Tito et Al : tel père, tel fils

Il est impossible de ne pas remarquer Tito Horford.

Dans la salle, personne n’est plus grand que lui. Dans la salle, personne ne se fait plus entendre que lui. Et, dans la salle, c’est également la personne qui ressent le plus de fierté.

Depuis le début de la campagne de playoffs, le père de l’intérieur Al Horford se tient assis – ou plutôt, debout – au bord du parquet, vêtu du maillot n°42 vert et blanc de son fils. À ce stade de la compétition, vous l’avez certainement vu aussi, car les caméras de la télévision se tournent souvent vers lui afin de filmer ses réactions enthousiastes aux bonnes actions de son fils sur le parquet.

« C’est vraiment super qu’il soit là, explique Al à celtics.com en pleine série des demi-finales de la Conférence Est. Mon père est toujours très enthousiaste quand il me supporte, et je suis très content qu’il puisse être là, avec moi, avec l’équipe, qu’il regarde ces matchs. C’est le genre de moments qu’on espère tous vivre ensemble. »

Tito a suivi l’intégralité de la carrière de son fils de près. Lorsque Al était au lycée, son père se rendait à tous les matchs qu’il disputait dans la région du Michigan. Plus tard, à l’université de Floride, son père se déplaçait également parfois pour le voir jouer.

Peu de choses ont changé avec la draft d’Al, en 2007. Tito, tout comme le reste de la famille Horford, assistait régulièrement à des matchs de son fils avec les Hawks. Cette habitude perdure partout dans le pays depuis que Al a rejoint les Celtics.

Tito, qui habite toujours dans le Michigan, ne se rend pas à tous les matchs de saison régulière. Cependant, il ne rate jamais un match de playoffs, ce qu’il a encore tenu à faire en cette campagne.

« Je profite de chaque minute, confie Tito. C’est pour ça que je vis, voyager avec lui, profiter de ce plaisir, c’est ce que j’aime. C’est un fils formidable, je l’admire vraiment sur et hors des parquets. C’est un plaisir pour moi de prendre du temps et faire ces voyages avec lui. »

Il y a quelque chose de comique à entendre Tito dire qu’il marche littéralement dans les traces de son fils, car c’est ce que Al faisait lorsqu’il était plus jeune. Tito possède en effet lui-même une carrière de basketteur riche. Il a ainsi été le premier joueur de République Dominicaine à intégrer la NBA. Après avoir joué à l’université de Miami, il avait été choisi en 39e position de la draft 1988 par les Bucks. Du haut de ses 2m16, il a ensuite joué deux ans pour Milwaukee avant de poursuivre sa carrière à l’étranger. Plus tard, il fera un court passage aux Bullets de Washington.

« Quand il était plus petit, il me suivait partout, se souvient Tito. Il venait avec moi aux entraînements quand je jouais à l’étranger, quand je jouais avec l’équipe nationale, et même ici à Milwaukee. Il était petit mais je l’amenais avec moi. »

Ces aventures père-fils ont contribué à faire de Al ce qu’il est aujourd’hui.

« Il a eu beaucoup d’influence sur moi, rien que parce que c’est en le voyant que je me suis intéressé au basket », acquiesçait le fils Horford peu après sa signature avec Boston en 2016.

Mais Al ne s’est pas contenté d’étudier le jeu de son père : il a également adopté une éthique de travail similaire en dehors des parquets. Tito était fier d’être un athlète rigoureux, assidu, et il a conservé des habitudes d’entraînement régulières tout au long de sa carrière. N’importe quel coach d’Al dresserait le même portrait.

« Il est très à l’aise avec ce qu’il est en tant qu’individu et joueur de basket, confirme Brad Stevens. Ça se voit part son attitude, sa façon d’être, son jeu. »

Tito ne pourrait pas être plus fier de ce qu’est devenu son fils. De fait, lui qui était l’inspiration d’Al est à son tour inspiré par son fils.

« Ce garçon a travaillé si dur pour devenir un bon joueur complet, mais pas juste un bon joueur : une bonne personne, s’émerveille Tito. C’est ce que j’aime le plus chez lui. Il est si humble, si dévoué, si rigoureux. Rien que lundi matin, je l’ai croisé à la salle de musculation, et je me suis dit ‘purée, mais il a joué 32 minutes hier’. Puis on a pris un petit-déjeuner et je me suis dit que je devais aller à la salle aussi. »

Il poursuit :

« Ce genre de truc m’impressionne parce que je vois son dévouement, sa soif de victoire, d’aider son équipe à passer au niveau supérieur. C’est pour ça qu’en tant que père, je suis fier. »

C’est en partie grâce au dévouement dont fait preuve son fils que Tito estime être encore en si grande forme à l’âge de 53 ans. Son physique ressemble encore très étonnamment à celui d’un joueur NBA, et lui-même suggère qu’il pourrait encore probablement jouer quelques possessions avec les pros.

