Les Celtics doivent-ils remettre en service les numéros retirés ? N’y comptez pas

Ces trois bannières acrochées au plafond du TD Garden ont quelque chose d’audacieux et de saisissant. Vingt-deux numéros, un surnom. Pas de bannières séparées comme on en voit dans d’autres salles, car pas suffisamment de place pour les aligner. Trois.

Elles sont comme un résumé d’explication pour les 17 bannières de titre qui pendent fièrement juste à côté. Aucune équipe n’a remporté autant de fois le titre que Boston, et aucune équipe n’a retiré plus de maillots que la franchise.

Et, comme on peut le voir avec la présence de quatre (36 ? 37 ? 77 ? 99 ?) joueurs de football américain dans le roster de cette année, aucune équipe n’a aussi peu de numéros attrayants à proposer à ses joueurs.

Il semble clair que nous décèderons tous avant de voir un jour un nouveau Celtic porter le 6 de Bill Russell, ou avant qu’un des autres numéros retirés ne redevienne disponible. Mais le sujet a tout de même été abordé il y a quelques temps au sein même de l’organisation.

« Je l’ai évoqué, mais je n’ai pas du tout suivi les discussions ensuite, confie ainsi le président des opérations basket de la franchise Danny Ainge. Personne d’autre n’y a réellement pensé autant que moi, et encore, c’était il y a un ou deux ans, je pense. »

Il poursuit :

« Je me suis juste dit que ce sera bizarre quand on verra un joueur avec un numéro à trois chiffres dans le dos, comme 103 par exemple. Je pense qu’il faudra qu’on réutilise ces numéros retirés. Quand, je ne sais pas, et c’est Wyc Grousbeck qui en décidera. »

Ce qu’il y a d’intéressant dans cette histoire, c’est que certains des individus honorés par la franchise ne semblent pas irrités par cette perspective – bien qu’il faille préciser à nouveau que rien n’est imminent. Dans le cas même où ce scénario se produirait, nul doute que les trois bannières resteraient en place telles quelles.

Il convient également de relever, que Marcus Smart, l’un des quatre joueurs de football américain de l’effectif avec son numéro 36, considère les numéros retirés comme étant sacrés – quand bien même cela l’a privé de ses deux premiers choix à son arrivée.

« Pour moi, ça doit rester tel quel. C’est notre passé, quoi. Beaucoup de ces gars ont été des pionniers pour nous, et il faut absolument les honorer. On ne peut pas trouver meilleur hommage que de retirer leurs numéros. Cette culture de la gagne à Boston, c’est à eux qu’on la doit. Donc ça me va. Ce n’est pas notre numéro qui nous définit. Quel que soit notre numéro, il faut toujours fouler le parquet et jouer, non ? »

Il n’empêche que, chaque année, de nouveaux joueurs intègrent l’équipe et expriment leur déception quant au faible choix de numéros possibles.

« Tous. Ça ne rate jamais, confirme Smart. Mais ça montre la lignée de vainqueurs, de titres de cette ville, de cette équipe. On parle d’une équipe qui a à peine suffisamment de numéros à donner à ses joueurs. Ça en dit long sur ses succès. Quoi qu’on en dise, il faut faire avec ce qu’on a. Je suis sûr que beaucoup de joueurs ont des numéros dont ils ne veulent pas, ou dont ils ne voulaient pas à l’époque du moins. Mais c’est comme ça. »

Il raconte comment lui-même a du choisir :

« En arrivant, je voulais le 3. C’était mon numéro, celui de mon frère. Je me le suis tatoué pour lui. En arrivant à la fac, j’ai dû changer pour prendre le 33 parce que toute l’équipe d’Oklahoma State de 2001 était morte dans un crash d’avion, et donc ils avaient retiré tous les numéros de l’équipe dont le 3. Donc j’ai pris le 33. puis je suis arrivé ici, et bien sûr le 3 et le 33 sont retirés.

Et le 36, donc ?

« Ça fait bizarre, clairement. Mais c’est cool, pas de problème. »

Ainge l’affirme :

« Je pense que le choix de numéros qu’on a pourrait devenir un problème. Ça n’a jamais été le cas mais ça pourrait. »

Il y a trois ans, avant que cela n’ait même eu l’occasion de devenir problématique, Donna Harris Lewis était intervenue pour donner sa bénédiction avant même que quiconque ne pose la question :

« Je me souviens qu’on était en train d’essayer de faire venir Kevin Durant, on lui rendait visite, et la femme de Reggie Lewis avait fait savoir qu’elle était 100% pour que KD porte le numéro 35 de Reggie, se rappelle Ainge. Elle nous a contacté et a dit : ‘Ce serait un honneur pour Reggie et pour moi que KD porte ce numéro’. Certaines personnes le verraient comme ça, d’autres non. »

Pour Tommy Heinsohn, qui occupe toujours un rôle au sein de la franchise avec ses commentaires TV sur l’équipe, il existe des honneurs plus importants. Il dit donc qu’il ne serait pas perturbé s’il devait commenter un match et voir un joueur des Celtics porter son numéro 15.

