« J’aime Boston, et Boston m’aime »

Une semaine après que sa mère, Camellia, a perdu son combat contre un cancer, Marcus Smart décida de retourner au seul endroit où il pourrait surmonter la douleur. Il prit un avion depuis sa ville natale de Dallas en direction de Boston, où sa famille élargie l’attendait à bras ouverts.

Le 24 septembre 2018, deux jours après les funérailles de Camellia, Smart rejoignit ses coéquipiers des Celtics dans un studio de Canton, Massachusetts, pour le Media Day annuel qui préface le training camp. Comme à chaque occasion depuis quatre ans, il allait de stand en stand, signait des autographes sur des ballons de basket, s’asseyait pour des interviews avec des animateurs de radios, passait devant la caméra pour enregistrer des vidéos d’encouragement à l’intention des fans pour la saison à venir, le tout en arborant le sourire enthousiaste de son attitude naturelle et pleine de vie.

Mais ses yeux racontaient une toute autre histoire. Une histoire de détresse, de dévastation et de vide.

Il était apparu dans sa vie un vide qu’il n’avait jamais connu, ni même imaginé auparavant. Rien ne pouvait combler ce vide causé par le décès de sa mère, mais le fait d’être revenu à Boston où la famille Celtics l’entourait de tout son soutien, pouvait au moins l’aider à trouver la paix.

« Je vois le basket comme un cyclone, c’est l’œil du cyclone, expliqua Smart aux reporters en ce jour en se penchant vers le micro fixé sur la table de l’estrade où il se tenait assis vêtu de son maillot n°36. Il n’y a pas d’endroit plus calme que l’œil d’un cyclone. C’est ce que représente le basket pour moi, c’est mon œil. Avec tout ce qu’il se passe autour de moi, tout ce qui est détruit et autres, le basket me permet de rester calme. »

À seulement 24 ans, Smart a déjà largement eu son compte de tempêtes destructrices. Il y a un peu moins de quinze ans, une avait déjà soufflé dans sa vie et emporté son frère, Todd Westbrook, du même mal qui emporterait sa mère bien plus tard.

Westbrook, une star du basket au lycée Lancaster High School, dans la région de Dallas, était celui qui a appris à Smart comment se battre dans l’adversité. Un soir, après avoir fait sa séance de chimiothérapie et de radiothérapie pour combattre la tumeur derrière son œil gauche, Westbrook remplit les papiers pour sortir de l’hôpital afin de se rendre au gymnase de son lycée. En dépit d’un œil complètement gonflé, il enfila sa tenue et inscrivit 30 points ce même soir.

Westbrook eut à se battre contre une leucémie dix-huit ans durant, avant qu’elle ne le terrasse à l’âge de 33 ans. Smart, qui n’était qu’âgé de neuf ans à l’époque, fut terriblement affecté par la triste nouvelle, mais elle lui apporta également une nouvelle appréciation de la vie et du basket.

« Le fait de le voir souffrir chaque jour sans pour autant savoir quand il rendrait son dernier souffle, ça a tout remis en perspective pour moi, ça m’a fait comprendre que tout peut basculer à n’importe quel instant, confie-t-il à celtics.com. Donc quand je suis sur le parquet, je donne tout ce que j’ai, je fais tout ce que je peux jusqu’à ce que je n’aie plus rien, parce que mon frère n’a pas eu cette opportunité de le faire. »

Avec cet état d’esprit, Smart apporte résilience et détermination à Boston depuis plus de quatre ans. Sans être le genre de joueurs qui noircit la feuille de statistiques avec des chiffres hallucinants, sa capacité à accepter de mettre son corps tout entier dans la balance et à faire les petites choses qui font gagner lui ont attiré un amour inconditionnel au sein de la ville.

Grâce à cet amour, Smart a développé une vraie relation avec la ville, qu’il considère comme faisant partie de sa famille – une famille qu’il souhaite ne jamais quitter.

