Comment Brad Stevens a vécu cet échec : « Il a vraiment été dur avec lui-même »

Peu après que les Bucks ont mis une fin abrupte à la saison des Celtics lors des demi-Finales de la Conférence Est le 8 mai dernier, Brad Stevens s’est installé à l’estrade pour sa conférence de presse et a fait ce qu’il avait fait tout au long d’une saison déconcertante pour son équipe : endosser à peu près toute la responsabilité de cet échec.

« Par rapport à toutes les autres saisons que j’ai coachées, je serais le premier à vous dire que celle-ci a été la plus éprouvante, a-t-il confié. Je ne pense pas avoir fait du bon boulot. Je veux dire, quand vient l’heure de dresser le bilan, en tant qu’entraîneur, si l’équipe n’a pas trouvé son équilibre optimal, c’est de ta faute. Donc je vais vraiment essayer de trouver en détail ce que je peux mieux faire. »

On aurait pu voir ça comme une stratégie qui visait à déporter l’attention sur soi afin que les joueurs ne la subissent pas. Toutefois, l’ex-assistant coach des Celtics Micah Shrewsberry assure que ce n’était pas le but.

Shrewsberry, qui a récemment accepté un poste d’assistant coach à l’université de Purdue, a probablement été l’homme le plus proche et en qui Stevens avait le plus confiance sur le banc de Boston au cours des six dernières années. De fait, il a pu voir pratiquement mieux que quiconque combien cette saison éprouvante avait fatigué son ami.

« Je pense qu’il a vraiment été dur avec lui-même, déplore Shrewsberry au Boston Globe. Même quand il faisait un super boulot et qu’il faisait tout ce qu’il pouvait, il restait perpétuellement en mode auto-critique. J’espère que les gars s’en sont rendus compte. »

« Il était toujours en train de réfléchir à des solutions pour nos problèmes, toujours à se demander comment il pouvait mieux mettre les gars en position de réussir. »

« Je crois que ça le ronge encore aujourd’hui. Mais on peut dire que ça a servi à poser des bases pour lui, sur comment les choses doivent être et comment il abordera tout ça à l’avenir. »

Publiquement, Stevens ne s’est pas exprimé une seule fois au sujet de la saison depuis sa fin à Milwaukee il y a trois semaines. Cependant, Shrewsberry a passé pas mal de temps au Auerbach Center depuis tandis qu’il prépare son déménagement pour l’Indiana le mois prochain, et il affirme que Stevens a presque aussitôt commencé à réfléchir à la suite.

« Il est complètement concentré, acquiesce Shrewsberry. Il a repris ses lectures, il regarde ce que font les toutes meilleures équipes et liste : ‘Voilà ce qu’on n’a pas su bien faire, voilà comment on va y remédier, et pour le roster on verra le moment venu’. »

« En tout cas, il est de retour à 100% et focalisé sur l’année prochaine, il se prépare pour réussir la prochaine saison. »

Stevens est loin d’être seul dans sa démarche, puisque Shrewsberry raconte que le reste du staff et même quelques joueurs se sont déjà rassemblés eux aussi aux locaux d’entraînement de l’équipe pour se préparer à la suite. Selon lui, il y a un sentiment d’espoir qui se dégage, peut-être assez étonnamment quand on repense aux difficultés que viennent de rencontrer les Celtics.

« C’est un peu : ‘Quand est-ce qu’on s’y met ?’, précise Shrewsberry. ‘Comment occuper au mieux cet été pour revenir au jeu ?’ Il y a une sorte d’optimisme et un goût amer en bouche dont ils veulent vite se débarrasser. »

Chaque année, Stevens fait une compilation vidéo pour ses joueurs. Cette cassette contient des extraits de choses que mettent en place d’autres équipes, des choses que les Celtics admirent et espèrent pouvoir reproduire. Après la défaite du Game 5 face aux Bucks, Stevens avait affirmé que la prochaine compilation de ces petites leçons serait remplie de highlights de Milwaukee.

Shrewsberry, qui emploie toujours le pronom « nous » pour désigner les Celtics, ajoute que l’ensemble des playoffs a fourni de la matière à exploiter.

« Les Bucks nous ont fait une démonstration, et il y a quelques petits trucs qu’on peut leur piquer par rapport à la façon dont ils ont joué. Il y a des trucs qu’on peut prendre de Toronto, Golden State, Portland. Je pense que Brad regarde chaque petit plus qu’on peut leur piquer, et qu’il se demande : ‘Comment est-ce que je peux améliorer ça ? Comment est-ce qu’on peut ajouter ça et en bénéficier l’an prochain ?’. »

Les épreuves de cette saison restent cependant quelque peu confondantes pour le staff. Shrewsberry juge ainsi frustrant le fait de ne pas avoir réussi à identifier la source de leurs problèmes. Il estime qu’en y parvenant, ils auraient peut-être pu trouver un antidote à temps.

« L’équipe n’est jamais parvenue à se galvaniser suffisamment sur la durée, regrette-t-il. On a réussi à le faire à de brèves reprises, mais jamais à pérenniser le truc. En tant que joueurs et entraîneurs, c’est quelque chose qui vous bouffe. »

Shrewsberry, qui était l’un des architectes de la défense solide de Boston, l’affirme : la décision de retourner à Purdue (il y avait déjà été assistant entre 2011 et 2013) n’a pas été facile. Bien qu’il adorait coacher en NBA, il lui manquait les relations formées avec les joueurs depuis la phase de recrutement jusqu’à la fin de leur cursus de quatre ans. En NBA, les changements arrivent brutalement et fréquemment au sein d’un effectif.

Il lui manquait également la possibilité d’avoir un rôle dans la construction d’une équipe, tâche qui est l’apanage des GM en NBA et des entraîneurs à la fac. Au cours des deux dernières années, Shrewsberry avait visé un poste d’entraîneur au niveau universitaire mais n’avait pas été retenu après les entretiens, notamment à UMass et Saint Joseph’s.

« J’avais le sentiment d’avoir fait tout ce qu’il fallait, se souvient Shrewsberry. J’ai gravi tous les échelons jusqu’au niveau universitaire, puis j’ai ajouté six ans d’expérience NBA. Je pensais que ce serait beaucoup plus facile. »

« À mes yeux, j’avais quelque chose de différent, d’unique à apporter, quelque chose que les autres n’avaient pas. C’était frustrant, et ce qui rendait le tout encore plus frustrant, c’était que beaucoup de ces discussions avaient été rendues publiques. »

« C’était un peu comme participer à l’émission Le Bachelor six fois, un peu comme les Bachelor All-Stars où ils continuent de te faire participer mais tu te fais refouler à chaque fois. »

Pour le natif d’Indianapolis, il était impossible de dire non à une opportunité de revenir chez lui, dans une école qu’il connaît, même en qualité d’assisstant. Stevens lui a donné sa bénédiction, et Shrewsberry emportera dans ses bagages tout ce qu’il a appris au contact du premier.

« La précision avec laquelle il examine tout, s’émerveille-t-il, c’est de l’art. »

Traduction de l’article du Boston Globe « ‘He really beat himself up.’ Former Celtics assistant opens up about Brad Stevens’s trying year » par Léo Hurlin. Crédit photo : Jim Davis