Plongée au coeur de la rééducation de Gordon Hayward

Le 28 août à St. Bernard High School à Los Angeles, approximativement deux douzaines de scouts, joueurs et entraîneurs observaient sur le bord du terrain tandis que Bradley Beal et Gordon Hayward se mettaient en place pour faire un 1 contre 1. 

C’était la première fois que Gordon Hayward jouait un 1 contre 1 face à un titulaire reconnu en NBA, depuis qu’il avait subi une deuxième opération inattendue fin mai, afin de retirer une plaque et des vis de la cheville gauche de l’ailier, détruite cinq minutes après le début de sa carrière en vert. La nouvelle d’une deuxième opération avait détruit Hayward. Aux oubliettes son calendrier initial de rééducation et de retour. Le 28 août, il était censé être bien loin de pouvoir faire du 5 contre 5 face à des joueurs de niveau NBA. Et pourtant, il faisait du 1 contre 1 avec aisance. 

« Je ne me disais pas que j’allais détruire ce mec », confiait Hayward à ESPN.com mardi soir, après un nouveau match de présaison décevant pour les Celtics. « Je me disais que ça me montrerait sur quoi je devais travailler. »

Bradley Beal a dit à Drew Hanlen, le fameux entraineur personnel qui possède un terrain à St. Bernard et qui a entrainé Hayward cet été, qu’il était confiant. 

Ils ont commencé au poste bas, avec une restriction : pas plus de deux dribbles autorisés avant de shooter. Ensuite, ils sont passés dans le périmètre et se sont laissés trois dribbles avant de tirer. 

Hayward a sweepé cinq matchs de suite. « Il m’a p*tain de surpris », a dit Beal. Beal appela Mark Bartelstein, l’agent qui les représente tous les deux. 

« J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle », lui a dit Beal. « Peut-être que je suis nul, mais en tous cas Gordon est de retour à 100%. »

Ce moment a marqué un tournant pour Hayward, un regain d’espoir après une année laborieuse de rééducation, de grande anxiété, et ce coup de poing dans la gueule que fut la seconde opération. 

« J’étais très surpris », dit Hayward. « Il y a eu tellement de moments de doute… C’était un gros, vraiment gros boost pour la confiance. »

Détruire Beal comme il l’a fait était bon signe. Hanlen et Hayward étaient conscients que les défenses allaient switcher en défense cette saison contre les meilleurs cinq de Boston. C’est la raison pour laquelle ils ont passé la majorité de l’été à faire du post-up contre des joueurs de plus petite taille.

Mais se baser sur du 1 contre 1 alors que septembre approchait dangereusement permettait aussi de se rappeler à quel point Hayward avait du retard. On s’en rend actuellement compte dans cette pré-saison. Hayward n’est qu’à 5 sur 20 aux tirs, et a commis huit fautes en 59 minutes de jeu. 

« Physiquement, je me sens plutôt bien », confie Hayward. « Mais je ne me sens pas encore à l’aise sur le terrain. C’est une chose d’être prêt à tout faire physiquement. C’est une autre chose d’être un joueur de basket. Quand on joue régulièrement, tout se fait naturellement. Quand on prend un gros break et qu’on revient dans un nouveau système, ce n’est pas le cas. La deuxième opération a été un énorme pas en arrière. J’espérais vraiment faire du 5 contre 5 tout l’été. Ce que je fais maintenant, c’est ce que je voulais faire tout l’été, mais ça ne s’est pas fait comme je l’avais souhaité. » 

Hayward venait tout juste de reprendre la course à pleine vitesse et le 1 contre 1 fin mai, quand les docteurs en sont arrivés à la conclusion qu’il fallait retirer cette plaque et ces vis. Cela faisait plusieurs mois que Hayward ressentait des douleurs proches de sa cheville. Il s’inquiétait d’une possible opération en mai ou en juin qui viendrait lui saboter son été complet. « J’aurais préféré qu’on enlève cela en mars, mais avec du recul c’est parfait comme ça », dit-il aujourd’hui. 

Les docteurs et les responsables des Celtics s’étaient accordé sur le fait qu’une deuxième opération ne devait être faite que si elle représentait une nécessité absolue. Ils devaient déterminer si autre chose que la plaque en question causait l’irritation. Ce processus a pris du temps. 

