Comment Tatum a oublié Kobe

Au milieu du début de saison morose des Celtics, un joueur avait particulièrement inquiété voire agacé les fans : Jayson Tatum alias Taco Jay. Il faut dire qu’après une saison rookie exceptionnelle, les attentes autour du joueur étaient aussi grandes que l’amour que lui voue déjà une large partie du public celte. Le voir prendre une quantité bien trop importante de tirs à mi-distance et en rater la plupart avait de quoi exaspérer, surtout que s’agitait le spectre d’un retour vers le joueur qu’il était à la fac, extrêmement doué mais un peu trop fainéant, se contentant de fadeaways là où il pourrait travailler à obtenir de bien meilleurs tirs.

Le coupable de ce changement de mentalité était tout désigné : Kobe Bryant, qui avait trouvé une manière de continuer à enquiquiner les fans des Celtics même après sa retraite. L’ex-arrière des Lakers est en effet l’idole absolue de Tatum et après avoir analysé son jeu à la télévision américaine en fin de saison dernière, ce qui avait déjà fait grosse impression sur le rookie, il est allé encore plus loin en faisant des workouts avec Jayson cet été. 

Tatum bosse avec Kobe pendant l’été et soudainement ne se met à prendre que des tirs dégueulasses avec un pourcentage affreux, exactement comme Bryant tout au long de sa carrière. Forcément, on avait peur que l’affreux serpent nous ait définitivement cassé notre chouchou. Heureusement, sans faire de bruit, les choses sont revenues à la normale et plus personne ne se plaint de Tatum, et encore mieux, on ne parle plus du tout de Kobe.

On peut même remonter à l’exact moment où cela s’est produit : le jour où Brad Stevens a engagé un chaman pour libérer son petit Jayson de l’emprise de l’ignoble Bryant, le 8 novembre, dans l’avion entre Phoenix et Utah, en plein milieu d’un road-trip très compliqué pour les Celtics. Tatum sortait d’un match très compliqué contre les Suns, durant lequel il avait été remplacé dans le cinq par Smart à la mi-temps et après lequel l’assistant coach Micah Shrewsberry n’avait pas mâché ses mots.

Si on regarde les statistiques de Tatum sur les matchs avant ce vol et sur ceux après, la différence est flagrante.

Avant le 08/11

JoueurGMPGFGAFG%3PA3P%FTAFT%APGTPGPPG
usaJayson Tatum1132.012.739.34.034.13.690.02.61.914.6

Après le 08/11

JoueurGMPGFGAFG%3PA3P%FTAFT%APGTPGPPG
usaJayson Tatum1230.213.649.14.944.12.977.11.31.217.8

Malgré un temps de jeu un peu moindre, Jayson prend plus de tirs avec une réussite bien meilleure et inscrit plus de 3 points supplémentaires par match. Il donne par contre deux fois moins de passes décisives et obtient moins de lancers-francs. Pour essayer d’avoir une vue un peu plus précise, intéressons nous aux évolutions des différentes caractéristiques des tirs pris par Tatum.

Tout d’abord, les zones dans lesquelles il prend ses tirs. On voit que les critiques sur les tirs à mi-distance trop nombreux étaient bien fondées puisque Tatum prenait presque 38% de ses tirs dans cette zone. Mais depuis le 8 novembre, ce pourcentage est tombé à 23% au profit de tirs plus rentables près du panier ou à trois-points. C’est d’autant plus bénéfique qu’il a réussi à effectuer ce changement, qui lui a permis d’avoir de meilleurs pourcentages, sans réduire son volume de tirs. 

Forcément, ce changement de zones affecte le type de tirs qu’il prend. En dehors de l’augmentation des tirs à moins de 10 feet (à peu près 3 mètres), Tatum prenait avant le 8 novembre 50% de ses tirs en sortie de dribble (pull-up). Ce nombre a fortement diminué et il prend maintenant beaucoup plus de tirs en catch and shoot, tirs en général plus rentables.  

On peut en avoir la confirmation en regardant sa répartition de tirs en fonction du nombre de dribbles pris avant le tir. On voit bien que le nombre de tirs pris sans dribble, donc en catch and shoot, a considérablement augmenté. Cela s’est surtout fait au détriment des tirs pris après un ou deux dribbles, qui sont souvent des fadeaway pris à mi-distance après un dribble de dégagement.   

Toutes ces statistiques nous amènent à une conclusion : Tatum a été replacé dans un rôle de pur finisseur avec moins de responsabilités à la création. C’est à la fois une bonne nouvelle, puisque qu’il est plus efficace et qu’il inscrit plus de points dans ce rôle, et une mauvaise puisque son début de saison a montré ses limites à la création. 

Pour l’instant, Jayson est un joueur exceptionnel quand le décalage a été fait pour lui et qu’il n’a plus qu’à l’exploiter, que ce soit en rentrant ses trois-points en catch and shoot ou en allant finir au panier. Mais quand il doit lui-même créer ce décalage, il se retrouve souvent à prendre des tirs difficiles avec une réussite insuffisante ou à perdre la balle.

Il n’y a plus qu’a espérer qu’en retrouvant plus de sérénité dans un rôle qu’il maîtrise mieux, Tatum pourra progresser petit à petit sur sa création. En s’inspirant de joueurs plus efficaces et altruistes que Kobe si possible.

Article rédigé par Hugo Geindre.