Comment Marcus Smart a réveillé Gordon Hayward

Trois jours avant d’inscrire 30 points face aux Minnesota Timberwolves samedi dernier, Gordon Hayward montrait un visage furieux et écarlate dans les locaux d’entraînement des Boston Celtics, à Brighton.

Les Celtics étaient en plein entraînement, dans l’une de leurs sessions les plus intenses de la saison, et les joueurs se comportaient assez physiquement avec Hayward – « des fautes, ce genre de trucs » – comme le rapporte Marcus Morris.

« Jusqu’au stade où il est devenu rouge, se souvient Morris. Il était vraiment énervé, il s’est mis à jouer vraiment à fond. »

De manière assez prévisible, le catalyseur derrière tout ça n’était autre que Marcus Smart, toujours selon Morris. L’instigateur en chef de l’équipe s’est accroché dans le jeu avec Hayward, qui bouillonnait intérieurement.

Les résultats furent révélateurs. Brad Stevens a ainsi indiqué que l’entraînement lui avait mis la puce à l’oreille : Hayward allait sortir une grosse performance. Kyrie Irving confirmait ensuite qu’il savait que Hayward « avait ça en lui ». Toujours selon Morris, Hayward a ensuite commencé à s’échapper en contre-attaques et à les conclure par des dunks si ravageurs que les Celtics n’en avaient encore jamais vus depuis l’arrivée du joueur.

« Chaque fois que Smartie est dans un accrochage avec quelqu’un, résume Morris dans un sourire, c’est positif. Ça fait un moment que j’attends de voir ce côté de Hayward. »

Ainsi, les Celtics surent qu’un gros match n’allait pas tarder à arriver. Dans la victoire facile contre les Cleveland Cavaliers, Hayward a rendu une copie de 14 points, quatre rebonds et quatre passes décisives, ce qui constituait un match solide mais relativement quelconque.

Mais lorsque Hayward a rentré ses deux premiers tirs à trois points face aux Timberwolves – alors qu’il tournait à 29,3% de réussite dans l’exercice avant samedi, quelque chose semblait clairement différent.

« J’ai fait mon boulot, tempère Hayward. Mes coéquipiers m’ont trouvé et j’ai rentré mes deux premiers treys. Quand quelques-uns de tes tirs rentrent, c’est comme si le panier s’agrandissait un peu, et mes coéquipiers ont continué à me trouver des tirs ouverts au fil du match, je les ai rentrés. »

Tout cela minimise ce que Hayward a dû traverser pour en arriver là. Il y a d’abord eu la blessure en elle-même, puis les conséquences immédiates : cinq minutes de jeu puis un vol en hélicoptère et une opération. Il y a ensuite eu la rééducation, une longue année d’exercices répétitifs et de frustrations. Il y a ensuite eu ce petit contretemps en mars dernier, suivi par encore plus de rééducation. Puis il y a eu les matchs de pré-saison, mais ceux-ci furent suivis par les difficultés rencontrées en début de saison. Enfin, il y a eu cette relégation du cinq de départ pour le banc.

Et petit à petit, il y eut des progrès. Hayward commença par mener la second unit, en portant la balle et en organisant le jeu. Il retrouvait des sensations sur pick and roll. Il commença à attaquer le panier, à cadenasser ses vis-à-vis en défense.

« Tout ça n’a vraiment pas été facile pour lui, rappelle Stevens. Il n’a cessé de serrer les dents, d’être un super coéquipier et de travailler dur. Je pense que tout ça mérite d’être su. La saison n’a pas vraiment commencé comme il le voulait, il n’est plus titulaire, mais je crois que tout ça a permis de montrer l’exemple, de montrer la mentalité que doit avoir cette équipe, et j’espère qu’on va suivre cet exemple. »

Et enfin, il y eut samedi. 30 points à 8/16 dont 4/5 à trois points, neuf rebonds et huit passes décisives. Hayward au tir extérieur. Hayward au panier. Hayward sur la ligne des lancers. La victoire des Celtics, sur le score de 118-109, était une sorte de point culminant – du moins de l’extérieur, et même si Hayward minimisait ensuite l’importance de sa performance.

« Ce n’est jamais bon de s’enflammer sur les bons moments ou de se laisser abattre par les mauvais, a-t-il dit. Il faut accepter tout ça sans sourciller, puis on repart pour une autre bonne semaine d’entraînement et de récupération, et il faudra capitaliser sur cette victoire, être régulier. »

Il est certainement bon de prêcher pour plus de régularité, mais on peut tout de même se permettre de repenser au match de samedi dernier et de se dire que Hayward a manifestement minimisé son importance. Sa résurrection a le potentiel de devenir un moment charnière de la saison de Boston. Irving et Jayson Tatum se sont parfois montrés brillant, et l’insertion de Morris et Smart dans le cinq de départ s’est révélée être la dose d’énergie qu’il fallait pour réveiller l’attaque des Celtics. Mais les qualités de couteau suisse de Hayward sont essentielles pour tout lier et faire passer les Celtics de la catégorie des bonnes équipes à celle de prétendantes au titre.

Après le match de samedi, quatre joueurs de l’équipe se sont précipités sur Hayward – qui était interviewé – pour l’arroser de Gatorade et d’eau.

« Tout le monde veut le voir revenir en pleine forme, surtout ceux qui savent ce qu’il a traversé et qui savaient que ça prendrait du temps, lance Stevens. Mais dans cette ligue, on n’a pas vraiment le temps car les matchs s’enchaînent vite. Donc c’est super de voir ses coéquipiers lui faire ça, mais ils n’ont jamais cessé de l’encourager. J’espère qu’on va pouvoir construire là-dessus, c’est tout. »

La prochaine étape ? Faire en sorte que des performances comme celle de samedi deviennent la norme.

« Franchement, on a vu le vrai Gordon, se réjouit Irving. Ça lui a pris un peu de temps pour trouver son rythme, c’est sûr, et il faut dire qu’il y a du talent à Boston. Alors ça plus la pression avec les attentes autour, ça a un peu donné tout ce qu’on a pu lire. Je crois qu’on en a marre d’entendre tout ça à présent. Maintenant on joue, Gordon fait du Gordon, les gars se donnent des deux côtés du parquet. »

Les problèmes du début étaient incontestablement naturels, mais la suite devrait l’être tout autant.

« Comme ci, comme ça, il essayait de revenir, conclut Morris. C’est une nouvelle norme, et c’est humain, de penser avant tout à sa cheville et d’y faire gaffe. Mais maintenant, je crois qu’il sait que ça ira, et on verra encore plus de bonnes choses de sa part. »

Traduction de l’article de MassLive.com « Boston Celtics’ Gordon Hayward’s angry practice foreshadowed 30-point outpouring vs. Timberwolves » par Léo Hurlin