« J’étais extrêmement triste », confie Hayward. « Devoir retourner dans une botte de marche après tout ce progrès, devoir remettre des béquilles… J’étais au plus bas. »

« J’ai trouvé ça horrible pour lui », dit Danny Ainge. 

Quand Gordon Hayward a des coups de mou, ce sont de vrais coups de mou. « C’est comme ça que je fonctionne », dit-il. « Je stresse, et je stresse encore plus de ce fait ». 

Les gens qui sont proches de lui savent qu’il faut s’attendre à un coup de fil d’un Gordon abattu après un match moyen. Il a du mal à dormir ces nuits-là. Ses amis avaient bon espoir qu’une année loin de la compétition change cela. Le jeu lui manquerait, il redécouvrirait la joie de participer à un match de basket et se fixerait moins sur ses erreurs. Peut-être même que le succès des Celtics sans lui lui enlèverait cette auto-pression qu’il se met sur son retour.

« Ce n’est que du basket », dit Jason Smeathers, un entraineur qui est l’un des plus proches amis de Gordon et qui a vécu avec lui la majeure partie de l’année passée. « Dans cette équipe, un joueur a le droit de faire un mauvais match ». 

Hayward a essayé d’intérioriser cela. Parfois, ça a marché. Parfois, cela lui faisait du mal de voir Boston réussir sans lui. « Quand tu te blesses comme je me suis blessé après avoir changé d’équipe, ce n’est pas censé se passer comme cela », dit-il. « C’est la nature même d’un compétiteur. Tu veux sentir que tu manques à ton équipe. Et je manquais à cette équipe. Mais quand tu les vois enchaîner 16 victoires de suite, ces pensées négatives font petit à petit du chemin. C’était dur de rester là, assis à regarder. »

Actuellement, c’est dur de jouer. En rentrant à la maison après le match de dimanche face à Charlotte, durant lequel Hayward a fait 1 sur 7 aux tirs et a commis cinq fautes en 21 minutes, il a appelé Bartelstein pour se morfondre. Bartelstein lui a répondu qu’il devait se concentrer sur son chase-down block sur Jeremy Lamb, preuve qu’il était capable de décoller et de retomber sur sa jambe gauche. 

C’était leur routine durant l’année de rééducation de Gordon Hayward. Ce dernier appelait Bartelstein et se lamentait à propos de n’importe quel pas en arrière : les jours où il avait plus mal que d’autres ; quand il mettait plus longtemps que d’habitude à ramasser des billes au sol avec ses orteils, un jeu que Smeathers et lui avaient inventé, ou bien quand il avait des résultats négatifs sur des tests d’équilibre ou d’agilité. Après avoir consolé Hayward, Bartelstein appelait alors Smeathers et les deux autres membres permanents du groupe ayant entouré Hayward dans sa rééducation (Steve Mount, le responsable de la rééducation au sein des Celtics, et Tyler Yeaton, leur préparateur physique) pour récolter leurs impressions sur le travail du jour. 

« J’avais alors une version complètement différente de leur part », dit Bartelstein. « Mais ce perfectionnisme, ce fait de devoir disséquer tout une centaine fois, c’est ce qui fait de lui ce qu’il est maintenant. »

Le côté compétiteur naturel d’Hayward lui a permis de traverser ces mois de travail acharné. On entend tout le temps que les athlètes professionnels sont des compétiteurs compulsifs. Ils détestent perdre en tous points. Hayward l’est tout autant. Il a transformé toutes les parties de sa rééducation en une compétition. 

Chaque matin au Starbucks, lui et Smeathers disputaient une série au meilleur des trois manches à Clash Royale, le gagnant ayant le droit de taquiner l’autre pendant le reste de la journée. Hayward a transformé ce fameux jeu de récolte de billes au sol avec ses orteils en un contre-la-montre, et challengeait tout le monde de le défier à un concours de tirs du milieu de terrain depuis une chaise. 

Hayward a utilisé divers moyens de distraction pour renforcer sa poigne durant les matchs des Celtics. L’un de ses favoris : déplier plusieurs pages d’un journal et les empiler les une sur les autres. Placer une main au centre de cette pile, et utiliser seulement cette main pour froisser tout ce papier pour en faire une balle qui tient dans la main. Ca parait facile ?

« Mec. Ca te met la main en feu », dit Hayward. 