« J’aime cette ville, dit-il. J’ai grandi ici, ça fait un moment que j’y suis. J’ai passé un certain temps à Dallas, puis je suis allé à la fac, mais c’est ici que je vis, c’est ma maison. Pour moi, dire que je suis un habitant de Boston, ça signifie énormément car Boston m’a accueilli en tant qu’individu, joueur, et tant d’autres choses. »

« J’aime Boston, et Boston m’aime. »

Une association sur mesure

Danny Ainge ne saurait dire quand et où il a vu Smart jouer au basket pour la première fois. Au cours de la saison universitaire 2012-13, le président des opérations basket de la franchise a fait tant de fois le déplacement pour voir le joueur passé par Oklahoma State que les matchs se sont un peu rassemblés en un seul souvenir, à présent.

Ainge se souvient néanmoins des deux pensées qui ont surgi en lui lorsqu’il a vu ce meneur de 1m93 et 100 kilos fouler le parquet pour la première fois.

« Je le veux dans mon équipe. »

« Je ne veux pas l’avoir dans l’équipe d’en face. »

Ce ne sont pas les qualités de basketteur de ce joueur d’alors 18 ans qui ont fait penser à Ainge qu’il le voulait dans son camp, mais sa façon de jouer. Smart abordait son sport avec une ténacité et une fougue qui résonnaient naturellement chez Ainge, lui-même un joueur guidé par sa passion dans les années 1980 et 1990.

« J’adorais vraiment sa façon de jouer, se souvient Ainge. Plus que ce dont il était capable, c’était sa mentalité de compétiteur. Il était fort, malin. J’adorais le voir jouer, tout simplement. »

Quand à l’autre songe dont nous parlions, c’est certainement un que les entraîneurs universitaires du pays partageaient avec Ainge. C’est le cas de Brad Stevens, dont la dernière année comme coach à l’université de Butler coïncidait avec la première année de Smart à Oklahoma State.

« Clairement, il y avait des choses sur lesquelles d’autres gars étaient meilleurs, résume Stevens, mais personne n’était aussi dur, aussi physique que lui. »

Lorsqu’on regarde l’historique de draft de Danny Ainge, on se rend compte que son intérêt pour un joueur comme Smart n’avait rien d’étonnant. À plusieurs reprises depuis sa prise de fonctions au sein du front office des Celtics, Ainge a sélectionné des arrières durs au mal à leur départ de l’université, comme Tony Allen, Avery Bradley, Rajon Rondo et Delonte West.

Peut-être Ainge a-t-il un faible pour ce genre de joueurs car ils lui rappellent ce qu’il apportait sur les parquets NBA lorsqu’il était joueur. Même s’il admet que Smart fait preuve de cran à un niveau bien plus élevé que lui en son temps.

« J’aimerais pouvoir dire que j’étais aussi dur que Marcus », glousse celui qui a été All-Star et deux fois champion.

Cependant, lorsqu’on en fut au printemps de la saison freshman de Smart, les espoirs du décisionnaire des Celtics semblaient loin de pouvoir aboutir sur du concret. L’équipe, promise aux playoffs, ne devrait pas pouvoir faire son choix avant le milieu du premier tour de la draft 2013. À ce stade, Smart, qui avait une réputation conséquente, aurait certainement été cueilli par une autre équipe.

Puis, le 16 avril 2013, à la veille du dernier match de saison régulière des Celtics, Smart fit une annonce retentissante : il retournerait à Stillwater, dans l’Oklahoma, pour sa deuxième année universitaire.

« Je m’attendais à ce qu’il quitte l’université à l’issue de sa première année, se rappelle Ainge. Mais j’étais content qu’il décide de rester. Je veux dire, je pense que beaucoup de gars devraient rester davantage à la fac, mais je me disais que c’était une bonne décision dans son cas. »

Primo parce qu’elle donnerait à Smart l’opportunité de mûrir en tant que joueur mais aussi individuellement. Et secundo, pour le plus grand bonheur des Celtics, parce qu’elle leur donnerait une deuxième opportunité de le choisir à la draft qui suivrait l’an prochain.

