Qu’est-ce qui cloche à Boston ?

Article écrit après le match contre les Hornets du 20 novembre 2018. Les statistiques ne prennent en compte que les matchs disputés à ce moment.

Les Celtics ne font pas le début de saison espéré, c’est le moins que l’on puisse dire. Cinq minutes devant un match ou un rapide coup d’œil aux statistiques montrent que les problèmes viennent plus de l’attaque que de la défense. Boston est en effet meilleure défense de la ligue mais vingt-septième attaque. 

Cet article n’a pas pour but de répondre de manière définitive à la question du titre, mais plutôt d’explorer un peu les différentes possibilités que l’on a pu constater nous même ou lire à droite et à gauche. Il n’y a de toute façon pas de réponse unique et parfaite ; nous allons juste essayer d’y voir un peu plus clair en attendant que les choses aillent mieux.

Pour cela, nous allons beaucoup comparer les statistiques des Celtics à celles de l’équipe la saison passée. Il faut bien garder en tête que les Celtics 2017-2018 n’étaient pas non plus des références offensivement (18e meilleure attaque de la ligue) et que cela permet plus de voir ce qui a changé dans le jeu de l’équipe plutôt que de les comparer à un idéal à atteindre.  

Est-ce à cause de la sélection de tirs ?

La première raison qu’on aurait envie d’avancer pour expliquer les problèmes offensifs, ce serait la sélection de tirs : trop de mi-distance (mid-range) et pas assez de tirs au panier. Comparons donc le pourcentage de tirs pris dans les différentes zones pour les saisons 2018-2019 et 2017-2018.

Si l’on voit que les tirs près du panier (restricted area + paint) ont bien diminué, l’augmentation des tirs à mi-distance est très légère et ce sont surtout les paniers à trois points, particulièrement ceux face au panier (above the break) qui ont augmenté. 

Les Celtics auraient sans doute intérêt à faire évoluer leur sélection de tirs pour prendre moins de mi-distance et attaquer plus le panier. Si on prend les cinq meilleurs attaques de la ligue actuellement, seuls les Warriors prennent plus de mi-distance que les Celtics (23,6 contre 18,2 par match), mais c’est une équipe très particulière. Les Pelicans, Raptors et Clippers tournent entre 12 et 15 alors que les Bucks n’en prennent que 6 par match !

Mais on ne peut pas dire que ce soit ça qui ait fait régresser autant leur attaque depuis la saison dernière, ni que la solution miracle pour faire marcher une attaque soit d’arrêter le mi-distance. Les Hawks, 29e attaque de la ligue, ne prennent que 8 tirs à mi-distance par match.

Juste une question de réussite ?

La sélection de tirs des Celtics est loin d’être parfaite, mais elle ne peut pas tout expliquer ; le problème serait-il donc uniquement que les tirs ne rentrent pas ? Encore une fois, comparons la réussite des Celtics dans les différentes zones du terrain à celle de la saison passée.

En 2018-2019, Boston est effectivement un peu moins adroit ; cette différence provient surtout des jump-shots, puisque près du panier leur réussite est meilleure. Ce qui saute immédiatement aux yeu,  c’est l’adresse catastrophique à 3 points dans le corner droit (Right Corner 3). Bien sûr, ces tirs ne représentent que 4% du total de l’équipe et l’adresse est également en baisse sur le mi-distance ainsi que sur les autres 3 points. Mais les corner 3 sont habituellement des très bons tirs et cette zone est peut-être représentative de ce qu’on entend depuis le début de la saison : « Les Celtics obtiennent des bons tirs, mais ils ne rentrent pas. »

Première question : qui prend ces tirs dans le corner droit ? Vous pouvez voir sur le graphique ci-dessous la répartition entre les joueurs des 66 tirs pris dans cette zone, avec la réussite de chaque joueur à côté de son nom.

Ce sont assez logiquement principalement les ailiers qui prennent ces tirs. TatumHaywardBrown et Morris sont responsables de 41 de ces 66 tirs, ce sont a priori quatre shooters qui peuvent tourner autour de 40% à 3 points sur une saison, surtout dans le corner. Sur ce cas précis, on est bien sur un simple problème d’adresse qui devrait se résoudre tout seul. 

Mais, comme dit plus haut, ça ne peut pas entièrement expliquer les problèmes des Celtics. Une très bonne équipe comme Boston aspire à l’être doit gagner des matchs même avec une adresse défaillante.

Se simplifier la vie

Que fait une bonne équipe pour compenser un manque d’adresse ? Elle se rapproche du panier et elle obtient des lancers-francs, des points faciles qui permettent de maintenir toujours un niveau offensif plancher. Cette saison, les Celtics sont 29e au nombre de lancers obtenus avec 10 de moins par match que les Sixers, premiers du classement. La saison passée, ce n’était pas non plus le point fort de l’équipe, qui pointait à la 20e place du classement dans ce domaine.