En janvier, Hayward décida qu’il était temps de mettre en compétition Smeathers, Yeaton et Mount, car il était fatigué de les entendre se chamailler pour savoir qui était le meilleur athlète d’entre eux. 

« C’est quelqu’un qui a désespérément besoin de compagnie », dit Smeathers.

Hayward a alors crée le Gordon’s Grand Gauntlet, une série d’épreuves digne d’un décathlon incluant : une course d’un mile ; un 100 mètres ; des défis de golf – putting et de driving ; un test pour savoir qui pouvait lancer le plus loin au baseball ; un test d’endurance sur un vélo d’appartement, et une compétition de culture générale dont Hayward a lui-même écrit les questions.

« On se faisait atrocement chier, vraiment », dit Hayward en rigolant. 

Quand Mount et Smeathers finirent de pédaler en arrivant exactement à la même distance en trois minutes, Hayward les fit recommencer. Il devait y avoir un classement dans chaque épreuve. Pas d’égalité. 

Pendant qu’Hayward travaillait à la piscine de l’ancien centre d’entrainement des Celtics, Smeathers et Mount se taquinaient pour savoir qui des deux remporterait une course de natation. Hayward les a finalement mis en compétition, et Mount s’est imposé. Un podium de fortune fut installé par le staff pour une cérémonie des médailles. Hayward s’était alors procuré l’hymne australien (Mount étant australien) pour qu’il retentisse pendant que Mount se mettait un haltère autour du cou en guise de médaille.

Quand Gordon avait besoin de pauses, il saisissait une balle d’entraînement des Patriots (cadeau de Tom Brady) et la lançait à travers le centre d’entrainement des Celtics, inventait toutes sortes de compétitions avec Smeathers : qui arriverait à lancer la balle entre ces deux lumières pendant au plafond pour ensuite toucher la cible sur le mur ? La balle finit par rester coincée dans un luminaire. Hayward n’est jamais allée la rechercher. 

Fin juillet, approximativement deux mois après l’opération, Hayward était enfin en mesure de re-courir à pleine vitesse. Au centre d’entrainement appelé EXOS à San Diego, le staff avait mis en place un test VMA (vitesse maximale aérobie) pour lui. Dans ce test, le joueur doit courir et aller d’un point à un autre, tout en changeant de direction dès lors qu’un son retentit. Ces sons apparaissent à des intervalles irréguliers pour que l’athlète puisse démarrer à un rythme doux, puis accélérer. Dès lors que le son bat l’athlète, le test s’arrête. Smeathers observait de près pour s’assurer qu’Hayward ne s’épuise pas. 

Scott Morrison, coach assistant des Celtics venu lui rendre visite à ce moment-là, avait décidé de se joindre à lui. « S’il y avait bien une chance de le battre un jour sur un exercice physique, c’était celle-là », dit Morrison. « Ils sont allés de palier en palier, de plus en plus vite. Smeathers était surpris qu’Hayward tienne encore le coup, Hayward était lui surpris que Morrison tienne encore le coup. 

« C’était hors de question que je perde contre un quarantenaire », dit Hayward. « C’est pas possible. Même si c’était la première fois que je courrais depuis longtemps ».

Morrison a fini par abandonner. Hayward courut un dernier sprint, s’arrêta et jubila. « J’étais genre : ‘ok, j’ai gagné, ça suffit' », dit-il.

Aujourd’hui, c’est ping-pong. Hayward a sa propre raquette. Quand il découvrit la table de ping-pong au nouveau centre d’entrainement des Celtics, il harcela le staff pour acheter un dessus de table jusqu’à ce que le staff finisse par craquer. Il supervisa l’achat de raquettes, pour que tout le monde en ait des bonnes. Il était invaincu jusqu’à ce que Mount échange secrètement la raquette personnelle de Gordon, la remplace par une raquette basique, et finit par le battre devant le staff. Mount lui révéla par la suite sa ruse, rendant aujourd’hui Hayward bien plus méfiant.

Maintenant, Hayward veut installer un tableau blanc à côté de la table, où il pourrait écrire les classements du ping-pong. 

Voilà comment Hayward a passé le temps durant son processus de rééducation. C’est désormais le passé. Les matchs sont de retour, et il y a plus à s’occuper que ce qu’Hayward avait anticipé en janvier et février, époque où une deuxième opération était le pire scénario envisageable. 

