Kara Lawson : « J’essaie d’apporter mon vécu »

Kara Lawson n’essaiera pas d’imiter l’accent. À l’inverse de tous ces acteurs qui ont essayé de le faire dans des films se déroulant à Boston, elle sait qu’elle ne réussira pas à prononcer les voyelles comme les locaux.

Mais l’assistance récemment embauchée par les Celtics a tout de même eu droit à un classique de Boston cette semaine : elle a reçu la bienvenue d’un étranger à vélo. Une histoire qu’elle voulait raconter après l’entraînement de Summer League d’hier.

« C’est du sérieux ici ! Je rentrais à pied chez moi depuis le gymnase. J’essaie de partir avant que le soleil ne soit couché, de sorte à pouvoir voir les alentours tant qu’il ne fait pas noir. J’étais sur un pont au-dessus de la route Mass Pike, et je croise un type en vélo. Il se retourne et revient vers moi, et me sort : ‘Hé, Kara, bienvenue à Boston ! Go Celtics.’ Et il repart à vélo de son côté. Plutôt cool. »

C’est comme ça que ça se passe, dans une des villes les plus folles de sport du pays. La réputation de Lawson la précède.

En plus d’avoir été meneuse de son équipe durant trois Final Fours à l’université du Tennessee, en plus d’avoir gagné un titre WNBA avec Sacramento en 2005 – sommet de sa carrière pro longue de 12 ans, en plus d’avoir gagné deux médailles Olympiques, en plus d’avoir été analyste et reporter de Washington à Sacramento et ESPN, elle est la dernière d’une vague d’embauches au sein d’équipes NBA initiée par l’arrivée de Becky Hammon aux Spurs en 2014.

« Si je repense à, disons mes 22 ans jusqu’à mes 36, je n’ai jamais reçu le moindre appel. Dernièrement, j’en ai eu un paquet. Enfin, ce n’est que mon échantillon, mon expérience personnelle, mais on peut dire qu’il y a du progrès, les équipes commencent à contacter et cherchent à savoir si telle ou telle femme peut convenir avec leurs groupes de joueurs. »

Lawson admet que certaines équipes ne l’ont pas retenue, tout comme elle en a refusé certaines. Mais quelque chose chez Brad Stevens et sa philosophie de jeu l’a convaincue, à 38 ans, de franchir enfin le pas. Rejoindre une équipe avec un gros fond de jeu et un palmarès en playoffs comptait également pour elle.

« Je pense que le fait de savoir si ça peut coller est très important. C’est important quand tu joues et très important quand tu coaches. Il y a beaucoup de parallèles à faire entre joueurs et coachs quand on parle de fit. Pour moi, c’était le bon fit. »

Elle continue :

« Je voulais rejoindre une équipe où je serais mise au défi, où on me laisserait coacher, et où il y aurait des gros matchs à jouer, pour pouvoir atteindre ce niveau ultime du coaching, les situations tendues avec les playoffs et la saison régulière. À plusieurs reprises, en parlant avec Brad, j’ai senti que ça allait coller au niveau personnalité pour mes débuts dans ce milieu. Je pense que c’est important, quand tu débutes, d’être bien entourée, avec des gens qui ont des connaissances, un bon leader, et Brad cochait toutes les cases selon moi. »

Les deux se connaissaient déjà, depuis le passage de Lawson avec ESPN.

« J’ai reçu un appel ou un SMS de Brad, je ne sais plus, mais sorti de nulle part en ce qui me concerne. Je connaissais Brad pour avoir couvert ses équipes, comme Butler avec ESPN, mais aussi pendant les playoffs avec la radio ESPN. Donc je reçois un SMS de lui, il me demande si j’ai quelques minutes pour discuter, et c’est comme ça que ça a commencé. »

« Au cours des quelques dernières années, j’ai parlé à quelques équipes, souvent parce que quelqu’un là-bas m’avait contactée, que ce soit le coach, le GM, le président de l’équipe. Généralement pour voir à quel point j’avais envie d’intégrer la NBA à un poste ou un autre. Pas toujours du coaching, parfois pour le front office. Donc même si je ne peux pas dire que je savais, au vu des touches que j’avais déjà eues, je me disais que ce serait par rapport à un boulot. »

Dans tout son enthousiasme, une partie vient du lien qu’elle va avoir avec cette équipe jeune, en particulier avec Jayson Tatum et Jaylen Brown. Et évidemment Kemba Walker, 29 ans, même si elle ne peut pour l’instant pas évoquer la future star des Celtics.

« J’essaie de ne pas me prendre une amende, rit-elle. Je ne peux pas parler des free agents. Tout ce que je peux dire, c’est qu’il y a des joueurs qui pourraient devenir des Celtics et avec qui je serais vraiment contente de bosser. Je pense à toute la polyvalence que ce roster pourrait avoir, à la jeunesse, à nos quatre choix de draft, à Jayson et Jaylen qui sont encore jeunes. »

« On parle de jeunes qui essaient d’apprendre comment ça marche en NBA, d’évoluer ou dont les rôles changent, je me suis dit que c’est là que j’ai l’occasion de faire une différence. Je veux dire, tout le monde dans ce staff est la crème de la crème, mais on a tous notre expérience. Ce que j’essaie d’apporter, c’est mon vécu de joueuse, mes titres. J’ai connu à peu près tous les rôles au sein d’une équipe. J’ai été une rookie qui ne joue presque pas, j’ai été meneuse titulaire d’une équipe qui va en Finales de Conférence, j’ai été sixième dans la rotation – plus longtemps que j’aurais voulu… donc je peux comprendre ce qu’ils ressentent. Je sais que ça craint de venir tous les jours, de voir les titulaires en vert et de se retrouver en blanc, je sais que c’est dur à encaisser mais il faut faire avec et rester pro. La plupart des choses qu’ils ressentent, je les ai ressenties, émotionnellement. Plus que comprendre, je peux compatir avec eux. »

Adaptation de l’article du Boston Herald « Kara Lawson breaks ground with Celtics » par Léo Hurlin, crédit photo : Charles Krupa/AP