« Non, je ne crois pas que cela fasse une quelconque différence, acquiesce-t-il. Mais je dois dire que pas mal de gars dont les numéros se trouvent là-haut ne peuvent plus répondre à cette question. »

Tommy ajoute en riant :

« Pour les gars de l’époque où l’équipe a gagné 11 titres sur 13, il faudrait mettre des étoiles à côté des numéros. Les gars d’aujourd’hui, franchement, je leur dis bon courage. Je veux dire, ce sont de très très bons joueurs, mais ils n’ont pas autant de succès que nous en avions. Je ne crois pas que beaucoup d’autres auront cet honneur. Il faut des titres. Est-ce que vous mettriez Kevin Garnett là-haut ? Il a passé, quoi, trois ans ici (six) ? Il a gagné un titre. Mais l’essentiel de sa carrière n’a pas eu lieu ici. Les choses sont différentes de nos jours. Dans les équipes où je jouais à l’époque, les gars passaient la majeure partie de leur carrière dans l’équipe. Et il y avait des résultats. »

Pour Dave Cowens, il y a bien plus important que ces histoires de numéros.

« J’en arrive à un point dans la vie où je vieillis, et franchement, je m’en (bip) de tout, admet l’ex-joueur des titres de 1974 et 1976 aujourd’hui âgé de 76 ans. Il y a même des role players dans le Hall of Fame de nos jours. Si quelqu’un devait porter mon 18, je m’en moquerais, je crois. Qu’est-ce que ça change ? Les gens connaissent et comprennent notre histoire. Ce n’est qu’un numéro. Je doute que beaucoup sachent que je portais le 18, mais les gens se rappellent que j’ai mis Mike Newlin à terre et que je lui ai dit : ‘ÇA, c’est une faute !’ C’est de ça dont on se rappelle, pas des numéros. On se rappelle des gars qui plongeaient sur le parquet. »

Quant aux numéros qui restent en service, Cowens développe :

« Avec Jim Loscutoff, il y a déjà jurisprudence. Enfin, il a dit : ‘Vous n’allez pas retirer mon numéro, mettez juste mon nom.’ Bob Brannum l’a porté, puis Loscy, Bailey Howell, puis moi. Que des gars du même moule. »

Un argument encore plus clairement illustré par l’exemple du 31 de Cedric Maxwell. Après son départ de Boston en 1985 (tradé contre Bill Walton), Fred Roberts, Ronnie Grandison, Xavier McDaniel, Joe Johnson et Mikki Moore ont tous porté le 31 avant qu’il ne soit hissé au plafond il y a 16 ans.

Lorsqu’on évoque l’idée de remettre en circulation les numéros retirés avec lui, Maxwell ne peut donc s’empêcher de sourire.

« S’il y a la possibilité de voter ‘Je m’en (bip)’, voilà mon vote, explique-t-il. Clairement. Ça ne me change rien. Pour la plupart, personne ne sait qui sont les gars dont on a retiré les numéros. Les gens connaissent la moitié des numéros, je veux dire, ceux des gars comme Larry Bird, Russell. La majorité des gens ne sait pas quel numéro j’avais. Ils savent peut-être celui de Robert Parish, le 00, mais ils ne connaissent pas les noms pour beaucoup de ces numéros, donc franchement, je m’en cogne. »

Max marque un point. Il y a une quinzaine d’années, Jan Volk, un ancien GM de l’équipe, s’adressait à des collégiens de Boston. Évoquant le nom de Kevin McHale, il n’avait reçu en réponse que des regards perdus. Plus tard dans la journée, l’enseignant de ces élèves assurait qu’il s’agissait d’une question de générations. Volk lui demanda alors s’il connaissait Sam Jones. Ce n’était pas le cas.

De fait, même si l’idée de retirer des numéros peut paraître honorable, celle de créer un cercle ou toute autre idée pouvant davantage honorer la mémoire des joueurs et de rafraîchir celle des fans mérite considération.

Toutefois, de l’aveu de la seule personne en capacité de prendre une décision à ce sujet, les numéros resteront où ils se trouvent.

« Ils ne sont pas là-haut pour rien, tranche Grousbeck. Ils méritent d’y être, d’être précieusement conservés. Il faudrait un sacré concours de circonstances, un joueur unique, un lien avec l’ancien joueur honoré ou sa famille pour qu’il y ait une exception possible. Non, vraiment, ces numéros ne figurent pas sur ces bannières sans raison. Ils y resteront. C’est un sujet qu’on a abordé avec certains joueurs qu’on a voulu faire venir et qui ont tel ou tel numéro. Il est toujours possible de discuter avec les familles, mais ce serait uniquement au cas par cas. »

Pour reprendre les mots de Maxwell :

« Le gars qui viendra à Boston et qui prendra le 6 devra être un sacré joueur. Un sacré joueur. »

Quant au 31 ? Ça ne lui ferait pas bizarre.

« Écoutez, j’ai vu Mikki Moore porter mon numéro. Donc si vous voulez parler d’un truc bizarre… Et qu’en plus il soit retiré derrière ? Y a-t-il plus bizarre comme histoire ? »

Traduction de l’article « Would Celtics re-issue retired numbers? Don’t count on it » par Léo Hurlin, crédit photo : Christopher Evans