« On essaie de reconstruire les bases, les habitudes : se rappeler du bon moment où couper au panier, où comment défendre sur une simple action », dit Brad Stevens à ESPN.com. « Ce sont des choses auxquelles on ne pense pas quand on court ou que l’on fait du 1 contre 1. Maintenant, il y a ce gros bout de 5 contre 5 à faire. A mes yeux, il est bien physiquement. »

L’étape la plus compliquée à réaliser : intégrer Hayward à un cinq de départ chargé composé de deux stars montantes en la personne de Jaylen Brown et Jayson Tatum, qui se sont épanouis en son absence. En pré-saison, Hayward, Brown et Tatum ont eu de façon presque exacte le même rôle. Ils sont les options secondaires derrière Kyrie Irving sur les pick-and-rolls, prêts à attaquer une défense embrouillée si Irving leur lâche le ballon. 

Hanlen et Hayward ont travaillé la plupart de l’été en ayant cette situation en tête. Ils ont perfectionné la feinte de tir d’Hayward pour qu’elle devienne plus convaincante, persuadant ainsi les défenseurs de sauter devant lui. Ils ont ainsi développé des feintes, qu’elles soient des feintes de balle, de corps, ou encore de sourcil. 

Le premier saut de ce défenseur est la chose la plus facile. Hayward et Hanlen se sont surtout focalisés sur les deuxième et troisième dribbles, ceux qui trouent la défense. Hayward s’est ainsi entrainé à garder son dribble même quand les défenseurs en aide sortent sur lui pour protéger le cercle. Un exercice : Hayward doit baisser son épaule pour heurter le torse de son défenseur, planter son pied et synchroniser son dribble pour que la balle et son pied tapent le sol au même moment, lui permettant de poursuivre après la collision avec le défenseur. 

Hanlen a dessiné la plupart de ces exercices pour que Hayward plante son pied gauche dans le sol. « Il devait lui faire confiance à nouveau », dit Hanlen. Ce dernier lui a montré pour cela diverses vidéos des meilleurs manieurs de ballon de la ligue, comme CJ McCollum par exemple. 

Avoir trois (et même quatre, en comptant Al Horford) options secondaires d’élite est une excellente chose. Pour gagner des titres, il faut réaliser un tel amas de talent que certains finissent dans des rôles pour lesquels ils sont surqualifiés. 

Au sein de cet amas de talent, Hayward pourrait être le joueur ayant les meilleures prises de décisions et les meilleurs qualités de passes parmi les joueurs extérieurs, peut-être même parmi toute l’équipe à égalité avec Al Horford. Au fur et à mesure qu’il retrouve ses jambes, Boston va devoir équilibrer son attaque pour qu’Hayward ait les rênes à certains moments. Cela viendra naturellement quand Stevens étalera les minutes, donnant ainsi à Hayward la possibilité de driver un cinq composé majoritairement de joueurs du banc. Il pourra également poser des écrans pour Irving dans des pick-and-rolls peu conventionnels. Si la défense switche, alors il pourra attirer des défenseurs plus petits au poste bas. 

Les Celtics ont le temps de peaufiner leur attaque. Tout le monde comprend les sacrifices que cela nécessite. « Tout le monde va avoir des matchs dans lesquels ils scoreront bien plus que dans d’autres », dit Stevens. « Je ne suis inquiet pour personne sur ce point. Tout le monde aura sa chance de briller. »

En défense, Hayward va devoir aller se confronter à des ailiers forts si Boston évolue avec son cinq le plus prometteur. En première mi-temps face à Cleveland jeudi, il a d’ailleurs défendu sur Kevin Love. « Il est costaud », dit Stevens. Bradley Beal, après leurs matchs de 1 contre 1 de cet été, était même surpris : « Je n’avais jamais réalisé à quel point Gordon était une force de la nature ». 

Hayward sait bien tout cela. Il n’a aucun doute quant à sa réussite et celle de l’équipe. Il a simplement en tête un calendrier qui aurait pu être différent. 

« J’aurais aimé que tout cela se fasse dans l’été », dit-il. « Mais je travaille dessus maintenant. »

Article traduit par Baptiste Godreau, de l’article de Zach Lowe : « Inside Gordon Hayward’s misery-filled fight to play again«