Ce même été, Ainge prit une décision qui altéra considérablement le destin de la franchise en transférant deux pierres angulaires de son équipe, Kevin Garnett et Paul Pierce, aux Brooklyn Nets. L’équipe, rajeunie et maintenant entraînée par Stevens, ne parvint pas à un meilleur bilan que celui de 25 victoires pour 57 défaites, mais la conséquence positive était la promesse d’une des toutes meilleures sélections à la draft 2014.

Au grand plaisir d’Ainge, c’est le sixième choix qui fut attribué à Boston au cours de la lottery de mai. Il avait des vues sur Smart, mais il ne savait pas encore que Smart avait de pareilles vues sur les Celtics.

« Marcus voulait atterrir à Boston, raconte Kenny Boren, ami proche et ancien entraîneur de Smart au lycée. On suivait les derniers développements de la draft NBA, et on était même allés à la lottery où les choix sont attribués. Quand on a appris que Boston serait à peu près là où on le voyait être pris dans la draft, on a – avec son agent – fait fuiter son intérêt pour les Celtics. »

Pourquoi un gosse de Dallas, sans la moindre attache avec la région de Nouvelle-Angleterre, aurait-il autant de sentiments positifs à l’égard de Boston ? Parce qu’il sentait que cette ville de cols bleus, passionnés, était l’incarnation de sa propre personne, et le palmarès de l’équipe de basket de la ville n’était que cerise sur le gâteau.

« J’ai bossé toute ma vie, explique Smart. Toute ma vie, on n’a pas cru en moi. Toute ma vie, j’ai dû me regarder dans une glace quand les autres doutaient de moi. J’étais celui qui avait le plus confiance en moi, j’ai toujours parié sur moi, et ça m’a réussi à chaque fois. Donc pour moi, il n’y avait pas de meilleure destination que cette ville où on est fier de bosser et de donner tort aux autres, et dans cette organisation d’excellence, la crème de la crème, pas de meilleure destination possible. »

Le 26 juin 2014, les deux camps virent leurs vœux exaucés puisque les Celtics choisirent Smart avec le sixième choix de la draft. À 20 ans, le gamin de Dallas allait découvrir un tout nouveau monde.

Un amour obtenu à la sueur de son front

Bien qu’ayant vécu dans le sud toute sa vie, Smart était parfaitement familier avec la scène sportive de Boston. Il savait tout des titres ayant marqué son histoire, de la pression que jouer devant les fans locaux et leur exigence pouvait engendrer, et des récompenses promises aux athlètes qui réussiraient à gagner leurs faveurs.

« Je pense que tous ceux qui gravitent dans ce milieu savent à peu près ce qu’est la culture sportive de Boston, avance Smart. En tant qu’athlète, si tu n’es pas préparé, ça peut te noyer, parce que les fans d’ici ont des attentes très élevées pour chaque équipe. »

« Ils sont trop gâtés, d’une certaine façon, et c’est positif, parce qu’ils ne connaissent que la victoire. Ils placent les sportifs sur un piédestal, et parfois on peut se demander si on sera à la hauteur. Et si on n’y est pas, on se demande si on est vraiment faits pour ça. Mais en même temps, ils accueillent à bras ouverts tous ceux qui montrent leur respect, leur dévouement, leur force de travail et leur éthique de travail. »

Smart était impatient de cet accueil, mais un petit contretemps vint retarder cela dès la deuxième semaine de sa saison rookie. Le 7 novembre, face aux Pacers, il se blessa à la cheville en retombant sur le pied d’un adversaire. La cheville gonfla tant que le staff médical des Celtics dût couper la chaussure pour libérer le pied de Smart. On lui diagnostiqua par la suite une grosse entorse qui l’éloignerait environ un mois des parquets.

