En coulisses, Semi Ojeleye serait-il le MIP des Celtics ?

La veille du réveillon du nouvel an, bien après que le reste de l’effectif des Celtics avait quitté les locaux où s’entraînait l’équipe afin de se préparer pour la soirée de réveillon de la franchise, Semi Ojeleye était quant à lui resté et en train de faire des sprints avec un préparateur physique du staff dans un gymnase quelconque d’une ruelle de San Antonio.

Une telle anecdote n’a rien d’exceptionnel quand on parle d’Ojeleye. L’ailier, qui se trouve dans sa deuxième saison NBA, refuse toute journée off à moins que les déplacements en avion de l’équipe ne l’y contraignent, et ce même si certains de ses coéquipiers comme Gordon Hayward lui ont vivement conseillé d’envisager de prendre du repos.

« L’an dernier, particulièrement, raconte Hayward. J’étais tout le temps fourré [dans l’ancien gymnase de l’équipe à Waltham] parce que je ne jouais pas. L’équipe rentrait de longs road trips et il s’y présentait. Je lui disais : ‘Mec, tu vas t’épuiser, fais une pause.' »

D’autres au sein de la franchise ont abandonné l’idée de convaincre Ojeleye de lever le pied ne serait-ce qu’une journée.

« Oh, j’ai laissé tomber cette idée plus tôt dans la saison, confirme l’assistant coach Scott Morrison, qui est spécialement assigné au développement d’Ojeleye. Je sais comment il est, c’est tout. Même si on a une grosse journée dans les transports ou qu’on va dans une nouvelle ville, je dois lui trouver un gymnase dans lequel il pourra s’entraîner. C’est plus facile comme ça, c’est tout. »

C’est peut-être plus simple de trouver un endroit où permettre à Ojeleye de prendre ses tirs que d’essayer de plaider pour du repos avec lui, mais ça n’est pas toujours une tâche simple pour autant. À New York, Morrison et Ojeleye ont ainsi tourné en rond pour trouver un gymnase pendant 45 minutes.

À Chicago, Ojeleye ne parvenait plus à retrouver son téléphone, et le chauffeur Uber du duo avait dû rebrousser chemin pendant qu’ils tentaient de localiser l’iPhone du joueur. Morrison raconte que l’app de localisation semblait reproduire les déplacements d’un groupe d’individus qu’ils avaient aperçu en train de laisser traîner leurs yeux à l’extérieur du gymnase. La scène qui s’ensuit est surréaliste : Ojeleye avait alors sauté par-dessus une barricade dans la rue et s’était mis à courir après le groupe, qui soutint ne pas avoir pris le téléphone. L’app de localisation continuait cependant de révéler des mouvements semblables à ceux du groupe. Ojeleye, Hayward et un trio d’assistants coaches de l’équipe avaient alors couru dans tous les sens sur un parking afin de trouver la clé du mystère. Le téléphone n’avait en fait pas quitté le gymnase un instant.

Aucun membre du coaching staff des Celtics ne regrette de se rendre autant disponible pour Ojeleye, en partie parce que le joueur est très sympathique.

« La plupart des coaches vous dirait qu’il est un de leurs préférés, affirme Morrison. Personnellement, je suis heureux d’avoir à travailler avec lui. Il y a quelques jours où c’est un peu plus dur d’avoir à se lever et se rendre au gymnase alors que tous les autres sont au repos, mais je dois dire que je suis content de le faire pour un type comme Semi qui n’a que de bonnes intentions, qui veut faire bien, qui fait autant preuve de patience en attendant que son heure vienne. Je pense qu’on respecte tous ça. »

Mesurer les progrès d’Ojeleye dans sa deuxième année est un peu délicat.

Ojeleye était une star, un scoreur pour la fac de SMU avant de se présenter à la draft, mais Boston – du moins pour l’instant – attend de lui qu’il remplisse un rôle de 3&D capable de switcher sur toutes les positions et de défendre. Ojeleye a montré çà et là des bribes de progrès au niveau de ses instincts de jeu, ce qui est un des points sur lesquels le front office espérait voir une amélioration. L’équipe estime que le joueur s’est également amélioré en défense au cours de cette deuxième saison après une première année solide.

