaines, chaque déplacement dans l’espace public lui était devenu pratiquement insupportable. Le traumatisme de l’attaque l’avait privé de toute confiance. Son anxiété atteignit son paroxysme lors d’un dîner au restaurant Morton de Boston quelques mois seulement après l’incident, quand le manager s’approcha de lui avec un téléphone, lui annonçant qu’un ami de Pierce insistait pour lui parler. Il prit l’appel et entendit une voix menaçante lui dire d’un ton moqueur : « Je vais te tuer. »

« Je suis vraiment devenu parano, raconte Pierce. Je ne voulais plus aller nulle part. La police a surveillé l’entrée de ma maison pendant des mois. J’étais une épave. »

« Je pense que c’est pour ça que je suis revenu si vite sur les parquets. Je ne pouvais pas rester assis chez moi à penser [à l’attaque]. Je suis allé à tous les entraînements, je restais assis sur la touche pendant des heures, parce que c’était le seul endroit où je me sentais en sécurité. Je ne voulais pas que ces entraînements se terminent, parce que cela voulait dire que je devais retourner dans le monde extérieur, qui me faisait tellement peur. »

De manière incroyable, Pierce a réussi à compiler 25,3 points et 6,4 rebonds de moyenne durant la saison 2000-01. Ce fut une saison tumultueuse pour les Celtics, qui ne gagnèrent que 36 matchs et dont le coach, Rick Pitino, démissionna en milieu de saison. Pierce n’en avait cure, le basket était devenu son sanctuaire.

« Je ne pouvais pas m’approcher d’une foule. Si je me retrouvais dans un endroit bondé, je commençais à me sentir mal. Ça m’a pris des années pour surmonter ça. Si quelqu’un me rentrait dedans ou se frottait contre moi pendant que je marchais, je paniquais. »

Avant l’ouverture de la saison 2000-01, les Celtics organisèrent un événement promotionnel durant lequel les joueurs attendaient aux portes de la salle pour accueillir les fans pendant qu’ils passaient les tourniquets. Pierce donna son accord pour participer, mais quand le moment fut venu de prendre part à la surprise, son cœur s’accéléra, ses mains devinrent moites et son souffle se fit court. Il faisait une véritable crise de panique.

« J’ai dit aux Celtics que je ne pouvais pas le faire. [La saison suivante] je pensais aller mieux, mais je n’ai tenu que deux minutes avant de commencer à paniquer à nouveau. J’étais persuadé que quelque chose allait m’arriver. »

Rétrospectivement, Pierce admet qu’il aurait souhaité avoir écouté les conseils des Celtics et être allé voir un professionnel de la santé mentale. Sa décision de faire face à son stress post-traumatique seul a renforcé sa dépression et l’a isolé de ses amis, de sa famille et de ses coéquipiers.

« J’aurais dû m’ouvrir aux autres plus tôt. Ça me bouffait littéralement. Quand j’ai commencé à en parler à des membres de ma famille, ça m’a beaucoup aidé. J’ai réalisé que j’aurais dû le faire avant. Je conseillerais à tout le monde de chercher l’aide dont ils ont besoin. Ma dépression était grave, vraiment grave. Je ne veux plus jamais me sentir comme ça à nouveau. »

Extraits de l’article « The courageous fight to fix the NBA’s mental health problem » de ESPN traduits par Hugo Geindre, relus par Léo Hurlin