Pour le développement d’un joueur, subir une blessure dès le début de son année rookie n’est pas l’idéal, mais Smart – comme toujours – n’a pas fléchi devant cette adversité et en est revenu plus fort encore. À son retour, dans son premier match une fois sa restriction de minutes levée, il inscrivit 23 points, capta cinq rebonds et délivra quatre passes décisives sans la moindre perte de balle en 35 minutes de jeu face aux Wizards.

Cette performance fut révélatrice aux yeux des fans des Celtics. Une bonne quinzaine de jours plus tard, c’est le cœur de ces mêmes fans que Smart parvint à atteindre.

Le 26 décembre 2014, Smart était titularisé pour la deuxième fois de sa carrière dans une rencontre face aux Nets, au TD Garden. À la lecture de la feuille de match, sa ligne statistique de cinq points, six passes décisives, trois rebonds et quatre interceptions ne sauta pas vraiment aux yeux, mais une action en particulier resta dans les mémoires.

Durant le troisième quart-temps du match, Jarrett Jack, le meneur des Nets, montait le ballon avant d’en perdre momentanément le contrôle. Smart saisit l’occasion pour plonger sur le parquet afin d’attraper le ballon. À peine l’avait-il récupéré que Garnett vint à sa rencontre pour le lui reprendre, mais Smart réussit très vite à le lancer derrière lui, au-dessus de sa tête, à Jeff Green qui put inscrire un dunk très facilement en contre-attaque.

L’action était si impressionnante que Garnett, pas franchement connu pour témoigner de l’affection à ses adversaires sur le terrain, donna une petite tape sur le torse de Smart et le félicita pour ce super geste. Les fans des Celtics ne manquèrent pas de le remarquer, réalisant au passage qu’il y avait quelque chose de spécial chez Smart.

« C’est sa passion [qui fait que les fans des Celtics se sont vite entichés de Smart], affirme Stevens. C’était très clair quand je suis arrivé, et je savais déjà en venant que ça s’appliquait aux équipes locales de manière générale, que si une équipe ne joue pas collectivement et ne joue pas dur, elle ne sera probablement pas très appréciée. Marcus est un joueur qui pense collectif et qui joue constamment à fond. Même lorsqu’il fait une erreur, tout le monde sait qu’il l’a faite en étant au niveau max, et je pense que c’est une des nombreuses raisons qui font que les gens adorent le voir jouer. »

Les encouragements que Smart a pu recevoir de la part des fans de Boston n’ont fait qu’intensifier ce désir de jouer dur. Plonger sur des balles perdues est devenu sa signature et lui a ainsi valu le surnom du « Cobra ».

Un cobra qui attaque de plusieurs façons. Al Horford, son coéquipier à Boston, l’a appris à ses dépens lorsqu’il jouait pour les Hawks. Vétéran dans cette ligue, l’intérieur n’oubliera jamais sa première vraie impression de Smart. C’était au cours du premier tour des playoffs 2016, et ce ne fut pas par une poignée de main mais plutôt une secousse sismique.

« Je suis connu pour les écrans que je pose. C’est un peu mon domaine, n’est-ce pas ? demande ainsi Horford tout en installant le décor pour son anecdote mémorable. Donc, je me souviens qu’il était en train de défendre sur Kyle Korver et il a tout bonnement traversé mon écran. Je veux dire, il m’a démoli. Je crois qu’on lui a sifflé une faute, mais je me suis demandé qui était ce type. Je savais qui c’était, mais c’est là que j’ai vraiment compris à quel point il jouait physique et dur. »

Smart a beau mesurer quinze centimètres de moins que Horford, lorsque les deux étaient opposés, ce dernier s’est toujours senti désavantagé.