Mais avec des minutes limitées, difficile de montrer beaucoup de choses.

« L’autre jour, je disais à Semi que je me demande s’il ne serait pas celui qui s’est le plus amélioré dans l’effectif, explique Brad Stevens. Mais malheureusement, à cause de la profondeur de l’effectif sur les ailes, c’est dur de lui trouver des minutes. Mais je le redis, c’est un des plus gros bosseurs et une des personnalités les plus adorables que j’ai côtoyées. »

Les rotations de l’équipe cette saison ont en effet été marquées par la continuité. Après avoir chamboulé son cinq de départ le 26 novembre dernier, Stevens a maintenu Marcus Morris dans ce groupe en dépit d’une absence de réussite qui s’éternise. Les minutes du banc n’ont pas changé malgré la saison délicate que vit Terry Rozier dans son rôle. Tout comme le reste de l’équipe, Stevens sait combien les Celtics peuvent être bons si l’ensemble des joueurs joue bien en même temps.

Mais, tandis que les Celtics attendent en espérant voir les choses s’imbriquer (on a vu plus d’un bon signe au cours des derniers matchs), Ojeleye attend toujours son opportunité. Les chiffres de sa saison ne témoignent pas d’une amélioration particulièrement remarquable : il est parti pour disputer moins de rencontres que l’an dernier, il dispute en moyenne cinq minutes par match en moins que l’an dernier, et son pourcentage de réussite à 3P est passé de 32 à 31.

C’est au niveau des statistiques avancées avec et sans Ojeleye que les Celtics ont mesuré du progrès. Son Net Rating est passé de -7,5 à +9,3. Selon le site Cleaning the Glass, les Celtics affichent un joli +4,5 lorsque Ojeleye foule le parquet, ce qui constitue la quatrième meilleure marque de l’équipe et se classe dans le 77e percentile de la ligue.

De son côté, ce genre de stats n’intéresse franchement pas Ojeleye.

« C’est probablement plus un truc pour les fans, mon agent, que qui que ce soit d’autre, sourit Ojeleye. Mais quand je foule le parquet, je m’assure d’avoir un impact, et parfois il se trouve que les gars autour de moi jouent bien quand je suis là. Je ne sais pas. Je suppose que c’est juste un truc de stats. »

Lorsque Ojeleye récolte des minutes, c’est souvent au milieu de groupes assez imposants physiquement et qui switchent sur tout en défense, tel que le cinq monstrueux que Stevens a aligné à un moment contre les Kings récemment. Ojeleye obtient également des minutes contre des joueurs comme Giannis Antetokounmpo, la star des Bucks contre qui la meilleure stratégie reste de mettre des gros gabarits difficiles à martyriser dans la peinture.

Lorsque c’est le cas, Ojeleye reçoit inévitablement des questions pour savoir comment il parvient à rester préparé. Des questions qui l’amusent.

« C’est marrant, parce que je pense que les gens se disent que si tu ne joues pas, tu rentres juste chez toi et tu te relaxes, dit-il. Je le croyais aussi. Quand j’étais à la fac, je voyais tous ces joueurs NBA, ces athlètes d’autres sports et je me demandais : ‘Qu’est-ce qu’ils font quand ils ne jouent pas ?’ Mais il y a tellement d’efforts à fournir pour pouvoir être bien quand on a l’opportunité de jouer… C’est une bénédiction d’avoir ces opportunités et il faut essayer d’en tirer le maximum. »

Au TD Garden, le vestiaire des Celtics est juste à côté d’une salle de musculation. Après les matchs où il ne joue pas sur décision du coach, on peut entendre Ojeleye soulever et reposer des poids alors que d’autres joueurs doivent répondre aux questions de la presse. Pendant que ses coéquipiers se douchent et repartent, Ojeleye navigue tant bien que mal à travers des hordes de reporters, ruisselant de sueur dans un sweatshirt tout propre.