Y a-t-il une chance que les choses s’améliorent ? Regardons donc l’historique des lancers-francs obtenus par les cinq joueurs qui en obtiennent le plus dans l’effectif en ce début de saison et comparons avec un spécialiste du domaine que les fans des Celtics connaissent bien, Isaiah Thomas.

Morris n’a jamais été un gros tireur de lancers-francs et il reste à peu près constant dans ce domaine, ce n’est pas non plus la spécialité de Kyrie malgré ses qualités de dribble et dans l’attaque du panier, et ça ne va pas en s’améliorant. Pour les jeunes, c’est plus encourageant. Brown a montré une belle progression là-dessus sur sa saison sophomore et on peut espérer qu’il se reprenne. Tatum lui a fait une saison rookie correcte dans ce domaine et est en légère progression. 

Mais on voit qu’aucun de ceux-là ne s’approche des chiffres d’IT, notamment dans ses saisons avec Boston où il est allé jusqu’à obtenir en moyenne 8,5 lancers par match. Celui qui pourrait faire une vraie différence dans ce domaine, c’est Hayward. Il a grandement progressé sur ses premières années pour se stabiliser sur une excellente moyenne de 6 lancers-francs. Cette année il est à peine à 2 par match, mais s’il retrouve son agressivité petit à petit dans la saison, on peut s’attendre à du mieux de sa part sur ce plan.

Un problème mental ?

Voilà pour l’aperçu des problèmes offensifs des Celtics du point de vue tactique. Le jeu de Boston est loin d’être optimal et l’absence d’adresse qu’on espère passagère met en lumière ces défauts. L’adresse devrait revenir mais les Celtics seraient avisés de faire évoluer leur jeu pour en être moins dépendants.

Maintenant, avançons nous sur un terrain un peu plus glissant et essayons d’émettre des hypothèses sur le manque d’adresse, le jeu collectif parfois défaillant et les problèmes d’agressivité des Celtics. 

La saison dernière avait été une réussite qui a propulsé Boston au rang de favori, en raison d’une jeunesse triomphante qui avait atteint les finales de conférence en l’absence des deux stars de l’effectif puis du retour de blessure des stars en question. Mais il ne faut pas oublier que la saison dernière tout n’était pas si rose, puisque comme on l’a vu l’attaque des Celtics était déjà loin d’être tout le temps flamboyante. Mais il y avait eu cette série de 16 victoires de suite, des matchs qui étaient loin d’être tous très aboutis mais qui avaient donné énormément de confiance à l’équipe. L’euphorie des jeunes qui avaient tout à prouver, Kyrie soulagé d’être parti de Cleveland, tout cela s’était mélangé pour donner un souffle capable de faire basculer les rencontres du bon côté.

On ne retrouve pas cet esprit sur ce début de saison, les événements tournent moins en faveur de Boston et le très compliqué road-trip sur la côte ouest soldé par un bilan de 1-4 a sans doute fait mal aux têtes. Les jeunes pousses de l’effectif ne doivent plus prouver, mais confirmer, ce qui est toujours plus compliqué. Kyrie revient de blessure et découvre encore son rôle de franchise player, notamment lors des périodes plus compliquées comme celle que traverse l’équipe. Hayward sort d’un an sans jouer et il  doit reconstruire sa confiance et son jeu. 

Marcus Morris, un des vétérans de cette équipe, avoue lui-même que la jeunesse de l’effectif leur joue peut-être des tours.

« Il y a beaucoup d’ascenseurs émotionnels et je crois que c’est la différence entre une équipe expérimentée et une équipe jeune. Avec des vétérans, quand le match est fini on passe à autre chose, hop, poubelle et en route pour le suivant. J’ai le sentiment que notre humeur change à chaque match et je crois qu’au final pour gagner on ne peut pas être comme ça. S’il y a un match où tu ne joues pas aussi bien que tu pourrais, tu dois faire en sorte que ça n’empiète pas sur l’entraînement ou la journée qui suit. Je pense que c’est ce qui nous manque en l’état actuel des choses. »

Les choses vont très vite en NBA et à l’été prochain d’importantes questions financières vont déjà se poser, mais nous ne sommes que dans la deuxième année du projet actuel de la franchise, véritablement débuté avec l’arrivée d’Irving et Hayward. Les Celtics ne peuvent pas vraiment se permettre de gâcher une année où ils sont en lice pour le titre, mais ce n’est peut être pas si étonnant que la route ne soit pas aussi tranquille qu’on se l’imaginait pendant l’intersaison. Cette équipe est encore en apprentissage et ces périodes difficiles font donc partie des passages obligés avec des jeunes dont on attend beaucoup. À ce propos, laissons le mot de la fin à un Morris plus Senior que jamais :

« J’ai toujours autant confiance en eux. On a été à la guerre ensemble l’an dernier, je sais de quoi ils sont faits, de quoi ils sont capables. »

Article rédigé par Hugo Geindre