« C’est vraiment le joueur sur qui je n’ai jamais vraiment pu poser un écran, se remémore Horford. Quand j’y repense, c’est vraiment celui avec qui j’avais le plus de mal parce qu’il était vraiment fort pour se glisser derrière l’attaquant, éviter l’écran, et ça c’est compliqué à gérer. C’est ce qui fait de lui un défenseur à part. »

Au terme de cette série de playoffs, les Hawks parvinrent à se débarrasser des Celtics en six matchs, et Horford n’eut plus jamais à affronter Smart de nouveau. En effet, lorsqu’il devint agent libre deux mois plus tard, celui qui comptabilisait alors à son palmarès quatre sélections au All-Star Game décida de s’engager à long terme avec les Celtics.

« J’étais vraiment content, se souvient-il dans un rire soulagé de sa décision de s’allier à Smart. C’est simple, je savais que c’était quelqu’un sans peur, un compétiteur, et qu’il incarnait beaucoup de choses qui vont avec le mot ‘Celtics’. »

Telle mère, tel fils

Les qualités qui ont fait de Smart le prototype-même du Celtic sont des qualités qu’il a globalement héritées de sa mère. Camellia était animée par une flamme et une passion similaires à celles du plus jeune de ses quatre fils.

Parfois, Camellia pouvait même sembler un peu intimidante. Quiconque a connu Smart durant sa jeunesse pourrait en témoigner : sa mère suivait toujours ses convictions jusqu’au bout.

« Oh, elle ne se privait jamais de vous dire ce qu’elle avait à dire, rit Boren. Si elle sentait qu’elle devait se prendre le chou avec lui, croyez-moi qu’elle le faisait, et elle trouvait même quelqu’un d’autre avec qui se prendre la tête. Elle venait même me confronter ! »

« J’ai conservé un de ses messages vocaux, un que je ne supprimerai jamais, qu’elle m’avait laissé parce que je n’avais pas répondu à ses appels. Elle m’avait appelé et je crois que j’étais occupé donc je n’avais pas vu, et elle m’a dit sur le ton de la plaisanterie – sauf que ça n’en était pas une – simplement ‘Bon sang, quand je t’appelle, tu décroches ton satané téléphone. Je ne veux pas parler à ton répondeur’. »

Smart est tout pareil. Et c’est ce qui fait de lui un tel leader, vocal et fort, sur les parquets.

« Marcus aura toujours ce tempérament impétueux qui le caractérise, et il ne se privera jamais de dire ce qu’il pense, acquiesce Boren. C’est sa façon d’être : extrêmement franche et directe. C’est ce que j’aime par-dessus tout à son sujet, il n’y a pas d’esbroufe avec Marcus. »

Il y a toutefois un côté plus doux chez Smart, un que la plupart des fans n’ont pas l’opportunité de voir. En coulisses, il est aussi gentil et attentionné que possible.

Chaque membre de l’organisation des Celtics a une histoire qui pourrait témoigner de la nature charitable de Smart. Celle que Ainge adore raconter date d’un entraînement lors de la saison rookie de Smart. L’exercice en question était une course, un relais, avec des poids comme traîneaux à tirer et à se passer entre coéquipiers d’un bord de touche à l’autre. Parmi tous les participants à cet exercice, Smart était le seul qui, lorsqu’il avait fini son segment, faisait tourner le traîneau dans l’autre sens pour aider son coéquipier à repartir.

« Ça a l’air d’être trois fois rien, poursuit Ainge. Mais c’est Marcus. Il pense aux autres. C’est un gars dur, physique, bourru, mais au fond il est doux. »

Et la compassion de Smart ne se limite pas à ses coéquipiers. C’est toute la communauté qui l’entoure qui peut en témoigner. Inspiré par l’histoire de son frère, Smart a créé la fondation Young Game Changer Foundation (qu’on pourrait traduire par « Un jeune change la donne »), une œuvre caritative qui lui permet d’apporter de la joie dans la vie d’enfants atteints de maladies graves et chroniques, et qui lui permet aussi d’encourager les jeunes athlètes de la ville à « changer la donne » hors des terrains.