Ojeleye dit avoir besoin de ces séances de musculation pour libérer toute l’énergie accumulée avant les matchs et inutilisée lorsqu’il ne joue pas.

« Je me suis rendu compte que quand je rentrais chez moi avec cette énergie en stock, ça affectait un peu mon humeur, confie-t-il. Donc j’essaie de l’utiliser assez vite. »

L’humeur d’Ojeleye est également affectée lorsqu’il ne peut pas faire ses séances de tirs durant les voyages de l’équipe.

« Quand on aime courir tous les jours, ne pas pouvoir courir un certain jour à cause de la météo, ça peut t’affecter, dit Morrison. Je pense qu’il est un peu comme ça. Il aime bien faire sa séance de tirs, faire ses sessions et après profiter du restant de sa journée. Il n’aime pas avoir un sentiment d’inaccompli, de ne pas pouvoir s’améliorer un jour. »

Il poursuit :

« Être sur un terrain et prendre des tirs, c’est un peu sa thérapie. Quand tu n’as pas cette petite part de ta routine quotidienne, ça peut être perturbant, mentalement. »

Durant la première saison d’Ojeleye, Morrison n’osait pas fixer des seuils de tirs réussis pour les sessions d’entraînement du joueur, et ce pour deux raisons. Premièrement car cela risquerait peut-être de prendre toute la journée si Ojeleye ratait ses tirs l’un après l’autre, deuxièmement car il savait que Semi ne se reposerait pas avant d’avoir atteint l’objectif fixé par son coach.

Cette année, les choses sont un peu différentes : Morrison fixe des standards élevés pour Ojeleye, et il est forcé de faire preuve de créativité pour que les sessions ne deviennent pas ennuyeuses. Pour ces raisons, Morrison est persuadé que le joueur brillerait avec un temps de jeu régulier.

« Le truc qui est dur avec Semi, explique Morrison, c’est que beaucoup de ses minutes sont à la fin d’un match, il vient de passer 40 ou 45 minutes sur le banc et il n’a qu’un seul tir. C’est dur de tourner à 40% aux tirs à trois points quand on n’a que ces opportunités, qu’on n’est pas régulièrement dans la rotation. Je crois qu’il a tiré à peu près tout ce qu’il pouvait de son temps de jeu. »

Bien entendu, Morrison et Ojeleye savent tous deux pourquoi ce dernier n’a pas encore eu de minutes régulières.

« On a beaucoup de très bons joueurs, beaucoup sont dans la ligue depuis un moment, donc c’est normal, reconnaît Ojeleye. C’est comme ça, je dois attendre mon tour et jusque-là, je dois continuer de bosser. »

Morrison ajoute :

« Dès que j’entends une histoire sur un joueur qui était dans sa situation, qui a fait sa part du boulot et qui en a récolté les fruits quand son heure est venue, j’essaie de la lui rappeler. Mais c’est surtout pour moi que je le fais, parce qu’il en a conscience. C’est rare que j’aie à le lui redire tout ça. Il garde le moral. »


D’ici à ce que vienne l’heure d’Ojeleye, Morrison continuera avec plaisir à réserver des gymnases peu cotés ou à traquer des téléphones égarés pour un joueur qui se prépare pour son tour au lieu de simplement l’attendre.

« Avec un tel état d’esprit, il n’y a aucune raison qu’il ne fasse pas une longue carrière en NBA, parce qu’il n’y a aucun risque avec lui, affirme Morrison. Je pense que s’il se retrouve dans une situation avec un temps de jeu régulier et qu’il le sait, il réussira à se détendre un peu et ça se verra dans ses stats. »

Il conclut :

« Tout le monde aimerait qu’il ait davantage d’opportunités, mais ce n’est tout simplement pas possible pour l’instant. Lorsque son heure viendra, tout ça portera ses fruits pour lui. »

Traduction de l’article de masslive.com « Boston Celtics’ Semi Ojeleye might be Boston’s most improved player, despite lack of regular minutes » par Léo Hurlin