Jaylen Brown veut révolutionner le système éducatif américain

Dans une interview donnée au site Fast Company, le joueur des Celtics Jaylen Brown a évoqué le poste de chercheur que le Media Lab du Massachusetts Institute of Technology (MIT) lui a récemment proposé, ainsi que ses envies d’utiliser cette plateforme pour repenser le système éducatif américain.

Lorsque Jaylen Brown se retrouve sur le terrain avec quelques secondes restantes sur l’horloge et de l’espace autour de lui, il aime aller au panier et conclure d’un reverse dunk. Il élance les 2m01 de son corps, s’élève dans les airs en sautant pieds joints puis les ramène et replie les jambes tel un enfant sur un trampoline. Son maillot des Celtics ondule sur son torse. Le dos déjà tourné vers le panier, il verrouille sa cible d’un regard par-dessus son épaule, avant de détourner ses yeux et de s’en remettre à ses mains pour faire le reste. Elles passent au-dessus de sa tête, et avec la confiance de quelqu’un qui était né pour être basketteur, Brown score. Agile et puissant, c’est un athlète né. Mais ce n’est que son gagne-pain.

Le mois dernier, l’illustre Media Lab du MIT a fait du joueur professionnel de basket un de ses Director’s Fellows de 2019. Ce labo de recherche est fort de la présence d’une communauté de sommités telles que son fondeur, Nicolas Negroponte ou encore l’architecte Neri Oxman. Brown intègrera un programme spécial qui vise à apporter de nouvelles perspectives et idées aux travaux du laboratoire. Plusieurs autres personnalités ont récemment été nommées comme Brown : Michael Tubbs, maire de Stockton, Californie, ainsi que Rodney Mullen, la légende du skateboard, en font partie. Avec le MIT, ils essaieront de trouver des solutions à des problèmes qu’ils perçoivent dans le monde. Pour ce faire, ils emploieront une méthode de recherche que Joi Ito, qui dirige le Media Lab, qualifie d' »antidisciplinaire » (qui va à l’encontre des idées reçues), ce qui signifie que chaque approche sera le fruit unique d’une multitude d’intérêts variés.

« Antidisciplinaire », c’est un terme que l’on pourrait utiliser pour qualifier Brown. L’ailier, qui a disputé sa troisième saison NBA avec les Celtics, est prêt à relever un plus grand défi : celui de repenser le système éducatif américain.

Dans le cadre de ses recherches pour le Media Lab, Brown choisira personnellement une dizaine d’enfants provenant des communautés les moins favorisées de Boston et leur donnera l’accès aux ressources du MIT. Pour Fast Company, il explique :

« L’idée est de bâtir un pont scolaire qui reliera la communauté universitaire d’excellence à celle des bas revenus, pour reconstruire notre système éducatif pas à pas. »

Pour Brown, l’une des failles les plus visibles du système en question est celui des examens standards, car ce système a selon lui une influence disproportionnée sur les chances de réussir d’un individu. Plutôt que de laisser des notes décider du futur de ses étudiants, Brown veut intervenir et découvrir les intérêts et les capacités de chacun, de sorte qu’ils soient encouragés dans un environnement de très grande qualité. Ensuite, Brown collaborera avec des maisons de quartiers et d’autres structures existantes pour construire un réseau d’apprentissage global dont la technologie sera au cœur. Il veut voir des enfants de Boston discuter avec des enfants de Compton, Californie, et voir des enfants de Compton discuter avec des étudiants en Indonésie. Il veut révolutionner les choses.

Pour y parvenir, il en appelle aux autres : vous aussi, rejetez vos « disciplines » et venez collaborer avec lui au MIT.

« Peu m’importe d’où viennent ces gens, dit-il. Si l’éducation est un sujet important pour eux, que la jeunesse est un sujet important pour eux, je veux leur demander de prendre part à cette initiative, d’élargir leur sphère d’influence et de contribuer à faire avancer les choses ici. Je veux que ces gens rendent l’école cool. »

Si quelqu’un peut rendre l’école cool, c’est bien Brown. Lors de sa dernière année de lycée, il était courtisé par plusieurs places fortes du basketball universitaire, mais il a choisi d’étudier à Berkeley. Là-bas, pour sa première (et seule) année, il assistait à des cours de dernière année. Il semblait destiné à un parcours universitaire prometteur tant sur le plan académique qu’athlétique, avant que les sirènes de la NBA ne l’appellent à leur tour avec l’opportunité de gagner des millions de dollars. Brown, qui était également en stage d’été chez Base Ventures, ne voit pas vraiment de différence entre les athlètes qui quittent la fac pour devenir professionnels et les entrepreneurs du monde de la tech qui plaquent tout pour fonder leur boîte.

« C’est littéralement la même chose. C’est tout aussi dur. C’est peut-être même plus dur d’arriver en NBA », avance-t-il très justement.

La NBA a communiqué ce chiffre qui dit que la probabilité de devenir pro après être passé par la NCAA est de 1,2% – et encore, c’est lorsque le joueur a atteint le niveau Division 1 de NCAA. De l’autre côté, une étude de l’école de commerce de Harvard suggère que les entrepreneurs ont 18% de chances de réussir leur premier lancement.

« Ce sont deux choses tout aussi impressionnantes à accomplir. Et j’ai toujours eu la capacité de réussir dans les deux domaines », affirme un Brown qui a signé pour plusieurs millions de dollars avec les Celtics en 2016.

Brown connaît le message de ses détracteurs : « Tais-toi et dribble. » Il a entendu les suggestions qu’on lui a faites comme à d’autres athlètes : restez-en au sport, ne vous aventurez pas à parler de politique, de racisme ou encore d’éducation. Mais, après trois saisons seulement au compteur de sa carrière sportive professionnelle, Brown commence déjà à réfléchir à son avenir après la NBA.

« Les gens me disent : ‘Jaylen, tu es un joueur NBA. De quoi tu te plains ?’ Parce que j’ai réussi à franchir les barrières sociales, je devrais oublier ceux qui n’y sont pas parvenus ou qui n’y parviendront pas ? J’ai dû prendre plus d’un million de tirs pour me retrouver ici, devant vous. Mon but est de montrer qu’il est possible de faire en sorte que ce soit moins compliqué pour la génération qui suivra. Je veux combler ce fossé. »

Traduction de l’article de Fast Company « Celtics star Jaylen Brown wants to fix American schools » par Léo Hurlin, crédit photo : Daisy Korpics