« Au fond de lui, Marcus est resté un enfant, c’est normal que les enfants soient sa priorité, résume Boren, qui occupe un poste administratif dans la fondation de Smart. Si vous l’habillez avec un costume, une cravate, et que vous le mettez avec des adultes, il ne sera pas bien. Mais si vous le laissez avec des enfants faire une bataille d’eau avec des pistolets à eau, il y restera trois heures. »

Au cours des saisons NBA, Smart n’a pas vraiment de temps libre. Mais le peu qu’il a, il le consacre à la communauté de la région de Boston. Il vit pour prendre part aux événements caritatifs hors des parquets tout autant qu’il vit pour ses actions défensives qui vous font gagner une rencontre.

« C’est vraiment révélateur, ajoute Boren. Quand il dit ‘J’aime Boston, et Boston m’aime’, il est vraiment impliqué localement. »

La nature généreuse et compatissante de Smart lui vient également de sa mère. Aussi dure et fougueuse pouvait-elle être, Camellia avait l’âme la plus douce et généreuse qu’il soit. Elle aimait tous ceux qui aimaient Marcus, et les considérait comme de sa famille.

Lorsque les Celtics jouaient à Dallas, Camellia attendait souvent son fils et ses coéquipiers à leur hôtel avec un festin des plus copieux et préparé avec l’amour d’une mère.

« Mon Dieu, qu’elle était bonne en cuisine, se souvient Horford en se léchant les babines dans un sourire les yeux écarquillés. C’était tout simplement génial. Et puis j’ai eu l’occasion de la revoir dans la salle familiale [du TD Garden], j’ai appris à la connaître. Elle et Marcus étaient vraiment, vraiment proches. »

À l’intérieur comme à l’extérieur, Camellia était le reflet de son plus jeune fils.

« Cette femme, c’est tout ce qu’est Marcus, conclut Boren. Marcus est comme sa mère. »

Une famille aimante

À la mi-avril 2018, en pleine rééducation après une opération de la main, Smart alla rendre visite à sa mère, à Dallas. C’est alors qu’il fut informé de l’état de santé bouleversant de sa mère.

Smart était en pleine préparation dans l’optique de revenir de son opération à temps pour les playoffs, mais l’annonce du cancer diagnostiqué à sa mère ne lui donnait pas d’autre envie que celle de reléguer le basket au second plan.

C’était hors de question pour Camellia.

« Elle m’a dit qu’elle préférait me voir ici à faire ce que j’aime plutôt que là-bas [avec elle], avait ainsi expliqué Smart avant le deuxième match du premier tour des playoffs contre les Bucks, parce qu’elle aime me voir jouer et que ça lui redonnerait le sourire de me voir revenir sur le parquet. »

Alors Smart renfila son maillot, et mobilisa tout son cœur et son âme dans un seul objectif : rendre fière sa mère une dernière fois.

Avec le soutien de sa mèree mais aussi celui de toute la ville de Boston, Smart contribua à hisser une équipe des Celtics décimée jusqu’au septième et dernier match des Finales de Conférence Est, où elle chuta face aux Cavaliers de LeBron James. À cette époque, il savait que ce match aurait pu être le dernier de sa carrière à Boston, car il s’apprêtait à devenir un agent libre restreint, mais il avait clairement fait comprendre qu’il ne voulait pas rejoindre une autre équipe.

« Je veux rester ici, avait-il martelé lors de sa dernière interview avant l’intersaison et ses incertitudes. J’adore cette ville, cette équipe, son esprit. Ça fait quatre ans que je suis ici, mon cœur est ici. »

Pour le restant de cet été, le cœur de Smart serait cependant à Dallas, où il passa des heures et des jours au chevet de Camellia. La santé défaillante de sa mère et l’incertitude quant à son futur professionnel furent source d’une profonde anxiété pour lui. Jusqu’au 19 juillet, jour où les Celtics le soulagèrent d’un poids en annonçant sa re-signature pour un contrat longue durée.