« Signez-moi pour dix jours, vous verrez », blague-t-il.

Il est peu probable que de telles offres arrivent prochainement, mais Tito continue de faire son possible pour maintenir une telle forme. Il dit que c’est ce qui lui donne l’énergie pour être le fan le plus enthousiaste de la salle.

« Je m’entraîne beaucoup, j’essaie de garder ce qu’il me reste et ça aide beaucoup, détaille-t-il. Je dors comme il faut, je mange comme il faut, tout ça me donne de l’énergie. Et puis, Al est une source d’inspiration pour moi. Quand je vois mon fils suivre mes pas, faire ce que je faisais – enfin, il le fait bien mieux que moi – j’apprécie vraiment de le voir jouer, performer ainsi, être à ce niveau. »

Tito a particulièrement apprécié la performance de son fils dimanche dernier, dans la même ville où il avait lui-même commencé sa carrière pro.

« C’est un retour aux sources pour moi, vu que j’avais été drafté par cette équipe, raconte-t-il. Revenir à Milwaukee, voir mon fils jouer, non pas dans la salle où je jouais car on était au Bradley Center, mais le voir jouer là où je vivais au moment de ma draft, ça me donne des frissons de le voir sur le parquet. Ça me rend un peu nerveux, en tant que père on veut forcément voir son fils réussir. Mais quand le match commence, là, je suis à fond, je suis prêt. »

Pour le plus grand bonheur de son père, Al a réussi dimanche un de ses tous meilleurs matchs en playoffs lors du Game 1. À 32 ans, il a inscrit 20 points, capté 11 rebonds, distribué trois passes et contré trois tirs en 32 minutes, le tout sans perdre un ballon et tout en limitant Giannis Antetokounmpo, la superstar des Bucks, à 7/21 au tir. Cette performance s’avère décisive au moment où les Celtics retournent à Boston avec une égalité 1-1 dans la série.

Après le match de dimanche, le fier père a expliqué ce qui, selon lui, expliquait la réussite de son fils.

« Giannis est un bon joueur et c’est dur de le contenir tant il est athlétique pour sa taille, mais je vois que Al est très malin, explique Tito. Quand il joue contre des gars plus balèzes, du moins plus grands que lui, il fait preuve d’une vraie science du jeu dans ses appuis, ses bras. On l’a vu l’an dernier contre Joel Embiid, la façon dont il l’a contenu au poste, et on le revoit ici, il a gagné cette bataille. C’est le genre de joueur qui étudie son adversaire. Il regarde beaucoup de vidéos, et je pense qu’il défend mieux au poste bas que n’importe qui. »

Vous devinerez d’où Al tient ça.

« Il me parlait toujours de défense, de rebonds, se souvient Al au sujet de l’influence de son père. C’était vraiment un bon défenseur, donc ce qu’il m’a toujours dit, en gros, c’était : ‘Si tu sais défendre, tu auras toujours une chance de faire partie d’une équipe et de pouvoir jouer, on cherche toujours des gens qui savent défendre.’ C’est un conseil qui a porté ses fruits à ce jour. »

Al écoute toujours attentivement les conseils de son père, et la présence de ce dernier au bord du terrain donne un boost au joueur lorsqu’il entre en jeu.

« Je le regarde de temps en temps, sourit Al. Il est content, il adore. Il vit le truc à fond, c’est assez drôle. Mes frères et sœurs m’envoient des trucs sur lui, des screenshots de télé, ce genre de trucs, ça m’éclate à chaque fois. »

Tito se fond parfaitement dans la foule des supporters bruyants des Celtics. Il se souvient encore de sa première expérience des playoffs avec Al. C’était en 2008, quand les Hawks se sont retrouvés au premier tour des playoffs face aux Celtics. Il n’oubliera jamais l’énergie du TD Garden durant le Game 7 de cette série.

« J’ai dit : ‘Wow, j’adore les fans ici. Ils ne se taisent jamais, ils ne s’arrêtent jamais de crier’, se rappelle Tito. ‘C’est le genre de fans que j’adore, c’est le genre d’endroits où je voudrais voir mon fils jouer.’ Et c’est ce qu’il s’est produit ! C’est comme un rêve devenu réalité pour moi. »

Tito, un de ces fans charismatiques des Celtics que l’on croise en playoffs, vit ce rêve éveillé. Sa présence au bord du parquet ne saurait être ignorée. Et en tant que fier père, il ne manquera pas une miette des minutes de son fils sur le terrain.

Traduction de l’article de celtics.com « Like Father, Like Son: The Unbreakable Bond Between Tito and Al Horford » par Léo Hurlin