« Ça signifiait tellement de choses pour moi, se souvient-il après plusieurs mois, bien plus que je ne saurais vous dire ici et maintenant. »

Avec la résolution de sa situation contractuelle, Smart pouvait tourner toute son attention vers sa mère pour le restant de l’été. Sa présence indéfectible ainsi que celle de sa famille et de ses amis aidèrent à faire vivre en elle une lueur pendant encore deux mois, avant que son soleil ne se couche le 16 septembre.

Profondément dévasté, Smart dût lutter pour surmonter le décès de son plus grand modèle et de sa plus grande fan.

« Elle était toujours aux matchs ou l’appelait après chaque match, témoigne Boren. Elle l’appelait et lui disait ce qu’il avait mal fait, du genre ‘Quand est-ce que tu vas rentrer tes foutus lancers ?’ ou ‘Cesse donc de perdre ces satanés ballons !’. Il ne recevra plus jamais ces appels, et c’est dur pour lui. »

Camellia terminait chaque appel avec tendresse, disant à son fils : « Dieu t’aime, je t’aime. » Une phrase qui est désormais tatouée sur l’avant-bras droit de Smart, où il peut poser les yeux et entendre la voix affectueuse et apaisante lorsqu’il le souhaite.

Ce sont ces petites choses qui l’ont aidé à tenir bon. De même que le soutien d’une des organisations les plus portées sur la famille dans le sport professionnel.

Le 22 septembre, la famille de Smart célébrait la vie de Camellia, un événement auquel le coaching staff des Celtics et de nombreux joueurs assistèrent. Smart était plus que reconnaissant de leur présence à ses côtés en ce jour.

« À vrai dire, j’étais surpris de les voir à cet office, confie-t-il. Je ne savais pas que quelqu’un viendrait. Enfin, Brad m’avait dit qu’il viendrait avec plusieurs entraîneurs, mais mes coéquipiers, Al, Terry [Rozier], Jaylen [Brown], Daniel Theis, Semi [Ojeleye] et tous ces gars, pas juste eux mais mes amis et ma famille, ça m’a énormément touché et ça montre à quel point cette organisation est une famille qui tient à ses membres. »

C’est parce que ces gens, et tous ceux qui côtoient Smart au quotidien, savent à quel point il est un individu unique.

« Marcus compte pour moi, et pas juste sur le parquet, dit ainsi Horford. C’est un garçon super, et je pense que les liens qu’on construit à travers le basket perdurent toute la vie. Donc dans un des moments les plus durs de sa vie, je voulais vraiment être là pour lui et lui faire savoir qu’il a mon soutien. »

Un soutien que Smart a reçu bien au-delà de sa famille Celte, puisqu’il a reçu des milliers de messages compatissants de la part de fans et athlètes sur les réseaux sociaux. Lorsqu’il est revenu dans le Massachusetts, cette vague d’amour n’a pas cessé : ses concitoyens l’ont porté sans intention de le laisser retomber.

« Ce genre de choses, quelque part, ça aide à surmonter un peu tout ça, reconnaît Smart. Le fait de savoir que tout ira même quand on dirait que rien ne pourrait être pire. C’est vraiment incroyable d’avoir une ville, une organisation, un groupe de gens qui tiennent réellement à toi en tant que personne. Pas juste parce que tu es un joueur de basket, ou parce qu’ils ont la vie belle grâce à toi. Ils tiennent vraiment à toi. »

C’est sur le terrain, dans l’œil du cyclone, que Smart parvient le mieux à surmonter les choses. Sur le parquet, il fait revivre son frère en jouant pour sa mère. À travers la passion que tous deux ont fait germer en lui, il est devenu le moteur de ces Celtics. Ses entraîneurs, ses coéquipiers, la franchise et ses fans sont le carburant de sa machine.

C’est pour ça que Marcus Smart aime Boston. Et c’est pour ça que Boston l’aime en retour.

Traduction de l’article de celtics.com « The Story of Marcus Smart: « I Love Boston, Boston Loves Me » par Léo Hurlin